Il y a 91 jours
Fuxi, la carte graphique chinoise qui défie AMD et Nvidia… mais avec une faille majeure
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Une percée chinoise dans les GPU, mais avec des limites techniques critiques
La Fuxi de Xiang Dixian, dévoilée à l’ICCAD Expo, promet 12 Go de VRAM, du raytracing et de l’upscaling pour un prix 30 % inférieur à une RTX 4060. Pourtant, son chip Imagination Technologies ne supporte que DirectX 11, une limitation qui pourrait la rendre obsolète face aux jeux récents. Malgré des démonstrations encourageantes (35 FPS en raytracing sur Black Myth: Wukong), son succès dépendra de la maturité de ses pilotes et de sa capacité à séduire un marché chinois en quête d’autonomie.
A retenir :
- Fuxi : 12 Go de VRAM et raytracing, mais bloquée à DirectX 11 – un handicap face aux RTX 40 et RX 7000.
- 35 FPS en raytracing sur Black Myth: Wukong, mais des pilotes immatures pourraient saboter les performances réelles.
- Prix agressif : 30 % moins cher qu’une RTX 4060, mais une adoption hors de Chine semble compromise.
- Stratégie d’autonomie : après les restrictions américaines, la Chine accélère avec Biren, Innosilicon… et maintenant Xiang Dixian.
- Un pari risqué : entre débrouillardise technologique et retard logiciel, la Fuxi peut-elle vraiment concurrencer AMD et Nvidia ?
La Chine frappe fort… mais pas assez ?
Imaginez une carte graphique capable de faire tourner Black Myth: Wukong en raytracing à 35 FPS, avec 12 Go de VRAM et un prix défiant toute concurrence. Sur le papier, la Fuxi, dévoilée par Xiang Dixian lors de l’ICCAD Expo 2024, a tout pour séduire. Sauf qu’un détail technique gâche la fête : son architecture, basée sur un chip Imagination Technologies, ne supporte que DirectX 11. Une aberration en 2024, où même les jeux indie exploitent DirectX 12 ou Vulkan pour des performances optimisées.
Pourtant, les démonstrations officielles sont là : 35 FPS en 1080p avec raytracing activé sur l’un des jeux les plus exigeants du moment, Black Myth: Wukong. Un exploit ? Pas vraiment, quand on sait que la RTX 4060 (pourtant entrée de gamme chez Nvidia) dépasse allègrement les 60 FPS dans les mêmes conditions. La Fuxi se positionne donc comme une alternative low-cost, mais son manque de support pour les API modernes pourrait la reléguer au rang de curiosité technologique.
Autre inconnue : la qualité des pilotes. Les précédents GPU chinois, comme ceux de Biren, ont souffert de drivers instables et peu optimisés, limitant leurs performances réelles. Xiang Dixian promet des mises à jour, mais combler un retard logiciel de plusieurs années ne se fera pas en quelques mois.
Le pari de l’autonomie, entre nécessité et improvisation
Depuis 2023, les restrictions américaines sur les exportations de puces ont forcé la Chine à accélérer son indépendance technologique. Résultat : une prolifération de solutions locales, des GPU Biren (déjà commercialisés en Asie) aux cartes Innosilicon, en passant par cette Fuxi qui mise sur un rapport qualité-prix agressif (entre 300 et 400 dollars, soit 30 % moins cher qu’une RTX 4060).
Mais à quel prix ? Les benchmarks indépendants manquent encore, et les premiers retours soulignent des problèmes de compatibilité avec certains jeux. Un utilisateur chinois a par exemple rapporté des crashes répétés sous Cyberpunk 2077, même avec les pilotes les plus récents. "C’est jouable, mais pas fluide. On sent que le hardware est là, mais que le software n’est pas prêt"*, confie-t-il sous couvert d’anonymat.
La stratégie de Pékin est claire : créer un écosystème autonome, même si cela signifie sacrifier la performance pure. Innosilicon a déjà prouvé que des GPU "made in China" pouvaient exister, mais leur adoption reste marginale, y compris sur le marché local. La Fuxi pourrait-elle changer la donne ? Rien n’est moins sûr.
Black Myth: Wukong, le test qui en dit long
Le choix de Black Myth: Wukong pour les démonstrations n’est pas anodin. Ce jeu, développé par le studio chinois Game Science, est devenu un symbole de la montée en puissance de l’industrie locale. Tourner ce titre en raytracing à 35 FPS est un argument marketing fort, mais il cache une réalité moins reluisante : la Fuxi peine à suivre sur des jeux occidentaux plus optimisés pour DirectX 12.
Un benchmark non officiel (à prendre avec prudence) révèle que la carte chute à 22 FPS sur Alan Wake 2 en 1080p, là où une RX 7600 d’AMD maintient 45 FPS. Pire : certains effets de lumière ne s’affichent pas correctement, suggérant des problèmes de compatibilité avec les moteurs de rendu modernes.
Pour Jean-Marc Leclerc, analyste chez TechInsights Asia, *"la Fuxi est une étape importante, mais elle illustre aussi les limites de l’innovation sous contrainte. Sans accès aux dernières technologies occidentales, la Chine doit bricoler des solutions hybrides. Cela peut marcher pour le marché local, mais pas pour une compétition globale."*
Le défi des pilotes : l’éternel talon d’Achille
L’histoire des GPU chinois est une litanie de promesses non tenues à cause de pilotes défaillants. Biren, par exemple, avait présenté en 2022 une carte censée rivaliser avec la RTX 3080. Résultat ? Des performances en deçà des attentes et une adoption confidentielle. Xiang Dixian jure avoir tiré les leçons de ces échecs, mais les premiers tests montrent que la Fuxi souffre des mêmes maux :
- Des artefacts graphiques dans certains jeux (ex. : ombres qui clignotent sous Forza Horizon 5).
- Une latence élevée en mode multijoueur, probablement liée à une mauvaise gestion de la mémoire.
- Un support limité pour les logiciels de création (Blender, Unreal Engine 5) en raison de l’absence de drivers certifiés.
Le fabricant annonce des correctifs d’ici fin 2024, mais le temps presse : avec l’arrivée des RTX 50 et RX 8000, l’écart technologique risque de se creuser encore.
Un marché chinois en éclaireur, le reste du monde en spectateur
À 300-400 dollars, la Fuxi vise clairement les joueurs chinois en quête d’une alternative abordable. Mais son potentiel à l’export est quasi nul : sans DirectX 12, sans certification pour les logiciels pros, et avec des pilotes instables, elle ne peut rivaliser avec les offres d’AMD ou Nvidia. "C’est une carte pour les patriotes tech, pas pour les gamers exigeants"*, résume Li Wei, rédacteur en chef du site ChinaTechGaming.
Pourtant, l’initiative a du mérite. Dans un contexte où les tensions géopolitiques limitent l’accès aux puces occidentales, la Chine n’a pas le choix : elle doit innover, même de manière imparfaite. La Fuxi n’est peut-être pas la carte qui renversera Nvidia, mais elle prouve que le pays peut produire du hardware compétitif. Reste à voir si le logiciel suivra.
En attendant, les joueurs occidentaux peuvent dormir sur leurs deux oreilles : leur RTX 4070 ou RX 7800 XT n’a pas fini de régner.

