Il y a 91 jours
**Horses** : Le jeu d’horreur banni de Steam qui divise l’industrie et fascine les joueurs
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Un jeu maudit ? **Horses**, l’horreur psychologique de Santa Ragione, défie les plateformes après son exclusion inexpliquée de Steam. GOG, Epic et d’autres lui ouvrent leurs portes, transformant ce rejet en phénomène culturel. Entre déshumanisation glaçante et esthétique cauchemardesque, le titre promet une expérience aussi dérangeante qu’inoubliable. Sortie prévue le 2 décembre 2025.
A retenir :
- Horses : Le jeu d’horreur psychologique qui a été banni de Steam sans explication, relançant le débat sur la censure dans le gaming.
- GOG, Epic Games et Itch.io soutiennent le projet avec des précommandes dès le 28 novembre, une rare prise de position contre l’autocensure.
- Un scénario glaçant où humains déguisés en chevaux subissent des traitements sadiques, explorant la déshumanisation et la folie.
- L’esthétique visuelle, dévoilée lors du Summer of Gaming 2023, rappelle les œuvres les plus sombres du studio (The Town of Light).
- Une sortie hautement symbolique le 2 décembre : le jeu mise sur un public niche, mais engagé, en dehors de l’écosystème Valve.
Imaginez un jeu si dérangeant que la plus grande plateforme de distribution numérique du monde, Steam, préfère l’ignorer sans même daigner expliquer pourquoi. C’est le cas de Horses, le dernier né du studio milanais Santa Ragione, dont le parcours chaotique avant même sa sortie en fait déjà l’un des titres les plus discutés de 2025. Entre rejet mystérieux, soutien inattendu et thèmes tabous, ce jeu d’horreur psychologique s’annonce comme une œuvre maudite — ou peut-être simplement trop en avance sur son temps.
Steam dit non, GOG dit oui : la bataille des plateformes
Le feuilleton a commencé il y a plusieurs mois, lorsque Santa Ragione a soumis Horses à l’approbation de Valve. Malgré plusieurs versions modifiées, le jeu a systématiquement été rejeté, sans que le studio ne reçoive la moindre justification claire. Une situation d’autant plus frustrante que d’autres titres aux contenus tout aussi sombres (comme House of Ashes ou Outlast) ont, eux, franchi les portes de Steam sans encombre.
C’est ici que GOG entre en scène. La plateforme polonaise, réputée pour son engagement en faveur de la liberté créative, a non seulement accepté le jeu, mais en a fait une vitrine. Dès le 28 novembre 2025, les précommandes ont été lancées, accompagnées d’un communiqué sans ambiguïté : "Nous refusons de censurer les œuvres qui ont quelque chose à dire, même — surtout — quand elles dérangent." Une position courageuse dans un secteur où l’autocensure est souvent la règle.
Epic Games Store, Itch.io et Humble Store ont emboîté le pas, offrant à Horses une visibilité inattendue. Pour Pietro Righi Riva, cofondateur de Santa Ragione, ce soutien est "une bouffée d’oxygène" : "On nous a souvent dit que notre jeu était ‘trop’ — trop violent, trop politique, trop expérimental. Aujourd’hui, des plateformes osent dire que ‘trop’ peut aussi être ‘assez’ pour certains joueurs."
Reste une question : ce rejet par Steam est-il un simple hasard, ou le signe d’une censure rampante sur les thèmes sensibles ? Certains observateurs, comme le journaliste Jason Schreier, y voient un "symptôme d’une industrie qui préfère jouer la sécurité plutôt que de prendre des risques".
"Des chevaux qui ne sont pas des chevaux" : un scénario qui glace le sang
Dans Horses, vous incarnez un employé anonyme chargé de s’occuper d’étranges créatures dans une ferme isolée. Très vite, le joueur découvre l’horreur : ces "chevaux" ne sont autres que des humains déguisés, réduits à l’état d’animaux par des traitements sadiques. Le jeu explore sans fard la déshumanisation, la perte d’identité et la folie collective, le tout dans une ambiance où réalité et hallucination se confondent.
