Skim-Gaming logo

Actualité

Ashes of Creation : Licenciements chez Intrepid, Steven Sharif tente de rassurer les joueurs
Actualité

Il y a 37 jours

Ashes of Creation : Licenciements chez Intrepid, Steven Sharif tente de rassurer les joueurs

Intrepid Studios ajuste ses effectifs dans un contexte financier tendu

Neuf employés sur 250 ont été licenciés chez Intrepid Studios, le studio derrière Ashes of Creation, un MMORPG très attendu mais en développement depuis près de dix ans. Steven Sharif, PDG du studio, présente ces départs comme des "ajustements stratégiques" nécessaires, tout en garantissant que le projet avance sans interruption majeure. Pourtant, ces licenciements interviennent dans un climat de tensions financières et de critiques récurrentes sur le modèle économique du jeu, basé sur des ventes d’accès en alpha. Avec un budget hebdomadaire estimé à 800 000 dollars et une condamnation récente à 850 000 dollars pour un litige contractuel, la viabilité du projet est plus que jamais sous surveillance.

A retenir :

  • 9 licenciements sur 250 : Intrepid Studios qualifie ces départs d’"ajustements ciblés", mais ils alimentent les craintes sur la santé financière du projet.
  • 800 000 dollars par semaine : Un budget colossal pour un jeu toujours en alpha, alors que des titres comme New World ou Lost Ark ont optimisé leurs coûts avant leur sortie.
  • 850 000 dollars de condamnation en décembre 2025 : Un litige contractuel qui révèle des tensions internes et des risques juridiques pour le studio.
  • Modèle économique controversé : Les ventes d’accès alpha, principale source de revenus, sont critiquées pour leur manque de transparence et leur impact sur le développement.
  • 10 ans de développement : Un cycle exceptionnellement long pour un MMORPG, avec une équipe de 250 personnes et des délais constamment repoussés.
  • Pression communautaire : Les joueurs, de plus en plus sceptiques, scrutent chaque décision, craignant un nouveau report ou un échec financier.

Des licenciements "stratégiques" qui inquiètent

Le 12 mars 2026, Intrepid Studios a annoncé une vague de licenciements touchant 9 employés sur 250, soit environ 3,6 % de ses effectifs. Steven Sharif, PDG et figure emblématique du projet Ashes of Creation, a rapidement réagi pour minimiser l’impact de cette décision. Dans un communiqué publié sur les forums officiels, il décrit ces départs comme des "ajustements ciblés", nécessaires pour "optimiser les ressources et accélérer le développement". Pourtant, cette annonce a immédiatement suscité des interrogations au sein de la communauté, déjà méfiante après des années de reports et de promesses non tenues.

Contrairement à un plan social massif, ces licenciements semblent viser des postes spécifiques, possiblement redondants ou moins critiques pour la phase actuelle du projet. Cependant, dans un secteur où chaque départ peut signaler des difficultés plus profondes, les joueurs et observateurs se demandent : s’agit-il vraiment d’une simple réorganisation, ou du début d’une série de mesures d’urgence ? D’autant que ces ajustements surviennent dans un contexte déjà fragile, marqué par des dépenses exorbitantes et des tensions juridiques récentes.


Pour comprendre l’ampleur de ces licenciements, il faut les replacer dans l’histoire mouvementée d’Ashes of Creation. Lancé en 2015 via une campagne Kickstarter réussie (3,3 millions de dollars récoltés), le jeu a rapidement attiré l’attention grâce à ses ambitions démesurées : un monde ouvert dynamique, des systèmes de guildes complexes, et une économie entièrement pilotée par les joueurs. Mais près de dix ans plus tard, le titre est toujours en phase alpha, et les joueurs ayant investi dans des accès anticipés commencent à s’impatienter. Ces licenciements, bien que limités, pourraient bien être le symptôme d’un mal plus profond : un déséquilibre entre les coûts et les revenus, dans un projet qui peine à tenir ses promesses.

Un budget hebdomadaire de 800 000 dollars : un pari insoutenable ?

Le chiffre a de quoi donner le vertige : selon des sources internes relayées par le site MMORPG.com, Intrepid Studios dépenserait environ 800 000 dollars par semaine pour développer Ashes of Creation. À ce rythme, le budget annuel avoisinerait les 41,6 millions de dollars – une somme colossale pour un jeu qui n’a pas encore généré le moindre revenu hors ventes d’accès alpha. Pour comparaison, New World, le MMORPG d’Amazon Games sorti en 2021, aurait coûté environ 100 millions de dollars sur quatre ans de développement, avec une équipe moins nombreuse mais des résultats mitigés à sa sortie. Lost Ark, quant à lui, a été développé par Smilegate avec un budget estimé à 85 millions de dollars sur six ans, avant de devenir un succès commercial en Corée puis en Occident.

