Il y a 78 jours
Fanblast & Oasis Agency : L’enquête explosive de RobBubble sur le scandale des chats truqués de Twitchers – Quand l’industrie du streaming bascule dans l’arnaque organisée
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Un système d’arnaque industrialisé au cœur du streaming
Une enquête de RobBubble lève le voile sur un réseau organisé de tromperie émotionnelle impliquant des plateformes comme Fanblast et des agences comme Oasis Agency. Sous couvert de conversations privées avec des streamers populaires, des "chatteurs" professionnels usurpaient leur identité pour manipuler les fans, les poussant à dépenser des fortunes en contenus payants. Preuves à l’appui – infiltrations, témoignages, documents internes –, ce scandale révèle une collusion systémique entre acteurs du streaming et structures opaques, tandis que les principaux concernés gardent un silence assourdissant.
A retenir :
- Un business modèle toxique : Des influenceurs (dont Alexisshv et GwendolynCeline) vendaient l’accès à leurs numéros privés via Fanblast, mais c’est l’agence Oasis Agency qui gérait les échanges, avec des techniques de lovebombing et de chantage émotionnel pour extorquer des sommes allant jusqu’à 50 000 € par mois.
- Preuves accablantes : Le journaliste Christoph Kübel a infiltré Oasis Agency, confirmant les liens avec Fanblast (mêmes locaux à Hambourg, accès partagé aux conversations WhatsApp). Des documents internes révèlent des guides de manipulation inspirés des romance scams.
- Un silence complice : Hormis le COO de Fanblast évoquant un "procès en cours", les streamers impliqués (Knossi, Alexisshv) et Invictus Agency refusent de s’expliquer. La Verbraucherzentrale avait déjà condamné Fanblast en 2023 pour pratiques trompeuses.
- Un parallèle troublant : Ce système rappelle les sugar baby scams, mais à échelle industrielle, avec une répartition des rôles entre plateforme (Fanblast), agence (Oasis) et streamers complaisants – ou victimes eux-mêmes ?
L’illusion brisée : quand les "chats privés" deviennent une usine à arnaques
Imaginez dépenser des centaines d’euros pour échanger avec votre streamer préféré, croyant vivre une connexion unique… avant de réaliser que derrière l’écran, un employé anonyme suit un script de manipulation pour vous soutirer toujours plus d’argent. C’est le cœur du scandale révélé par l’enquête de RobBubble, où la frontière entre fandom et exploitation s’efface sous les coups de projecteur d’un système bien huilé.
Tout commence avec Fanblast, une plateforme créée par le streamer allemand Knossi (de son vrai nom, Jens Knossalla), figure controversée du gaming connu pour ses liens passés avec les casinos en ligne. Le principe ? Permettre aux fans d’acheter l’accès à des numéros de téléphone privés de créateurs de contenu – en théorie. Dans les faits, selon les révélations, ces conversations seraient gérées par Oasis Agency, une structure employant des "chatteurs" formés pour simuler une relation affective, puis orienter les échanges vers des liens payants (photos, vidéos, ou même des "cadeaux virtuels" facturés plusieurs centaines d’euros).
Le mécanisme repose sur une escalade émotionnelle calculée :
1. Le lovebombing : Le "chatteur" inonde la victime de compliments et d’attention pour créer une dépendance affective.
2. La rareté artificielle : Les réponses deviennent plus espacées, poussant le fan à payer pour "déverrouiller" des messages ou des contenus exclusifs.
3. Le chantage subtil : "Tu ne m’aimes pas assez pour m’offrir ça ?", "Je suis triste que tu ne veuilles pas me soutenir…" – des phrases types relevées dans les guides internes d’Oasis Agency.
Résultat ? Des dépenses pouvant atteindre plusieurs milliers d’euros par mois pour des fans convaincus d’entretenir une relation privilégiée. Un modèle qui n’est pas sans rappeler les escroqueries aux "sugar babies", mais industrialisé à l’échelle d’une industrie entière.
"On nous a appris à jouer avec leurs émotions" : le témoignage glaçant d’un ancien "chatteur"
L’enquête de RobBubble s’appuie sur des témoignages anonymes d’anciens employés d’Oasis Agency, dont l’un décrit une formation méthodique à la manipulation :
"Le premier jour, on nous donne un persona – par exemple, une streamer timide et romantique. Ensuite, on nous apprend à repérer les 'proies' faciles : ceux qui envoient des messages longs, qui parlent de leur solitude, ou qui mentionnent des problèmes personnels. Notre objectif ? Les faire dépenser au moins 200 € par semaine. Ceux qui résistent, on les 'ghost' jusqu’à ce qu’ils reviennent, désespérés."
Un autre lanceur d’alerte confirme l’existence de quotas : les "chatteurs" seraient rémunérés à la commission (entre 10 % et 30 % des revenus générés), avec des bonus pour ceux qui dépassent certains seuils. "Un mois, j’ai gagné 4 000 € en exploitant une dizaine de clients. Mais après, je n’arrivais plus à dormir."
Ces révélations sont étayées par des captures d’écran de conversations internes, où des superviseurs rappellent aux équipes : "Restez dans le persona, même si le client vous insulte. Votre job, c’est de le faire payer, pas de vous faire des amis." Une déshumanisation assumée, où la victime devient un simple portefeuille à vider.
