Il y a 88 jours
**"Le Chevalier errant" : la révélation inattendue de George R.R. Martin sur sa nouvelle préférée, au cœur de la future série HBO**
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Pourquoi Le Chevalier errant, une nouvelle méconnue de George R.R. Martin, est-elle devenue le socle de la prochaine grande série HBO ?
Lors de la CCXP 2023, l’acteur Peter Claffey a dévoilé un secret bien gardé : cette aventure des Contes de Dunk et Egg, publiée en 1998, serait l’œuvre préférée de l’auteur, surpassant même Le Trône de Fer. Un aveu qui éclaire d’un jour nouveau la série Un chevalier des Sept Royaumes, dont le tournage de la saison 2 débute imminemment. Entre chevalerie idéalisée et réalisme politique, HBO devra relever un défi colossal : adapter l’équilibre subtil qui a conquis Martin, tout en évitant l’ombre écrasante de Game of Thrones et de La Maison du Dragon.
A retenir :
- "Le Chevalier errant" (1998) : la nouvelle préférée de George R.R. Martin, devant Le Trône de Fer, selon une confidence exclusive à la CCXP.
- Un Westeros plus lumineux : découvrez pourquoi cette saga, située 100 ans avant Game of Thrones, mise sur l’honneur et l’humour sans sacrifier la profondeur politique.
- Le casse-tête d’HBO : comment adapter une œuvre moins sombre mais tout aussi complexe, alors que la saison 2 entre en tournage avec Dexter Sol Ansell (Egg) déjà en préparation ?
- Comparaisons inévitables : la série devra éviter le piège de La Maison du Dragon, dont la première saison avait déçu une partie des fans.
- Un pari audacieux : et si Un chevalier des Sept Royaumes redéfinissait l’héritage télévisuel de Westeros en misant sur la nuance plutôt que sur le sang ?
"C’est mon bébé" : quand George R.R. Martin avoue son amour pour une nouvelle oubliée
La scène se passe à São Paulo, lors de la Comic Con Experience (CCXP) 2023. Alors que les fans s’attendent à des anecdotes sur La Maison du Dragon ou des indices sur Winds of Winter, c’est une confidence bien plus intime qui surgit. Peter Claffey, l’interprète de Dunk dans la future série Un chevalier des Sept Royaumes, lâche une bombe : "George nous a dit que *Le Chevalier errant* était son texte préféré, parmi tout ce qu’il a écrit." Un aveu qui, en quelques secondes, propulse cette nouvelle de 1998 sous les projecteurs.
Publié dans l’anthologie *Legends* (éditée par Robert Silverberg), Le Chevalier errant est le premier volet des Contes de Dunk et Egg, une série de récits courts situés près d’un siècle avant les événements de Game of Thrones. À l’époque, Westeros n’est pas encore rongé par la guerre des Cinq Rois, mais les graines des futurs conflits y sont déjà semées. Pourtant, ce qui fascine Martin dans cette histoire, c’est moins sa portée politique que son ton unique : un mélange de chevalerie romantique, d’humour pince-sans-rire et de mélancolie, porté par deux personnages aussi attachants qu’improbables.
Dunk, le chevalier errant au grand cœur mais à l’armure rouillée, et Egg, son écuyer au QI surdoué (et à l’identité secrète), forment un duo qui rappelle les buddy movies hollywoodiens. Leur dynamique, entre quiproquos hilarants et moments de grâce, a visiblement touché une corde sensible chez Martin. Dans une interview de 2015 pour *The Guardian*, il avait déjà évoqué ces nouvelles comme une "bouffée d’oxygène" après l’écriture des tomes plus sombres de Le Trône de Fer. Mais de là à les désigner comme son œuvre préférée… La révélation de Claffey prend alors une dimension presque symbolique : et si ces Contes représentaient le cœur pur de l’univers de Martin, là où Game of Thrones en serait la version corrompue par le pouvoir ?
