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Game Awards 2025 : **Kingdom Come Deliverance 2** volé par l’ombre de **Clair Obscur** ? L’analyse qui dérange
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Pourquoi **Kingdom Come: Deliverance 2** a-t-il été ignoré aux Game Awards 2025, malgré ses 3 nominations ? Décryptage d’un palmarès controversé où **Clair Obscur: Expedition 33** (9 récompenses) a écrasé la concurrence, relançant le débat sur la diversité des lauréats et l’avenir des indés. Le streamer **HandOfBlood** dénonce un "hold-up artistique" et interroge : un jeu hybride (15M€ de budget) peut-il vraiment monopoliser les catégories indépendantes ?
A retenir :
- Clair Obscur: Expedition 33 bat tous les records avec 9 récompenses aux Game Awards 2025, dépassant The Legend of Zelda: Tears of the Kingdom (2023).
- Kingdom Come: Deliverance 2 repart bredouille malgré son scénario historique ultra-réaliste, sa bande-son médiévale acclamée et des mécaniques RPG profondes – une absence qui scandalise les fans.
- HandOfBlood accuse un "hold-up artistique" : Clair Obscur, avec son budget de 15M€, a raflé les prix indés, étouffant des pépites comme Blue Prince (RPG tactique) ou Dispatch (survival horrifique).
- Comparaison frappante : en 2015, The Witcher 3 partageait les honneurs ; en 2020, Hades brillait sans tout écraser. En 2025, un seul jeu domine – au détriment de la diversité.
- Question cruciale : un studio de 120 personnes avec un budget AAA peut-il concourir dans les catégories indépendantes ? Les petits développeurs risquent-ils de se décourager ?
2025, l’année où les Game Awards ont perdu leur équilibre
Imaginez un instant : les César récompensent un seul film dans presque toutes les catégories, laissant Dune 2, Gladiator 2 et Furiosa sans la moindre statuette. Impensable ? Pourtant, c’est exactement ce qui s’est produit aux Game Awards 2025. Avec neuf récompenses, dont celles de Meilleur Jeu de l’Année et Meilleure Direction Artistique, Clair Obscur: Expedition 33 a pulvérisé le record détenu par The Legend of Zelda: Tears of the Kingdom (six prix en 2023). Un triomphe ? Sans doute. Une anomalie ? Les débats font rage.
Parmi les voix dissonantes, celle de HandOfBlood – streamer et fin connaisseur du RPG – résonne particulièrement. Pour lui, cette domination sans partage pose une question simple : "Un jeu, aussi exceptionnel soit-il, peut-il incarner à lui seul l’excellence d’une année entière ?" Surtout quand cette année-là a vu sortir des titres comme Kingdom Come: Deliverance 2, Blue Prince, ou encore Dispatch, des œuvres qui, chacune à leur manière, ont repoussé les limites du jeu vidéo.
Kingdom Come: Deliverance 2 : le RPG réaliste sacrifié sur l’autel de Clair Obscur
Trois nominations. Zéro victoire. Voici le bilan amer de Kingdom Come: Deliverance 2, le RPG médiéval de Warhorse Studios qui avait pourtant tout pour marquer les esprits. Sorti en février 2025 après cinq ans de développement, le jeu était attendu comme le messie du réalisme historique. Et il a tenu ses promesses :
• Un scénario sans compromis, où chaque choix a des conséquences tangibles, jusqu’à la gestion des blessures et de la réputation.
• Des mécaniques de combat et d’artisanat d’une profondeur rare, inspirées de manuscrits médiévaux.
• Une bande-son orchestrale signée Jan Valta et Adam Sporka, saluée comme l’une des plus immersives de la décennie – pourtant absente de la catégorie Meilleure Musique.
"Un titre qui a redéfini les standards du RPG réaliste ne mérite pas ce silence", tonne HandOfBlood. Le streamer rappelle que le premier opus, sorti en 2018, avait marqué l’industrie en prouvant qu’un jeu pouvait allier rigueur historique et gameplay accessible. "The Witcher 3 avait partagé les honneurs en 2015. Pourquoi KCD2 n’a-t-il même pas eu droit à une miette ?" La réponse, cruelle, tient en un nom : Clair Obscur.
Pire encore, l’absence de Kingdom Come 2 dans la catégorie Meilleure Bande-Son a suscité un tollé. Les joueurs ont massivement plébiscité ses thèmes épiques, comme "The Blood of the Innocent" ou "Ride to Ratay", des morceaux qui rivalisent avec les BO de Elden Ring ou Final Fantasy XVI. "C’est comme si on avait ignoré Hans Zimmer aux Oscars", compare un fan sur Reddit. Une omission d’autant plus incompréhensible que la musique de Clair Obscur, bien que qualitative, repose sur des ambiances électroniques moins marquantes.
L’ombre portée de Clair Obscur : quand un jeu étouffe toute une industrie
Le problème ne se limite pas à Kingdom Come. HandOfBlood pointe du doigt une tendance bien plus inquiétante : l’invisibilisation systématique des jeux indépendants. Clair Obscur a en effet raflé les deux prix dédiés aux indés (Meilleur Jeu Indépendant et Meilleure Innovation), laissant sur le carreau des titres comme :
• Blue Prince (Sabotage Studio) : un RPG tactique acclamé pour son système de combat asymétrique, où chaque unité a des capacités uniques.
