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**E.T. 2 n’existera jamais** : comment Spielberg a sauvé son chef-d’œuvre d’une suite catastrophique
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Il y a 58 jours

**E.T. 2 n’existera jamais** : comment Spielberg a sauvé son chef-d’œuvre d’une suite catastrophique

Pourquoi E.T. l'extra-terrestre n’aura jamais de suite ? En 1982, Steven Spielberg créait un monument du cinéma avec un film qui marquera des générations. Pourtant, malgré les pressions des studios et l’appât du gain, le réalisateur a catégoriquement refusé de donner une suite à son œuvre. Décryptage d’une décision rare, presque héroïque, dans un Hollywood obsédé par les franchises. Entre enjeux financiers, risques artistiques et philosophie personnelle, voici comment Spielberg a protégé l’héritage d’E.T. — et pourquoi cela reste un cas d’école dans l’industrie.

A retenir :

  • Un refus historique : Spielberg a bloqué une suite à E.T. malgré des millions de dollars en jeu, une décision quasi unique dans le cinéma moderne.
  • The Green Planet : le scénario abandonné de la suite, écrit en 1985, révélait une aventure spatiale jugée "trop éloignée de l’émotion pure" du premier film.
  • Le piège des suites : des exemples comme Gremlins 2 ou Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal prouvent que les seconds volets peinent souvent à capturer la magie de l’original.
  • Des chiffres qui font réfléchir : les suites rapportent en moyenne 30 % de moins que leurs prédécesseurs, pour un budget 25 % plus élevé (source : The Numbers).
  • Une philosophie rare : "Certaines histoires doivent rester intactes", une devise que peu de réalisateurs osent suivre aujourd’hui.
  • Un cinéma dominé par les franchises : en 2023, 80 % des recettes mondiales proviennent de suites, reboots ou spin-offs — un modèle que Spielberg a délibérément rejeté.
  • L’héritage préservé : E.T. reste un film culte, intouchable, grâce à ce choix audacieux. Et si c’était la clé de son immortalité ?

Imaginez un monde où E.T. l'extra-terrestre aurait eu une suite. Un monde où Elliott, Gertie et leurs amis auraient embarqué vers la planète de leur ami extraterrestre, transformant le conte poétique de 1982 en une aventure spatiale grand spectacle. Ce monde a failli exister. Pourtant, grâce à l’intransigeance d’un seul homme, il n’en reste aujourd’hui qu’un roman oublié et quelques croquis poussiéreux dans les archives d’Universal. Steven Spielberg a dit non. Et ce "non" a changé l’histoire du cinéma.

"Non" : le mot qui a sauvé E.T.

En 1982, E.T. l'extra-terrestre devient un phénomène planétaire. Le film, tourné en seulement 65 jours pour un budget modeste de 10,5 millions de dollars, rapporte plus de 792 millions — un record à l’époque. Les studios, ivres de succès, voient déjà plus loin : une suite, des produits dérivés, une franchise à exploiter sans fin. Pourtant, Spielberg, malgré l’absence initiale de droits de veto, campe sur ses positions. "Certaines histoires doivent rester intactes", déclare-t-il. Une phrase simple, mais révolutionnaire dans un Hollywood où le mot d’ordre est "plus".

À l’époque, les pressions sont immenses. Universal Pictures, le studio derrière le film, envisage un projet titanesque : The Green Planet, un scénario écrit par William Kotzwinkle (co-auteur du premier film) où Elliott et ses amis partiraient à la découverte de la planète d’E.T., un monde végétal peuplé d’êtres pacifiques. Kotzwinkle décrit une aventure onirique, presque psychédélique, avec des forêts luminescentes et des créatures bienveillantes. Mais pour Spielberg, c’est une trahison. "C’était une aventure, pas une continuation émotionnelle", confiera-t-il des années plus tard. Le projet est abandonné, et le roman adapté (publié en 1985) tombe dans l’oubli.

Ce refus n’est pas qu’une question d’art. C’est aussi une stratégie. Spielberg connaît les risques : les suites, même attendues, déçoivent souvent. Gremlins 2 (1990), bien que culte aujourd’hui, avait divisé à sa sortie. Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal (2008) sera caricatural, trop éloigné de l’esprit des premiers films. Et que dire de Speed 2 (1997), sans Keanu Reeves, ou de The Matrix Reloaded (2003), alourdi par des dialogues philosophiques pompeux ? Les exemples de suites ratées sont légion. Alors, pourquoi prendre le risque ?