Westeros avant la chute : un univers plus léger, mais pas naïf
À première vue, les Contes de Dunk et Egg pourraient passer pour une parenthèse enchantée dans l’œuvre de Martin. Exit les trahisons sanglantes, les violences graphiques ou les intrigues machiavéliques de Port-Réal. Ici, on suit les pérégrinations de deux anti-héros mal assortis à travers un Westeros pastoral, où les tournois de chevaliers tiennent encore leurs promesses, et où l’honneur n’est pas (toujours) une chimère.
Pourtant, réduire ces nouvelles à une fable moralisatrice serait une erreur. Sous leurs airs de conte médiéval, elles abordent des thèmes chers à Martin : la corruption de l’idéal chevaleresque (dès *Le Chevalier errant*, Dunk se retrouve impliqué dans un meurtre), les inégalités sociales (Egg, écuyer de 10 ans, cache un secret qui pourrait tout changer), ou encore la manipulation politique (le tournoi de Ashford, au cœur du récit, est un nid de complots). La différence ? Ces enjeux sont traités avec une légèreté qui rappelle parfois *Le Prisonnier du Ciel* de Pérez-Reverte, ou les romans de T.H. White sur le roi Arthur.
Exemple frappant : la scène où Dunk, malgré son manque de moyens, insiste pour payer une dette d’honneur à un aubergiste. Un geste qui pourrait sembler désuet dans l’univers de Game of Thrones, mais qui ici devient le symbole d’une chevalerie en sursis. Comme le souligne Elio García, co-auteur de *The World of Ice & Fire*, ces nouvelles montrent "un Westeros où les valeurs comptent encore, mais où leur prix est déjà exorbitant."
C’est cette dualité – entre nostalgie et lucidité – qui a séduit HBO. Alors que La Maison du Dragon misait sur un style visuel et narratif proche de Game of Thrones (avec des résultats mitigés), Un chevalier des Sept Royaumes promet une ambiance radicalement différente. Plus proche du *Willow* de Ron Howard que du *The Witcher* de Netflix, la série devra pourtant éviter l’écueil du "too nice" – un reproche souvent adressé aux adaptations trop fidèles des œuvres de fantasy "classiques".
Derrière les caméras : le défi impossible d’Ira Parker
"Nous avons une responsabilité énorme." Ces mots, prononcés par le showrunner Ira Parker lors d’un panel à la CCXP, résument l’ampleur de la tâche. Adapté une œuvre adorée par son créateur est une chose. Le faire alors que ce même créateur a explicitement mis en garde contre les écarts par rapport à l’esprit des nouvelles en est une autre.
Les défis sont multiples :
- Le ton : comment conserver la légèreté des Contes sans verser dans la comédie ? Les premières images du pilote, dévoilées en octobre 2023, montrent un Westeros plus coloré, avec des costumes moins austères que dans Game of Thrones. Un choix esthétique qui divise déjà : certains y voient une fidélité bienvenue à l’esprit des nouvelles, d’autres une tentative maladroite de "disneyfication".
- Les personnages : Dunk et Egg doivent être attachants sans être mièvres. Le choix de Peter Claffey (vu dans *The North Water*) pour Dunk semble judicieux, mais c’est Dexter Sol Ansell (Egg), 12 ans, qui porte le poids de l’intrigue. Son interprétation sera cruciale pour éviter que le duo ne paraisse trop "mignon" aux yeux des fans habitués à Tyrion ou Daenerys.
- La politique : les Contes regorgent de clins d’œil aux futurs événements de Game of Thrones (la rébellion Blackfyre, l’ascension des Targaryen…). Comment les intégrer sans surcharger le récit ou frustrer les spectateurs non initiés ?
S’y ajoute une pression temporelle : le tournage de la saison 2 commence dès la semaine prochaine (décembre 2023), alors que la première n’a même pas encore été diffusée. Un rythme effréné qui rappelle celui de La Maison du Dragon – dont la saison 1 avait souffert de problèmes de cohérence, selon plusieurs critiques. Martin lui-même aurait insisté pour que la série prenne son temps, arguant que "Dunk et Egg méritent mieux qu’un rush bâclé."
