Il y a 46 jours
GOG avertit : des régulations trop strictes pourraient réduire le nombre de jeux vidéo à l'avenir
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La fermeture d'Anthem relance le débat sur la préservation des jeux vidéo, mais GOG met en garde : des régulations trop strictes pourraient décourager les développeurs et réduire l'offre à long terme. Entre idéalisme et réalités économiques, l'industrie cherche un équilibre.
A retenir :
- Anthem, The Crew et New World: Aeternum ont disparu des serveurs, soulignant la fragilité des jeux en ligne.
- GOG craint qu'une obligation de maintenance illimitée ne décourage les studios, surtout pour les jeux live-service.
- Le groupe Stop Killing Games milite pour une meilleure préservation, mais les solutions restent complexes.
- Des titres comme Skate, malgré leur succès relatif, pourraient subir le même sort à l'avenir.
- L'industrie doit trouver un compromis entre préservation culturelle et viabilité économique.
Anthem s'éteint : quand les jeux en ligne deviennent des fantômes numériques
Le 12 janvier 2025, Anthem a officiellement rejoint le cimetière des jeux vidéo disparus. Développé par BioWare, ce RPG d'action en ligne, inspiré de l'univers d'Iron Man, avait suscité un immense espoir à sa sortie en 2019. Pourtant, malgré des mécaniques de vol prometteuses et un monde ouvert ambitieux, le titre a rapidement été abandonné par ses créateurs, devenant un symbole des échecs des jeux "live-service". Aujourd'hui, plus aucun joueur ne peut arpenter les terres de Coda : les serveurs d'EA ont été définitivement coupés, transformant le jeu en une relique inaccessible.
Cette disparition n'est pas un cas isolé. En mars 2024, Ubisoft avait déjà retiré The Crew des plateformes, privant les joueurs de son vaste monde ouvert inspiré des États-Unis. Ces fermetures successives ont ravivé un débat récurrent dans l'industrie : comment préserver les jeux vidéo, surtout lorsqu'ils dépendent de serveurs en ligne ? Pour Maciej Gołębiewski, directeur général de GOG, la réponse n'est pas aussi simple qu'il y paraît.
GOG sonne l'alarme : "Trop de régulations pourraient tuer l'innovation"
Dans un entretien accordé à Eurogamer le 15 janvier 2025, Gołębiewski a exprimé ses craintes face à une éventuelle régulation imposant aux développeurs de maintenir leurs jeux indéfiniment. "Nous voulons tous que les jeux vivent éternellement, mais si nous imposons trop de barrières aux créateurs, nous risquons d'avoir moins de jeux à l'avenir", a-t-il déclaré. Selon lui, une telle obligation alourdirait considérablement les coûts de développement et de maintenance, dissuadant les studios de prendre des risques.
"Imaginez : vous devez non seulement financer la création et la promotion d'un jeu, mais aussi son entretien pendant 10, 20 ans, parce que le régulateur l'exige. Cela pourrait décourager les petits studios et même les grands éditeurs de se lancer dans des projets ambitieux", a-t-il ajouté. Cette mise en garde intervient alors que le groupe Stop Killing Games, créé en avril 2024 en réaction à la disparition de The Crew, milite pour une meilleure protection des jeux en ligne.
Pourtant, Gołębiewski reconnaît que la question est complexe. "Il y a un débat très intéressant à avoir sur ce à quoi devrait ressembler la fin de vie d'un jeu. Faut-il simplement l'enterrer et le rendre inaccessible, ou trouver un moyen de le préserver, même partiellement ?" a-t-il souligné. Une position qui reflète les tensions entre préservation culturelle et réalités économiques.
New World et Skate : les prochaines victimes sur la liste ?
Les craintes de Gołębiewski ne sont pas infondées. Le 31 janvier 2027, Amazon retirera New World: Aeternum de toutes les plateformes, mettant fin à l'aventure de ce MMORPG sorti en 2021. Malgré des mises à jour régulières et une communauté active, le jeu n'a pas réussi à s'imposer face à des géants comme World of Warcraft ou Final Fantasy XIV. Sa disparition rappelle que même les titres soutenus par des géants du numérique ne sont pas à l'abri.
