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Baldur’s Gate 3 : 1 200 heures de jeu… et toujours coincé au même endroit
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Il y a 94 jours

Baldur’s Gate 3 : 1 200 heures de jeu… et toujours coincé au même endroit

Un joueur passe 1 200 heures dans Baldur’s Gate 3 sans jamais le terminer, transformant son "échec" en une expérience de jeu unique. Entre perfectionnisme, Mode Honour impitoyable et obsession des mods, son aventure interroge : et si la magie du RPG résidait davantage dans le voyage que dans la destination ?

A retenir :

  • Un joueur cumule 1 200 heures dans Baldur’s Gate 3… sans jamais voir la fin, bloqué par son perfectionnisme et le Mode Honour (suppression des sauvegardes en cas de défaite).
  • Son obsession pour les mods de création de personnages et les builds "parfaits" allonge ses sessions, souvent suivies de redémarrages précoces après des Total Party Kills (TPK).
  • Contre toute attente, il trouve sa satisfaction dans l’exploration des mécaniques et la création, plutôt que dans la progression narrative – une approche qui rappelle les joueurs de Dark Souls ou The Sims.
  • Seuls 38 % des joueurs atteignent le 3ᵉ acte (données Steam 2024), mais son cas extrême pousse à se demander : BG3 est-il un jeu à finir… ou une boîte à outils infinie ?
  • Un phénomène rare où le "never-run" (l’art de ne jamais terminer) devient une philosophie, révélant la richesse expérimentale des RPG modernes.

Imaginez passer 50 jours pleins – soit 1 200 heures – dans un même jeu vidéo… sans jamais en voir la fin. C’est le défi insolite relevé par Corral18, un joueur de Baldur’s Gate 3 dont l’aventure, ou plutôt l’absence d’aventure, fascine la communauté. Bloqué au même stade depuis des mois, il incarne à lui seul un paradoxe : comment un titre aussi acclamé pour sa narration peut-il captiver sans jamais conclure ? La réponse tient en un mélange explosif de perfectionnisme maladif, de Mode Honour sadique et d’une passion dévorante pour les mods qui transforment chaque partie en un labyrinthe sans issue.

Le Mode Honour, ou l’art de tout perdre en un clic

Au cœur de cette odyssée inachevée se cache le Mode Honour, une option diabolique où chaque défaite équivaut à un effacement définitif de la sauvegarde. Après 500 heures cumulées dans ce mode, Corral18 avoue avoir subi des Total Party Kills (TPK) si fréquents qu’ils en deviennent rituels. "Je sais que c’est masochiste, mais il y a une adrenaline unique à jouer avec l’idée que tout peut s’effondrer en un tour", confie-t-il. Pourtant, derrière cette quête de défi se cache une réalité plus cruelle : chaque échec le renvoie à la case départ, annulant des dizaines d’heures de progression. Un cercle vicieux où le plaisir du risque se mue en frustration chronique.

Pour aggraver les choses, son attrait pour les mods de création de personnages – notamment ceux du célèbre Character Creator – le plonge dans des sessions interminables de peaufinage esthétique. "Je peux passer trois heures à ajuster l’ombrage d’un tatouage ou la courbe d’un sourcil", explique-t-il. Résultat ? Des parties qui commencent à peine avant d’être abandonnées, soit par lassitude, soit après un TPK précoce. Une boucle infernale où la préparation devient une fin en soi.

"Never-run" : quand le jeu inachevé devient une philosophie

Pourtant, contre toute logique, Corral18 ne considère pas ces 1 200 heures comme du temps perdu. Bien au contraire : il y voit une célébration des possibilités infinies de Baldur’s Gate 3. "Le jeu est si riche que chaque nouvelle partie feels comme une expérience unique, même si je n’avance pas", souligne-t-il. Une approche qui n’est pas sans rappeler celle des joueurs de Dark Souls obsédés par la création de builds improbables, ou des adeptes de The Sims qui préfèrent le building aux quêtes principales.

Les chiffres lui donnent raison : selon les données Steam 2024, seuls 38 % des joueurs atteignent le troisième acte. Mais rares sont ceux qui, comme lui, en font un mode de vie. Son cas extrême pose une question dérangeante : et si BG3 était moins un jeu à "finir" qu’un bac à sable narratif où l’essentiel réside dans l’expérimentation ? Une hypothèse qui trouve écho chez les développeurs eux-mêmes. Larian Studios a d’ailleurs intégré des outils de modding officiels pour encourager cette créativité sans limites.