Enfin, il y a la question des attentes du public. Après l’accueil mitigé réservé à La Maison du Dragon (58% sur Rotten Tomatoes pour la saison 1), HBO ne peut se permettre un nouvel échec. Pourtant, comme le note Vanessa Cole, critique pour *IO9*, "comparer *Un chevalier des Sept Royaumes* à *Game of Thrones* serait une erreur. C’est comme reprocher à *Bridgerton* de ne pas être *The Crown* : ce sont deux animaux différents." Reste à convaincre les fans…
1998-2024 : le long chemin d’une nouvelle vers l’écran
L’histoire des Contes de Dunk et Egg est celle d’un projet de passion, presque artisanal. Contrairement à Game of Thrones, né d’une volonté éditoriale claire, ces nouvelles ont été écrites par plaisir, au gré des envies de Martin. La première, *Le Chevalier errant*, est née d’une commande pour l’anthologie *Legends* – un projet où des auteurs comme Stephen King ou Terry Pratchett devaient revisiter leurs univers. Martin, alors en pleine écriture de *A Storm of Swords*, y voit l’occasion de "s’amuser" avec Westeros.
Le déclic ? Une discussion avec son ami Gardner Dozois, éditeur et anthologiste, qui lui lance : "Et si tu écrivais quelque chose de plus… joyeux ?" Le résultat dépasse leurs attentes : en quelques semaines, Martin pond un récit qui, selon ses propres mots, "respire la liberté". Les deux autres Contes (*L’Épée loyale* et *Le Mystère du chevalier*) suivront, espacés de plusieurs années, comme des cadeaux offerts aux fans entre les tomes de Le Trône de Fer.
Pourtant, l’adaptation télévisuelle a mis décennies à se concrétiser. Dès 2013, HBO évoque la possibilité d’une série, mais le projet est mis en veille, faute de scénario convaincant. Il faut attendre 2021, et le succès surprise de *The Green Knight* (David Lowery), pour que les studios se réveillent. Le ton "médiéval poétique" du film donne des idées : et si Dunk et Egg étaient la réponse à la fatigue des dark fantasies ?
Aujourd’hui, avec un budget estimé à 15 millions de dollars par épisode (contre 10 pour La Maison du Dragon), HBO mise gros sur cette série. Mais comme le rappelle Martin dans une lettre ouverte aux fans : "Ce n’est pas *Game of Thrones 2.0*. C’est une histoire sur l’amitié, les rêves brisés, et les petits gestes qui changent le monde. Si vous cherchez des dragons toutes les cinq minutes, vous risquez d’être déçus."
Et si le vrai Westeros était celui de Dunk et Egg ?
La révélation de Martin sur sa préférence pour *Le Chevalier errant* pose une question fascinante : et si les Contes de Dunk et Egg étaient, en réalité, l’œuvre la plus aboutie de son univers ? Après tout, ces nouvelles combinent tout ce qui fait la signature de l’auteur :
- Une écriture fluide, sans les lourdeurs parfois reprochées à *A Feast for Crows*.
- Des personnages profondément humains, loin des archétypes de la fantasy.
- Un équilibre parfait entre aventure, politique et émotion.
Pour Myrddin Emrys, auteur de *A Song of Ice and Fire Analysis*, ces récits représentent "le Westeros que Martin aurait voulu nous montrer dès le début, avant que les contraintes éditoriales ne l’obligent à noircir son univers." Une hypothèse qui prend du poids quand on sait que les Contes ont été écrits sans pression, comme des exutoires pendant les phases les plus sombres de Le Trône de Fer.
La série Un chevalier des Sept Royaumes a donc une opportunité unique : réinventer l’héritage de Game of Thrones en revenant à ses racines. Pas besoin de batailles épiques ou de mort spectaculaire pour captiver. Il suffit peut-être de deux hommes à cheval, d’un tournoi truqué, et d’une question simple : "Que reste-t-il de la chevalerie quand le monde bascule dans l’ombre ?"
Si HBO parvient à transposer cette alchimie rare à l’écran, la série pourrait bien devenir la surprise de 2024. Dans le cas contraire, elle risque de rejoindre la longue liste des adaptations ratées qui ont cru pouvoir dompter l’univers de Martin. Le pari est lancé.