Plus inquiétant encore, des jeux comme Skate, le simulateur de skateboard d'Electronic Arts, pourraient subir le même sort. Sorti en 2025, le titre a su séduire une communauté fidèle, avec une moyenne de 3 500 joueurs quotidiens selon SteamDB. Pourtant, malgré ce succès relatif, rien ne garantit qu'EA ne décidera pas un jour de couper les serveurs. "C'est une épée de Damoclès qui pèse sur tous les jeux en ligne", confie un développeur anonyme travaillant sur un titre live-service. "Même si ton jeu marche bien, tu sais qu'un jour, il pourrait disparaître."
Cette incertitude a poussé certains joueurs à se tourner vers des solutions alternatives, comme les émulateurs ou les archives privées. Cependant, ces méthodes soulèvent des questions légales et éthiques, notamment en ce qui concerne les droits d'auteur et la propriété intellectuelle.
L'industrie face à un dilemme : préserver ou innover ?
Le débat sur la préservation des jeux vidéo n'est pas nouveau. Dès les années 2000, des titres comme Matrix Online ou Star Wars Galaxies ont disparu des serveurs, laissant leurs joueurs orphelins. Pourtant, avec l'essor des jeux live-service, le problème s'est aggravé. Aujourd'hui, des millions de joueurs investissent du temps et de l'argent dans des expériences qui pourraient disparaître du jour au lendemain.
Pour Yves Guillemot, PDG d'Ubisoft, la réponse est claire : "Vous fournissez un service, mais rien n'est gravé dans le marbre. À un moment donné, ce service peut être interrompu. Rien n'est éternel." Une position pragmatique, mais qui ne satisfait pas tout le monde. Des initiatives comme Stop Killing Games ou The Video Game History Foundation militent pour une meilleure protection des jeux, arguant qu'ils font partie du patrimoine culturel.
Cependant, les solutions techniques et juridiques restent limitées. Certains studios, comme Blizzard avec Diablo II: Resurrected, ont choisi de rééditer leurs anciens titres en les adaptant aux standards modernes. D'autres, comme Square Enix avec Final Fantasy VII Remake, optent pour des réinventions complètes. Mais ces approches ne résolvent pas le problème des jeux purement en ligne, dont l'expérience dépend entièrement des serveurs.
Vers un modèle hybride ? Les pistes pour l'avenir
Face à ce défi, plusieurs pistes émergent. La première consiste à archiver les jeux sous forme de versions hors ligne, comme le fait GOG avec sa bibliothèque de titres classiques. Cependant, cette solution ne s'applique pas aux jeux multijoueurs, dont l'expérience repose sur des interactions en temps réel.
Une autre approche serait d'imposer aux éditeurs de libérer le code source des jeux abandonnés, permettant à la communauté de les maintenir via des serveurs privés. Cette idée, déjà appliquée avec des titres comme Star Trek Online ou City of Heroes, présente toutefois des risques en termes de sécurité et de droits d'auteur.
Enfin, certains experts plaident pour un modèle économique différent, où les joueurs paieraient un abonnement pour accéder à une bibliothèque de jeux en ligne, garantissant leur maintenance à long terme. Une solution similaire à celle proposée par Microsoft avec son service Xbox Game Pass, mais étendue à tous les éditeurs.
"Le vrai défi, c'est de trouver un équilibre entre préservation et innovation", estime Dr. Clara Moreau, chercheuse en histoire du jeu vidéo à l'Université de Montréal. "Si nous voulons que les jeux continuent d'évoluer, nous devons accepter qu'ils ne durent pas éternellement. Mais en même temps, nous ne pouvons pas laisser disparaître des pans entiers de notre culture."
Pour l'instant, l'industrie semble encore loin d'une solution universelle. Mais une chose est sûre : le débat sur la préservation des jeux vidéo ne fait que commencer.
La fermeture d'Anthem et la mise en garde de GOG rappellent une réalité cruelle : dans l'industrie du jeu vidéo, rien n'est éternel. Entre les impératifs économiques des éditeurs et les attentes des joueurs, le débat sur la préservation des jeux en ligne reste plus que jamais d'actualité. Si des régulations trop strictes pourraient effectivement freiner l'innovation, l'absence totale de cadre laisse planer une incertitude inquiétante sur l'avenir de nombreux titres.
Pour l'heure, les joueurs n'ont d'autre choix que de profiter des jeux tant qu'ils sont disponibles, tout en espérant que l'industrie saura trouver un compromis. Car au-delà des chiffres et des profits, c'est bien une partie de notre culture numérique qui est en jeu. Et comme le disait Yves Guillemot : "Rien n'est éternel." Mais doit-on pour autant se résigner à voir disparaître ces œuvres ?
Une chose est certaine : la discussion, elle, ne fait que commencer.