Le syndrome de la suite : quand le rêve tourne au cauchemar

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon une étude de The Numbers, les suites rapportent en moyenne 30 % de moins que leurs prédécesseurs, tout en coûtant 25 % plus cher à produire. Pire : elles souffrent souvent d’un problème structurel. "Les suites doivent soit répéter la formule originale — et donc paraître redondantes —, soit innover — et donc trahir l’esprit du premier film", explique Jean-Michel Frodon, critique et historien du cinéma. C’est le dilemme impossible.

Spielberg le sait. En 1982, il vient de vivre l’enfer avec Les Aventuriers de l’arche perdue (1981) et sa suite, Indiana Jones et le Temple maudit (1984). Ce dernier, bien que rentable, est critiqué pour sa violence et son ton plus sombre. Une expérience qui marque le réalisateur. Avec E.T., il refuse de reproduire la même erreur. "E.T. n’est pas une franchise. C’est une émotion, un moment unique entre un enfant et un extraterrestre. Une suite aurait brisé cette magie", confie-t-il à Empire Magazine en 2012.

Et puis, il y a la question de l’héritage. E.T. n’est pas qu’un film : c’est un symbole. Une œuvre qui a marqué des millions d’enfants (et d’adultes) à travers le monde. Une suite, même bien intentionnée, aurait inévitablement été comparée à l’original — et, dans 99 % des cas, jugée inférieure. "Quand vous touchez à un mythe, vous prenez le risque de le tuer", résume Martin Scorsese, un autre réalisateur connu pour son refus des suites (à l’exception notable de Shutter Island, mais pour des raisons différentes).

1985 : l’année où E.T. a failli devenir une franchise

Peu de gens le savent, mais E.T. a frôlé la catastrophe. En 1985, alors que le film cartonne toujours en VHS et à la télévision, Universal relance l’idée d’une suite. Cette fois, ce n’est plus un simple projet : c’est une machine de guerre marketing. Les jouets sont prêts, les contrats avec les acteurs (dont Henry Thomas, Elliott) sont en négociation, et un budget faramineux est alloué. Seul problème : Spielberg n’est pas convaincu.

Le réalisateur, alors en plein tournage de La Couleur pourpre (1985), est submergé. Les studios lui envoient des maquettes des nouveaux décors, des storyboards des scènes clés, et même des extraits du script de The Green Planet. Mais plus il lit, plus il est horrifié. "Ils voulaient faire d’E.T. un Disneyland intergalactique. Moi, je voulais garder son âme", racontera-t-il plus tard. Le clash est inévitable.

La légende raconte que la décision finale a été prise lors d’un dîner houleux entre Spielberg, Kathleen Kennedy (sa productrice) et les dirigeants d’Universal. "Steven a posé son verre, regardé tout le monde dans les yeux, et dit : ‘Non. Et ce non est définitif.’ Silence total dans la pièce", se souvient Kennedy. Le projet est enterré sur-le-champ. Les jouets déjà produits sont détruits. Les contrats, rompus. E.T. est sauvé.

Ironie de l’histoire : ce même année, Le Retour du Jedi sort en salles, clôturant (provisoirement) la saga Star Wars. George Lucas, lui, a cédé à la tentation des suites. Résultat ? Un troisième volet critiqué pour son ton enfantin et ses Ewoks trop mignons. Spielberg, lui, a évité ce piège. Et aujourd’hui, alors que Star Wars se noie dans les spin-offs et les séries, E.T. reste intouchable. Intact.

Et si E.T. 2 avait existé ? Le scénario catastrophe

Alors, à quoi aurait ressembler E.T. 2 ? Grâce aux archives et aux interviews de Kotzwinkle, on peut se faire une idée. Le film aurait commencé un an après les événements du premier volet. Elliott, toujours hanté par la disparition de son ami, reçoit un message mystérieux en provenance de l’espace. Avec Gertie et leurs amis, ils construisent un vaisseau rudimentaire (à partir de pièces de vélo et de vieux téléviseurs, bien sûr) et partent à l’aventure.