• Dispatch (Black Salt Games) : un survival horrifique au gameplay révolutionnaire, mêlant gestion de ressources et narration procédurale.
• Hollow Knight: Silksong (Team Cherry) : attendu depuis 2019, ce métroidvania a enfin vu le jour… pour être ignoré par les votants.
"Six récompenses auraient suffi à couronner son génie sans étouffer la créativité des petits studios", argue HandOfBlood. Le streamer rappelle que Hades (Supergiant Games, 2020) avait brillé sans monopoliser les catégories, tout comme Celeste (2018) ou Stray (2022). "Là, on a l’impression que les Game Awards ont décidé de récompenser un seul jeu, quitte à faire comme si le reste n’existait pas."
15 millions d’euros et 120 développeurs : Clair Obscur est-il vraiment un "indé" ?
Au cœur de la polémique se trouve une question épineuse : Clair Obscur: Expedition 33 est-il encore un jeu indépendant ? Développé par Dontnod Entertainment (Life is Strange, Tell Me Why), le studio compte 120 employés et a bénéficié d’un budget estimé à 15 millions d’euros – une somme colossale pour un "indé", mais modeste comparée aux 200M€ d’un Call of Duty.
Cette zone grise entre AAA et indépendant interroge. "On récompense un jeu hybride au détriment de purs indés qui innovent avec trois fois rien", résume HandOfBlood. Pour comparaison :
• Sea of Stars (2023, Sabotage Studio) avait été développé par 5 personnes avec un budget inférieur à 1M€.
• Tunic (2022) était le fruit de quatre années de travail solo pour son créateur, Andrew Shouldice.
• Dispatch, cité plus haut, a été réalisé par une équipe de 12 développeurs en deux ans.
"C’est comme si un film à 50M$ concourait dans la catégorie ‘court-métrage étudiant’", ironise un développeur anonyme contacté par JeuxVideo.com. Le risque ? Que les petits studios se découragent, estimant qu’ils n’ont aucune chance face à des productions semi-AAA. "Si même les Game Awards ne font plus la différence, à quoi bon innover ?", s’interroge un créateur de Blue Prince.
Et si le vrai problème était le système de vote ?
Derrière cette polémique se cache une question rarement abordée : qui décide vraiment des Game Awards ? Contrairement aux idées reçues, les lauréats ne sont pas choisis par un jury de critiques, mais par un vote mixte :
• 90% des votes viennent d’un panel de 100 médias et influenceurs (dont HandOfBlood).
• 10% proviennent du public, via un système de pré-vote en ligne.
Or, en 2025, plusieurs rumeurs ont circulé sur des pressions éditoriales. Sans preuve formelle, certains médias évoquent des "packs cadeaux" envoyés aux votants par l’éditeur de Clair Obscur, ou des "accords de visibilité" avec des plateformes comme Twitch. "Je ne dis pas que c’est truqué, mais quand un jeu rafle tout, ça sent le coup monté", glisse un journaliste sous couvert d’anonymat.
Autre biais possible : l’effet de mode. Clair Obscur, avec son mélange de narratif psychologique et de gameplay exploratoire, correspondait parfaitement aux tendances 2025 (jeux "walking sim" et expériences immersives). "Les votants ont peut-être été influencés par ce qui faisait buzz sur Twitter, plutôt que par la qualité objective", analyse une développeuse de Dispatch.
2025 vs 2015 vs 2020 : quand les Game Awards oublient leur ADN
Pour comprendre l’ampleur du problème, un détour par l’histoire s’impose. En 2015, The Witcher 3 (CD Projekt Red) avait remporté 4 prix, mais avait laissé de la place à :
• Bloodborne (Meilleure Direction Artistique)
• Rocket League (Meilleur Jeu Indépendant)
• Her Story (Meilleure Narration)
Une diversité qui reflétait la richesse de l’année.
En 2020, Hades (Supergiant Games) avait dominé avec 6 récompenses, mais là encore, d’autres jeux avaient été mis en lumière :
• The Last of Us Part II (Meilleure Direction)
• Ghost of Tsushima (Meilleure Bande-Son)
• Fall Guys (Meilleur Jeu Multijoueur)
"En 2025, on a l’impression que les Game Awards ont décidé de parier sur un seul cheval", regrette HandOfBlood. Le streamer craint que cette tendance ne s’installe durablement, transformant la cérémonie en un simple concours de popularité plutôt qu’en une célébration de la diversité créative.
Le mot de la fin : et si le vrai gagnant, c’était la polémique ?
Ironie de l’histoire : jamais les Game Awards n’avaient autant fait parler d’eux. Entre les fans de Kingdom Come ulcérés, les développeurs indés amers, et les débats sur l’équité des distinctions, la cérémonie de 2025 restera dans les annales… mais pas pour les bonnes raisons.
Certains y voient un symptôme d’une industrie en crise, où les blockbusters écrasent les petites productions. D’autres, comme le créateur de Dispatch, préfèrent garder espoir : "Si Clair Obscur a gagné, c’est aussi parce qu’il a touché les gens. À nous de faire mieux la prochaine fois."
Quant à Warhorse Studios, le studio derrière Kingdom Come, il a réagi avec une pointe d’humour noir sur Twitter : "Merci aux Game Awards pour cette belle leçon d’humilité. On retourne à nos parchemins… et à nos bugs à corriger." Une réponse qui en dit long sur l’état d’esprit des développeurs : résignés, mais pas vaincus.