Alors, pourquoi un tel écart ? Plusieurs éléments expliquent cette situation :

  • Une équipe surdimensionnée : 250 employés pour un jeu en alpha, c’est deux à trois fois plus que la moyenne des studios indépendants travaillant sur des MMORPG.
  • Des technologies ambitieuses : Le moteur maison d’Ashes of Creation, conçu pour gérer des milliers de joueurs simultanément avec des interactions dynamiques, nécessite des investissements constants en R&D.
  • Un modèle économique risqué : Le studio mise presque exclusivement sur les ventes d’accès alpha (entre 50 et 500 dollars selon les packs), une source de revenus instable et critiquée pour son manque de transparence.

Interrogé par le site PC Gamer, un ancien employé d’Intrepid (souhaitant rester anonyme) confirme que "les coûts explosent depuis 2023, notamment à cause des salaires élevés dans l’industrie et des retards accumulés. Le studio mise tout sur une sortie réussie, mais chaque mois de retard creuse un peu plus le déficit." Une stratégie périlleuse, d’autant que le marché des MMORPG est aujourd’hui dominé par des géants comme World of Warcraft ou Final Fantasy XIV, qui bénéficient de budgets bien plus importants et d’une base de joueurs fidèle.


Face à ces défis, les licenciements récents pourraient être une tentative de réduire la voilure avant une éventuelle phase de pré-lancement. Mais avec des dépenses annuelles dépassant les 40 millions de dollars, la marge de manœuvre se réduit. "Si le jeu ne sort pas d’ici 2027, Intrepid pourrait se retrouver dans une situation critique", estime Thomas "Zizaran" Davidson, streamer et observateur attentif du secteur, dans une vidéo récente. "Les joueurs ont été patients, mais leur confiance a des limites."

Condamnation à 850 000 dollars : le signe d’un studio sous pression

Les licenciements ne sont pas le seul signe de turbulence chez Intrepid. En décembre 2025, le studio a été condamné à verser 850 000 dollars à un prestataire externe, Digital Extremes (connu pour Warframe), pour rupture de contrat. Selon les documents judiciaires, Intrepid aurait rompu unilatéralement un partenariat visant à développer des outils d’animation, sans respecter les clauses de préavis. Un épisode qui révèle non seulement des tensions financières, mais aussi une gestion contractuelle hasardeuse.

Contacté par Kotaku, un avocat spécialisé dans le droit du jeu vidéo explique que "ce type de condamnation est rare dans l’industrie, sauf en cas de négligence grave ou de mauvaise foi. Cela suggère qu’Intrepid a peut-être sous-estimé les risques juridiques pour privilégier la rapidité, ce qui est dangereux à long terme." Pour Steven Sharif, ce litige n’est qu’un "incident isolé", mais il s’ajoute à une liste croissante de signaux d’alerte :

  • Des retards à répétition : La sortie d’Ashes of Creation, initialement prévue pour 2018, a été repoussée à plusieurs reprises, sans date ferme aujourd’hui.
  • Des critiques sur la communication : Les mises à jour sont souvent vagues, et les démonstrations publiques (comme celle de 2022) ont déçu par leur manque de polish.
  • Un turnover élevé : Plusieurs développeurs clés ont quitté le studio ces dernières années, dont le directeur artistique en 2024.

Dans ce contexte, les licenciements de mars 2026 prennent une dimension particulière. "C’est comme si le studio essayait de colmater les brèches une à une, sans stratégie globale", commente un modérateur du subreddit dédié au jeu. "Les joueurs veulent des réponses claires : quand sortira le jeu ? Combien coûte vraiment son développement ? Pourquoi autant de secrets ?" Des questions légitimes, auxquelles Steven Sharif peine à répondre, se contentant de répéter que "le développement se poursuit comme prévu".

"Le jeu de la dernière chance" : peut-on encore croire en Ashes of Creation ?

Malgré les ombres au tableau, Ashes of Creation conserve une communauté fidèle, séduite par ses promesses d’innovation. Le jeu mise sur plusieurs atouts pour se différencier :

  • Un monde dynamique : Contrairement à des MMORPG statiques comme WoW, les actions des joueurs (guerres de guildes, construction de villes) modifient durablement l’environnement.
  • Une économie 100 % player-driven : Pas de boutiques cash shop invasives, mais un système où les ressources et les objets sont créés et échangés par les joueurs.
  • Des combats tactiques : Un système de ciblage hybride (entre le tab-targeting classique et l’action-RPG) qui promet des affrontements plus immersifs.

Pourtant, même parmi les fans les plus dévoués, le scepticisme grandit. "J’ai acheté un pack à 250 dollars en 2018, et aujourd’hui, je me demande si je reverrai un jour mon investissement", confie Marc, un joueur français interviewé sur Discord. "Steven Sharif est un bon communicant, mais à force de reports, on a l’impression qu’il vend du rêve plus qu’un jeu."