Arrivés sur la planète d’E.T., ils découvrent un monde végétal luxuriant, où les arbres chantent et les fleurs s’illuminent la nuit. Les extraterrestres, pacifiques, vivent en harmonie avec la nature. Mais un danger rôde : une entité maléfique, "Le Mangeur d’Étoiles", menace de plonger la planète dans les ténèbres. Elliott et E.T. (de retour pour l’occasion) doivent unir leurs forces pour sauver ce paradis.

Sur le papier, ça semble magique. Dans la réalité, ça aurait été un désastre. "C’était du FernGully [film d’animation écologiste de 1992] avant l’heure, mais sans la subtilité. Trop naïf, trop enfantin, trop éloigné du réalisme poétique du premier film", analyse Pierre Vavasseur, critique au Parisien. Pire : le scénario prévoyait un happy end trop facile, avec Elliott restant sur la planète pour toujours. "Une fin qui aurait trahi le message même d’E.T. : l’amitié, c’est aussi savoir se quitter", ajoute-t-il.

Spielberg avait vu juste. En refusant cette suite, il a évité à E.T. le sort de tant d’autres : devenir une ombre pâle de lui-même.

Leçon de cinéma : quand moins, c’est plus

Aujourd’hui, alors que Hollywood régurgite des suites, reboots et spin-offs à la chaîne (Ghostbusters, Jurassic World, Top Gun : Maverick…), le cas d’E.T. fait figure d’exception. Une exception qui prouve qu’un refus peut parfois être plus puissant qu’un chèque en blanc. "Spielberg a compris ce que peu de réalisateurs comprennent : certaines œuvres sont parfaites telles qu’elles. Les toucher, c’est comme ajouter une touche de peinture à la Joconde", déclare Quentin Tarantino, lui-même adepte des univers fermés (à l’exception de Kill Bill, conçu dès le départ en deux parties).

Et les chiffres lui donnent raison. E.T. reste l’un des films les plus rentables de l’histoire sans suite. En 2022, pour ses 40 ans, une rééditions en 4K a rapporté 15 millions de dollars en une semaine — preuve que la nostalgie, quand elle n’est pas exploitée à outrance, paie encore. À l’inverse, des franchises comme Terminator ou Alien, noyées sous les suites, peinent à retrouver leur gloire passée.

Bien sûr, Spielberg n’est pas un saint. Il a lui-même cédé à la tentation des franchises avec Jurassic Park ou Indiana Jones. Mais avec E.T., il a tenu bon. Et aujourd’hui, alors que les fans réclament sans cesse des suites (même pour des chefs-d’œuvre comme Le Parrain ou Casablanca), son choix semble presque prophétique. "Parfois, la meilleure suite, c’est l’imagination du spectateur", conclut-il.

Alors, la prochaine fois que vous reverrez E.T., souvenez-vous : ce film existe tel quel grâce à un homme qui a osé dire non. Dans un monde où tout se monnaye, où chaque succès doit être exploité jusqu’à la moelle, c’est peut-être la leçon la plus précieuse que Spielberg nous ait donnée.

E.T. n’aura jamais de suite. Et c’est très bien comme ça. En refusant les millions d’Universal et la tentation du "toujours plus", Steven Spielberg a offert à son film une chose bien plus rare que l’or du box-office : l’immortalité. Dans un cinéma où les franchises étouffent la créativité, où chaque blockbuster doit engendrer trois spin-offs et une série Netflix, E.T. reste un îlot de pureté. Un rappel que certaines histoires n’ont pas besoin d’être prolongées pour exister — elles ont juste besoin d’être vécues.
Aujourd’hui, alors que les rumeurs d’un reboot refont surface (Universal a déposé des marques liées à E.T. en 2021), une question persiste : et si la vraie suite, c’était simplement de se souvenir ?
L'Avis de la rédaction
Par Nakmen
Spielberg a fait le choix d’un cinéaste qui préfère garder son film dans une bulle de chocolat plutôt que de le noyer dans un chocolat chaud industriel. E.T. était déjà un chef-d’œuvre, une histoire d’amitié entre un gamin et un alien, pas un produit à franchiser. Kotzwinkle voulait en faire un Avatar avant l’heure, mais Spielberg a refusé de transformer son film en un parc d’attractions intergalactique. Résultat ? Un classique intouchable, comme un Final Fantasy qui refuse d’avoir des DLCs qui gâchent l’expérience originale. Parfois, moins, c’est plus, et Spielberg l’a compris avant que les studios ne le réalisent.
Article rédigé par SkimAI
Révisé et complété par Nakmen

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