Il y a 319 jours
Un Club de Lecture Met 28 Ans pour Terminer "Finnegans Wake" de James Joyce
h2
Le roman « Finnegans Wake » de James Joyce, réputé pour sa complexité linguistique, a été l'objet d'une lecture assidue par un club californien dirigé par Gerry Fialka, qui a nécessité 28 ans pour compléter l'œuvre. Cette expérience collective, marquée par des discussions mensuelles et une réunion finale sur Zoom, illustre la profondeur et la richesse de ce texte expérimental, où chaque mot et thème sont minutieusement explorés sans prétendre à une compréhension totale.
A retenir :
- « Finnegans Wake », le dernier ouvrage de James Joyce, est réputé pour sa complexité et sa langue unique.
- Gerry Fialka a fondé un club de lecture dédié à « Finnegans Wake » en 1995, réunissant des membres pour discuter du roman.
- Le club de lecture a mis 28 ans pour lire les 628 pages de « Finnegans Wake », soit 11 ans de plus que l'écriture du roman par Joyce.
- La dernière séance de lecture du club s'est tenue sur Zoom, marquée par la récitation d'un poème de Lawrence Ferlinghetti.
- Le club de lecture de Fialka n'est pas le seul à s'être lancé dans l'aventure de « Finnegans Wake », avec d'autres groupes à Dublin et Zurich.
- Sam Slote, expert de Joyce, souligne l'importance de la lecture collective pour décrypter les nombreuses références de « Finnegans Wake ».
« Finnegans Wake », le dernier ouvrage de James Joyce, est réputé pour sa complexité. Ce roman, publié entre 1923 et 1939, est considéré comme l'une des œuvres les plus difficiles à comprendre de la littérature du XXe siècle. La langue utilisée par Joyce, un mélange unique de mots anglais réinventés et de termes empruntés à d'autres langues, contribue à cette réputation.
En 1995, Gerry Fialka, un cinéaste expérimental de Venice, en Californie, a fondé un club de lecture dédié à « Finnegans Wake ». Ce club, composé de 10 à 30 membres, se réunissait mensuellement dans une bibliothèque locale pour lire et discuter du roman. Initialement, ils lisaient deux pages par mois, mais la tâche s'est avérée si ardue qu'ils ont dû réduire leur rythme à une seule page par mois. Avec ses 628 pages, le roman a nécessité 28 ans de lecture assidue, soit 11 ans de plus que le temps qu'il a fallu à Joyce pour l'écrire.
Une Œuvre Infinie
Le club de lecture californien, loin d'être découragé par la complexité de « Finnegans Wake », a trouvé une méthode unique pour appréhender l'œuvre. Chaque mois, les membres se réunissaient pour discuter des mots et des thèmes abordés, sans prétendre tout comprendre. Selon Fialka, l'intérêt réside dans l'expérience collective de la lecture, qui permet de saisir des bribes de la pensée de Joyce.
La dernière séance de lecture, marquée par une réunion Zoom, a été particulièrement symbolique. Fialka a invité les participants à prendre une respiration consciente avant de réciter un poème de Lawrence Ferlinghetti. Ensuite, les membres ont lu tour à tour deux lignes du texte, marquant ainsi la fin de leur première lecture complète. Cependant, Fialka insiste sur le fait que le roman ne se termine jamais vraiment, car il se poursuit de manière cyclique, le dernier mot se fondant dans le premier.
Le club a déjà entamé une nouvelle lecture de « Finnegans Wake », et Fialka, désormais âgé de 70 ans, prévoit de continuer cette aventure littéraire jusqu'à ses 100 ans. En novembre 2023, ils avaient déjà lu trois pages du roman.
Des Clubs de Lecture aux Quatre Coins du Monde
Le club de lecture de Gerry Fialka n'est pas le seul à s'être lancé dans l'aventure de « Finnegans Wake ». Selon le journal anglophone The Guardian, d'autres groupes à travers le monde se sont également attelés à cette tâche monumentale. À Dublin, un groupe de chercheurs spécialisés dans l'œuvre de Joyce, dirigé par Sam Slote, un expert de Joyce au Trinity College, prévoit de consacrer environ 15 ans à la lecture du roman. En Suisse, un club de lecture à Zurich a déjà lu « Finnegans Wake » trois fois en près de 40 ans et entame actuellement son quatrième cycle. Leur première lecture a duré 11 ans, démontrant la persévérance et l'engagement nécessaires pour appréhender cette œuvre complexe.
Sam Slote, expert de Joyce, souligne que l'œuvre se prête particulièrement bien aux clubs de lecture : « Il faut accepter que personne ne comprend vraiment le livre, et c'est là que l'idée de lecture collective prend tout son sens. » La collaboration peut aider à décrypter les nombreuses références de Joyce, qui vont des allusions à la politique irlandaise du 19ème siècle aux œuvres de la littérature française, en passant par le Livre des Morts égyptien.
Une Expérience Transformatrice
Pour les membres du club de lecture de Fialka, « Finnegans Wake » n'est pas seulement un roman, mais une expérience transformatrice. Chaque séance de lecture devient une exploration collective de la langue et de la pensée de Joyce. Les discussions permettent de découvrir des significations cachées et des connexions inattendues entre les mots et les thèmes. Cette approche collaborative enrichit la compréhension de l'œuvre et crée un sentiment de communauté parmi les lecteurs.
Fialka compare cette expérience à un voyage sans fin, où chaque page révèle de nouvelles perspectives et de nouvelles questions. « C'est comme si nous étions des explorateurs découvrant un nouveau continent à chaque séance », dit-il. Cette métaphore illustre bien l'esprit d'aventure et de découverte qui anime le club de lecture.
En conclusion, « Finnegans Wake » de James Joyce reste une œuvre fascinante et complexe qui continue d'inspirer des lecteurs du monde entier. Les clubs de lecture, comme celui de Gerry Fialka, offrent une méthode unique pour appréhender cette œuvre monumentale, en transformant la lecture en une expérience collective et enrichissante.

