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La Fin d'un Rêve : Amazon Games Éteint "New World" Après un Départ Prometteur
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Amazon Games a annoncé la fermeture définitive de New World: Aeternum, prévue pour janvier 2027, marquant la fin d'un projet ambitieux mais semé d'embûches. Malgré un lancement fulgurant en 2021, le MMO n'a pas su conserver son élan, victime de décisions stratégiques controversées et d'une gestion interne chaotique.
A retenir :
- Fermeture officielle de New World: Aeternum le 31 janvier 2027, après des années de déclin progressif.
- Le jeu, qui avait atteint 900 000 joueurs simultanés à son pic, ne compte plus que 1 100 joueurs sur Steam en janvier 2025.
- Amazon Games cesse toute vente de microtransactions à partir de juillet 2026, sans remboursement des Marks of Fortune restants.
- La division gaming d'Amazon, marquée par des échecs répétés (Crucible, Breakaway), tente de se recentrer sur des partenariats comme Tomb Raider.
- Un rapport de Bloomberg révèle des problèmes de mauvaise gestion et de manque de vision stratégique au sein d'Amazon Games.
Un Lancement Tonitruant, une Chute Silencieuse
Lorsque New World débarque sur PC en septembre 2021, le MMO d'Amazon Games fait l'effet d'une bombe. Développé par les studios internes de l'entreprise, le jeu mise sur un monde ouvert persistant, un système de combat dynamique et une esthétique inspirée des légendes coloniales américaines. En quelques semaines, il atteint un record de 900 000 joueurs simultanés sur Steam, un chiffre impressionnant pour un titre sorti sans période de bêta ouverte prolongée. Pourtant, derrière ce succès initial se cachait déjà les premiers signes d'un déséquilibre structurel.
Le jeu souffrait de problèmes techniques récurrents, notamment des bugs de synchronisation en combat et des serveurs instables, qui ont rapidement frustré une partie de la communauté. Malgré des mises à jour régulières, dont l'ajout de nouvelles zones et de mécaniques de craft approfondies, l'engouement s'est essoufflé. En octobre 2024, lors de son arrivée sur consoles (PS5 et Xbox Series X|S), New World ne parvient pas à relancer l'intérêt. Les chiffres s'effondrent : en janvier 2025, Steam ne recense plus que 1 100 joueurs simultanés, un déclin vertigineux pour un MMO censé rivaliser avec des géants comme World of Warcraft ou Final Fantasy XIV.
Nighthaven : Le Dernier Souffle d'un Monde Condamné
En décembre 2024, Amazon Games annonce que la mise à jour Nighthaven sera la dernière pour New World. Cette extension, initialement présentée comme une refonte majeure du système de saisons et des récompenses, marque en réalité le début de la fin. Les développeurs promettent une extension de l'événement Nighthaven jusqu'à la fermeture définitive, prévue pour le 31 janvier 2027, mais les joueurs savent déjà que le cœur n'y est plus.
La décision de cesser tout nouveau contenu intervient après une série de licenciements massifs au sein de la division gaming d'Amazon, en octobre 2025. Ces coupes budgétaires, qui ont touché spécifiquement les équipes dédiées aux MMO, ont sonné le glas de tout espoir de relance. Dans un communiqué sobre, les développeurs remercient la communauté pour son soutien, évoquant un "monde construit ensemble", mais sans jamais aborder les raisons profondes de cet échec. Pourtant, les signes avant-coureurs étaient là : Crucible, un autre projet d'Amazon Games, avait été annulé en 2020 après seulement quelques mois d'existence, tandis que Breakaway, un jeu de combat en arène, avait subi le même sort en 2018.
Microtransactions et Derniers Feux : Une Stratégie de Désengagement
Jusqu'en juillet 2026, Amazon Games continuera de vendre des microtransactions pour New World, notamment la monnaie virtuelle Marks of Fortune. Passé cette date, tous les articles en vente seront retirés, et les joueurs ne pourront plus dépenser leur solde restant. Une décision qui a suscité la colère de nombreux fans, d'autant plus qu'Amazon a clairement indiqué qu'aucun remboursement ne serait accordé. Cette politique, perçue comme cynique, contraste avec les pratiques d'autres éditeurs comme Blizzard ou Square Enix, qui ont parfois offert des compensations lors de fermetures de serveurs.
Pourtant, Amazon assure que le jeu restera jouable jusqu'au bout, avec une surveillance accrue des bugs et des performances. Une promesse qui semble surtout destinée à éviter un bad buzz supplémentaire. Dans les faits, les serveurs seront maintenus en vie par une équipe réduite, sans aucune garantie sur la qualité de l'expérience. Les joueurs les plus investis, qui ont passé des centaines d'heures à explorer Aeternum, se retrouvent ainsi face à un choix cornélien : continuer à jouer dans un monde condamné, ou tourner définitivement la page.