Hambourg, épicentre d’un réseau aux ramifications troubles
L’un des aspects les plus troublants de l’enquête réside dans les liens organiques entre Fanblast et Oasis Agency. Selon le journaliste Christoph Kübel (qui a infiltré Oasis pendant plusieurs semaines), les deux entités partageraient les mêmes locaux à Hamburg, avec des allers-retours constants entre les équipes. Plus inquiétant : le cofondateur de Fanblast aurait un accès direct aux conversations WhatsApp d’Oasis, suggérant une supervision active des opérations.
Des documents obtenus par RobBubble révèlent que le profil d’Alexisshv (une streamer allemande populaire) aurait généré près de 50 000 € en décembre 2025 via ce système. Un chiffre qui interroge : la créatrice de contenu était-elle complice, ou simplement instrumentalisée par Fanblast sans en avoir conscience ? Son silence actuel – comme celui de GwendolynCeline, autre streamer citée – nourrit les suspicions.
Par ailleurs, la Verbraucherzentrale (l’équivalent allemand de l’UFC-Que Choisir) avait déjà condamné Fanblast en 2023 pour "pratiques commerciales trompeuses", confirmant que les échanges promis avec des célébrités étaient en réalité gérés par des intermédiaires. Une alerte ignorée, qui prend aujourd’hui une dimension bien plus sombre.
Knossi, l’homme qui en savait trop (ou trop peu ?)
Au centre de cette tempête, Knossi – streamer star en Allemagne, mais aussi fondateur de Fanblast – reste muet. Un silence d’autant plus lourd que son passé est jonché de polémiques. En 2021, il avait été critiqué pour ses streams de casinos en ligne, où il promouvait des sites de jeu d’argent auprès d’un public jeune. À l’époque, il avait tenté de se distancier : "Je ne veux pas être associé à ces gens-là." Une déclaration qui sonne aujourd’hui comme une ironie macabre, alors que sa propre plateforme est accusée d’avoir systématisé l’exploitation émotionnelle.
Contactée par RobBubble, Invictus Agency (une autre structure liée à Knossi) a répondu par un communiqué flou : "Nous n’avons plus d’activité opérationnelle et rejetons toute implication pénale." Une esquive qui évite soigneusement d’aborder le fond du problème. Quant au COO de Fanblast, il a simplement invoqué un "procès en cours" pour justifier son refus de commenter. Une stratégie classique pour gagner du temps, tandis que les victimes, elles, attendent toujours des réponses.
Seule certitude : ce scandale dépasse le cadre d’une simple arnaque individuelle. Il révèle une failles structurelle dans l’industrie du streaming, où la monétisation de l’intimité – déjà problématique – bascule dans la prédation organisée. Avec des plateformes comme Fanblast, la frontière entre fan engagement et exploitation devient poreuse, voire inexistante.
Et maintenant ? Les pistes pour un streaming plus éthique
Face à l’ampleur des révélations, plusieurs questions se posent :
1. Une régulation est-elle possible ? En Allemagne, la Verbraucherzentrale a déjà saisi les autorités, mais les lois peinent à suivre l’évolution des arnaques 2.0. Faut-il interdire purement et simplement les plateformes comme Fanblast, ou encadrer strictement leurs pratiques ?
2. Quel rôle pour les plateformes comme Twitch ? Aujourd’hui, les streamers impliqués (Alexisshv, GwendolynCeline) continuent d’y diffuser du contenu, sans aucune sanction. Twitch pourrait-elle suspendre les comptes liés à des scandales avérés ?
3. Comment protéger les fans ? Des associations comme e-Enfance (en France) ou la Verbraucherzentrale (en Allemagne) appellent à des campagnes de sensibilisation sur les techniques de manipulation en ligne, souvent méconnues du grand public.
Du côté des victimes, certaines commencent à s’organiser. Un groupe Facebook nommé "Fanblast Victims" rassemble déjà plus de 1 200 membres, échangeant preuves et conseils juridiques. "Je pensais parler à la femme de mes rêves. En réalité, c’était un homme de 40 ans qui suivait un script. J’ai perdu 8 000 €.", témoigne l’un d’eux sous couvert d’anonymat.
Pour les streamers non impliqués dans le scandale, la crainte est désormais de voir leur métier associé à ces dérives. "On passe déjà pour des profiteurs qui vivent des dons. Là, ça devient caricatural : on nous accuse de vendre du rêve… alors que certains vendent littéralement des illusions", confie Lena, une petite streamer française.
Les révélations de RobBubble ne sont pas qu’un nouveau scandale dans le monde du streaming : elles exposent les dérives d’une industrie où l’intimité se monnaye, et où la frontière entre rêve et prédation s’efface. Entre les silences complices des acteurs clés, les victimes brisées et des preuves accablantes, une question persiste : combien de temps encore avant que les plateformes comme Twitch ou les régulateurs ne prennent leurs responsabilités ?
Une chose est sûre : après les dérives des casinos en ligne et les scandales de deepfake, le streaming entre dans une ère où la confiance – monnaie d’échange essentielle entre créateurs et fans – n’a jamais été aussi fragile. Aux streamers honnêtes de prouver que leur métier peut encore rimer avec authenticité. Aux autres, gare à la chute : l’ère de l’impunité touche peut-être à sa fin.