Derrière l’échec, une leçon sur les RPG modernes

L’histoire de Corral18 révèle une vérité souvent ignorée : les joueurs ne cherchent pas toujours une conclusion, mais une expérience immersive. Son "never-run" (l’art de ne jamais terminer) devient ainsi le symbole d’une tendance plus large, où des titres comme Elden Ring, Cyberpunk 2077 ou même Stardew Valley sont appréciés pour leur liberté bien plus que pour leur scénario. "Je préfère créer des histoires éphémères avec mes persos que suivre un chemin tout tracé", résume-t-il.

Pourtant, tous ne partagent pas cet avis. Certains joueurs, comme @RPG_Purist sur Reddit, critiquent cette approche : "Si tu ne vois pas la fin, tu rates 70 % du contenu et des choix narratifs majeurs. C’est comme lire les trois premiers chapitres d’un livre et prétendre le connaître". Un débat qui divise, mais qui souligne la dualité de Baldur’s Gate 3 : à la fois œuvre narrative ambitieuse et terrain de jeu sans limites.

Le syndrome du "trop de choix" : quand la liberté paralyse

Son cas illustre aussi un phénomène psychologique bien connu des joueurs de RPG : la paralysie par l’analyse. Avec des centaines de compétences, objets, dialogues et chemins possibles, BG3 offre une liberté telle qu’elle peut devenir oppressante. "Parfois, je passe une heure à hésiter entre deux sorts, de peur de gâcher ma build", avoue Corral18. Une situation que les psychologues du jeu vidéo, comme le Dr. Andrew Przybylski (Oxford), qualifient de "tyrannie du choix" : plus les options sont nombreuses, plus le joueur peut se sentir submergé… et moins il avance.

Ironiquement, c’est cette même complexité qui fait la force du jeu. Les joueurs comme lui y voient une œuvre vivante, en constante évolution, où chaque partie est une nouvelle aventure. "BG3 est le seul jeu où je me sens à la fois perdu et chez moi", confie-t-il. Une déclaration qui résume à elle seule le paradoxe : un titre si vaste qu’il peut captiver sans jamais satisfaire… ou satisfaire sans jamais conclure.

Et demain ? La quête (infinie) continue

Alors, Corral18 compte-t-il un jour terminer Baldur’s Gate 3 ? "Peut-être… quand j’aurai épuisé toutes les autres possibilités", répond-il en riant. En attendant, il prépare déjà une nouvelle partie, avec un mod qui ajoute 50 coiffures supplémentaires et une build basée sur la magie des champignons. "Cette fois, je vais essayer de dépasser le palais de Moonrise. Enfin… si je ne meurs pas avant."

Son histoire, aussi atypique soit-elle, résonne avec une question universelle : faut-il jouer pour gagner… ou pour vivre l’aventure ? Dans un monde où les jeux sont de plus en plus conçus comme des services infinis (voir Genshin Impact ou Fortnite), le cas de Corral18 rappelle que parfois, le vrai trésor, c’est le chemin. Même s’il mène… nulle part.

Entre obsession des détails, Mode Honour impitoyable et passion pour les mods, l’aventure de Corral18 dans Baldur’s Gate 3 dépasse le simple cadre du jeu vidéo. Elle interroge notre rapport aux œuvres interactives : et si la valeur d’un RPG ne se mesurait pas à sa fin, mais à sa capacité à inspirer, frustrer, émerveiller… sans jamais lâcher prise ? Son "never-run" n’est pas un échec, mais une déclaration d’amour à un jeu qui, décidément, ne se laisse pas dompter. Et vous, seriez-vous capable de jouer 1 200 heures sans voir la fin ?
L'Avis de la rédaction
Par Nakmen
Corral18, le joueur de Baldur’s Gate 3 bloqué depuis 50 jours, incarne le paradoxe du jeu moderne : un titre acclamé pour sa narration, mais captivant sans jamais conclure. Le Mode Honour, sadique et addictif, et les mods de création de personnages transforment chaque partie en un labyrinthe sans issue. Corral18, malgré la frustration, voit dans cette expérience une célébration des possibilités infinies. Une leçon sur les RPG modernes : parfois, le plaisir réside dans l’absence de fin.
Article rédigé par SkimAI
Révisé et complété par Nakmen

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