Les licenciements récents pourraient-ils être le signe d’un changement de cap ? Certains observateurs, comme le youtubeur The Lazy Peon, spéculent sur une possible sortie en early access d’ici fin 2026, avec un modèle free-to-play partiel pour attirer les joueurs. Une hypothèse démentie par Intrepid, mais qui montre à quel point le studio est sous surveillance. "Si Ashes of Creation échoue, ce ne sera pas à cause de son ambition, mais à cause de sa gestion", résume un analyste de Newzoo. "Et là, les licenciements sont un mauvais signal."


Reste une question cruciale : combien de temps la communauté acceptera-t-elle d’attendre ? Avec des alternatives comme Pantheon: Rise of the Fallen (un autre MMORPG "old-school" en développement) ou Throne and Liberty (le nouveau projet de NCSoft), la concurrence ne manque pas. Pour Ashes of Creation, 2026 s’annonce comme une année décisive – à condition que le studio parvienne à stabiliser ses finances, rassurer ses joueurs, et surtout, livrer enfin une version jouable à grande échelle.

Derrière les licenciements : le poids d’une promesse impossible ?

Pour comprendre pourquoi Ashes of Creation en est arrivé là, il faut remonter à ses origines. En 2014, Steven Sharif, alors peu connu dans l’industrie, présente son projet comme "le MMORPG qui révolutionnera le genre". À l’époque, les joueurs, lassés des formules répétitives de World of Warcraft ou Guild Wars 2, adhèrent massivement à cette vision. Le Kickstarter explose, les médias spécialisés encensent le concept, et Intrepid Studios naît avec une pression immense : celle de tenir une promesse presque impossible.

Mais derrière les belles paroles se cachait une réalité plus complexe. Dès 2016, les premiers retards apparaissent. Les démos techniques, bien que impressionnantes, révèlent un jeu loin d’être finalisé. Pire : en 2020, une fuite interne (publiée par Bloomberg) révèle que le code source est "un monstre de dettes techniques", avec des parties entières à réécrire. "On nous avait vendu un rêve, mais en coulisses, c’était le chaos", confie un ancien programmeur sous couvert d’anonymat.

Aujourd’hui, les licenciements pourraient bien être la conséquence directe de ces décisions initiales trop ambitieuses. "Intrepid a voulu tout faire : un moteur maison, des mécaniques révolutionnaires, une économie ultra-complexe… mais sans les moyens d’un AAA", analyse Jean-Paul Petralia, consultant en gestion de projets jeux vidéo. "Le résultat ? Un gouffre financier, et une équipe épuisée."

Steven Sharif, lui, reste optimiste. Dans une interview accordée à IGN en février 2026, il affirme que "les ajustements actuels sont une étape normale pour un projet de cette envergure. Nous sommes plus déterminés que jamais à livrer le jeu que nous avons promis." Pourtant, alors que les mois passent et que les coûts grimpent, une question persiste : et si Ashes of Creation était tout simplement trop beau pour être vrai ?

Les licenciements chez Intrepid Studios ne sont peut-être qu’un épisode de plus dans la saga tumultueuse d’Ashes of Creation. Pourtant, ils révèlent une vérité inconfortable : après près de dix ans de développement, 40 millions de dollars dépensés par an, et une communauté à bout de patience, le studio se trouve à la croisée des chemins. Soit il parvient à stabiliser ses finances, finaliser le jeu, et convaincre les joueurs que l’attente en valait la peine. Soit il rejoint la longue liste des MMORPG ambitieux – comme Crowfall ou Pantheon – qui, malgré leurs promesses, n’ont jamais vu le jour.

Pour l’instant, Steven Sharif maintient le cap, assurant que "le meilleur est à venir". Mais dans un secteur où les échecs se comptent par dizaines pour chaque succès, les marges de manœuvre se rétrécissent. Une chose est sûre : les prochains mois seront décisifs. Et cette fois, les joueurs ne donneront peut-être pas une seconde chance.

L'Avis de la rédaction
Par Nakmen
Ces licenciements chez Intrepid, c’est comme si Half-Life avait dû licencier ses devs après 5 ans de dev sans fin, sauf que là, au moins, on avait Resident Evil 4 en 2005 pour se consoler. Le problème, c’est que Ashes a vendu du rêve et des packs à 500 balles en 2015, comme Star Wars: Knights of the Old Republic en 2003, mais sans jamais sortir. La différence ? KOTOR avait au moins son Jedi Academy en 2003 pour justifier l’attente. Ici, on a juste des promesses et un budget de Final Fantasy XIV… mais sans le budget. Too much, too late.
Article rédigé par SkimAI
Révisé et complété par Nakmen

Ils en parlent aussi