Amazon Games : Une Division en Quête de Légitimité
L'échec de New World s'inscrit dans une longue série de déconvenues pour Amazon Games. Depuis sa création en 2012, la division gaming du géant du e-commerce a accumulé les projets avortés et les annonces non tenues. Le cas le plus emblématique reste celui du MMO Lord of the Rings, dont le développement a été brutalement interrompu en 2021, officiellement en raison d'un "désaccord contractuel" avec les ayants droit. Pourtant, des sources internes, citées par Bloomberg, évoquent plutôt un manque de vision claire et des dépenses pharaoniques sans retour sur investissement.
En 2021, le PDG d'Amazon, Andy Jassy, avait pourtant réaffirmé l'engagement de l'entreprise dans le gaming, promettant des "investissements massifs" et une "approche à long terme". Quatre ans plus tard, force est de constater que ces promesses n'ont pas été tenues. Si Amazon Games n'abandonne pas totalement le secteur – comme en témoignent les récentes annonces de partenariats avec Crystal Dynamics pour Tomb Raider: Legacy of Atlantis et Tomb Raider: Catalyst –, la division peine à trouver sa place dans un paysage dominé par des acteurs historiques comme Electronic Arts, Ubisoft ou Activision Blizzard.
Le Syndrome du Géant Maladroit : Pourquoi Amazon Échoue dans le Gaming
Plusieurs facteurs expliquent les difficultés récurrentes d'Amazon dans le domaine du jeu vidéo. D'abord, une culture d'entreprise incompatible avec les spécificités du secteur. Chez Amazon, la prise de décision est souvent centralisée et basée sur des métriques financières à court terme, un modèle qui fonctionne pour le e-commerce ou le cloud, mais qui est inadapté à l'industrie du jeu, où les cycles de développement sont longs et les risques élevés. Comme le souligne un ancien employé d'Amazon Games dans une interview accordée à Kotaku : "Chez Amazon, on vous demande de justifier chaque dépense avec des chiffres. Mais comment quantifier la créativité ? Comment mesurer l'impact d'une mécanique de jeu innovante avant qu'elle ne soit testée par les joueurs ?"
Ensuite, Amazon a systématiquement sous-estimé la complexité des MMO. New World était ambitieux, mais il a souffert d'un manque de contenu de fin de jeu et d'une communauté fragmentée par des serveurs surchargés. Contrairement à des titres comme Final Fantasy XIV, qui a su rebondir après un lancement catastrophique grâce à une refonte complète, New World n'a jamais bénéficié d'une seconde chance. Les mises à jour, bien que régulières, étaient souvent perçues comme superficielles, ajoutant du contenu sans résoudre les problèmes de fond.
Enfin, Amazon a pâti d'une mauvaise gestion des talents. La division gaming a connu un turnover élevé, avec des départs de figures clés comme Christophe Hartmann, ancien président d'Amazon Games, ou Mike Frazzini, vice-président en charge du gaming. Ces départs ont laissé un vide stratégique, aggravé par des licenciements massifs en 2023 et 2025. Comme le résume un analyste du secteur : "Amazon a voulu jouer dans la cour des grands sans comprendre les règles du jeu. Ils ont cru que l'argent et la puissance de leur marque suffiraient, mais le gaming ne fonctionne pas comme ça."
La fermeture de New World: Aeternum marque un nouveau chapitre dans l'histoire tumultueuse d'Amazon Games. Si le géant du e-commerce n'abandonne pas totalement le secteur, cet échec illustre les limites d'une approche purement financière et déconnectée des réalités du gaming. Pour les joueurs, la fin d'Aeternum sonne comme un rappel cruel : même les mondes virtuels les plus prometteurs ne sont pas à l'abri des erreurs stratégiques et des caprices des éditeurs.
Reste à voir si Amazon saura tirer les leçons de cet échec. En attendant, les fans de New World ont jusqu'au 31 janvier 2027 pour dire adieu à un jeu qui, malgré ses défauts, a su captiver des centaines de milliers de joueurs à travers le monde. Une épitaphe amère pour un rêve qui n'aura duré que six ans.
Quant à Amazon, son avenir dans le gaming passera peut-être par des partenariats plutôt que par des développements internes. Une stratégie moins risquée, mais qui ne suffira peut-être pas à effacer le souvenir de New World : un MMO parti trop tôt, victime de son ambition et de la maladresse de son créateur.