L’inspiration ? Un mélange de folklore italien obscur (les cavalli di San Marco, ces chevaux symboliques de Venise souvent associés à des légendes macabres) et de réflexions sur le travail aliénant. Comme l’explique Nicola Tedeschi, l’autre cofondateur du studio : "Nous voulions parler de ces moments où l’on se sent traité comme une machine, où l’on perd jusqu’à son propre nom. Les chevaux, ici, sont une métaphore de cette déchéance."
Le gameplay alterne entre phases d’infiltration (éviter les gardiens, libérer les "chevaux-humains") et séquences oniriques où le joueur doit distinguer le réel de l’illusion. Une mécanique qui rappelle PT (la démo culte de Silent Hills), mais poussée encore plus loin dans l’abstraction. Les premiers retours des testeurs évoquent une "expérience aussi captivante qu’épuisante", où "chaque détail sonne comme une agression sensorielle".
Une esthétique qui divise : entre génie et provocation
Dès sa révélation lors du Summer of Gaming 2023, Horses a marqué les esprits par son design visuel. Les "chevaux-humains", avec leurs masques en cuir et leurs mouvements saccadés, rappellent les créatures de Junji Ito (le mangaka horreur japonais). Les décors, inspirés des asiles psychiatriques du XIXe siècle et des fermes industrielles, baignent dans une lumière blafarde qui accentue le malaise.
Pourtant, cette direction artistique n’est pas du goût de tous. Certains critiques, comme Laura Kate Dale (journaliste spécialisée dans le jeu indépendant), estiment que le jeu "frôle le torture porn sans vraiment justifier sa violence". À l’inverse, des figures comme Hideo Kojima (créateur de Metal Gear Solid) ont salué sur Twitter "l’audace d’un studio qui ose regarder l’horreur en face".
Santa Ragione n’en est pas à son coup d’essai. Leur précédent titre, The Town of Light (2016), plongeait déjà le joueur dans un asile psychiatrique des années 1930, avec une reconstitution historique si précise qu’elle avait suscité des débats sur l’éthique du jeu vidéo comme média documentaire. Avec Horses, le studio va plus loin : ici, la fiction sert à dénoncer, pas seulement à faire peur.
Derrière les coulisses : un développement sous tension
Le développement de Horses a été un parcours du combattant. D’abord prévu pour 2024, le jeu a accumulé les retards en raison de problèmes techniques (le moteur Unity a posé des défis pour les séquences oniriques) et de désaccords créatifs. À un moment, une partie de l’équipe a même envisagé d’abandonner le projet, jugeant le sujet "trop lourd à porter".
C’est finalement un coup de pouce inattendu qui a sauvé le jeu : en 2023, le studio a reçu une subvention de la région Lombardie (Italie) pour les "œuvres culturelles innovantes". Un soutien public rare pour un jeu vidéo, qui a permis de finaliser les derniers mois de production. Ironie du sort : ce même jeu, soutenu par les institutions italiennes, se voit aujourd’hui censuré par une entreprise privée américaine...
Autre anecdote révélatrice : lors des tests internes, plusieurs membres de l’équipe ont refusé de jouer jusqu’au bout, trouvant l’expérience "trop personnelle, trop proche de leurs propres angoisses". Un aveu qui en dit long sur la puissance du titre.
2 décembre 2025 : un lancement sous haute tension
Avec une sortie prévue pour le 2 décembre, Horses arrive dans un contexte particulier. D’un côté, les plateformes alternatives (GOG, Epic) lui offrent une visibilité rare pour un jeu indépendant. De l’autre, l’absence de Steam limite considérablement son potentiel commercial — la plateforme de Valve représentant encore 70% du marché PC.
Santa Ragione mise donc sur un public niche mais engagé : les amateurs d’horreur psychologique, les joueurs en quête d’expériences uniques, et les défenseurs de la liberté créative. Le studio a d’ailleurs lancé une campagne de communication axée sur les réseaux sociaux, avec des extraits de gameplay diffusés via des streamers spécialisés (comme PewDiePie ou Markiplier, connus pour leur appétence pour les jeux horrifiques).
Reste à savoir si le grand public suivra. Les précommandes sur GOG sont déjà supérieures aux attentes, mais le vrai test sera la réaction post-lancement. Comme le résume Pietro Righi Riva : "Soit les joueurs vont adorer, soit ils vont nous détester. Mais une chose est sûre : ils n’oublieront pas Horses."

