Il y a 81 jours
Jaguar fête ses 90 ans en silence : 0 voiture vendue en 2025, le pari fou d’une renaissance électrique
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En 2025, Jaguar a choisi le silence pour mieux renaître. La marque britannique, propriété de Tata Motors depuis 2008, a délibérément stoppé ses ventes pour préparer un virage à 180° : une gamme 100 % électrique dès 2026. Avec seulement 934 immatriculations cette année (contre 4 835 en 2024), Jaguar mise tout sur son futur Type 00, un GT électrique à 120 000 € qui devra rivaliser avec Porsche et Aston Martin. Un pari audacieux pour fêter ses 90 ans, entre héritage légendaire et révolution technologique.
A retenir :
- Stratégie radicale : Jaguar arrête ses ventes en 2025 pour une transition 100 % électrique en 2026, avec seulement 934 immatriculations cette année.
- Type 00, le fer de lance : Un GT électrique à 120 000 €, 700 km d’autonomie et 0-100 km/h en 3,5 s, positionné face à Porsche Taycan et Aston Martin Rapide E.
- Un héritage en suspens : Fondée en 1935, Jaguar célèbre ses 90 ans avec une année blanche, une première dans l’histoire automobile.
- Inspiration Tesla et Lotus : Une mutation similaire à celle de Tesla en 2017 ou Lotus en 2022, mais avec un risque accru dans un marché ultra-concurrentiel.
- Accueil mitigé : Malgré des performances annoncées exceptionnelles, la BBC souligne un manque de "buzz" autour du Type 00, signe d’un scepticisme persistant.
- Anecdote cultissime : Steve Jobs offrit un Jaguar à son assistante pour qu’elle soit à l’heure… un détail qui résume l’aura de la marque.
2025 : L’année où Jaguar a disparu des radars
Imaginez une marque automobile mythique, présente sur les routes depuis près d’un siècle, qui décide soudainement… de s’effacer. C’est le choix radical qu’a fait Jaguar en 2025. Selon les chiffres officiels de l’ACEA (Association des Constructeurs Européens d’Automobiles), la marque britannique n’a enregistré que 934 immatriculations sur l’année, contre 4 835 en 2024. Une chute vertigineuse, mais totalement assumée. Explication ? Jaguar a gelé ses ventes de véhicules thermiques pour préparer son grand saut vers l’électrique. Une stratégie de "table rase" qui rappelle les virages brutaux de Tesla en 2017 ou de Lotus en 2022, mais avec un niveau de risque inédit : celui de perdre sa clientèle historique le temps de la transition.
Derrière cette décision, un constat implacable : dans un marché automobile en pleine mutation, Jaguar ne pouvait plus se permettre de demi-mesures. Thierry Bolloré, alors CEO de la marque (remplacé en 2024 par Adrian Mardell), avait annoncé la couleur dès 2021 : "Jaguar sera une marque 100 % électrique d’ici 2025". Promesse tenue, mais au prix d’une année blanche. Un sacrifice qui interroge : comment une marque aussi prestigieuse peut-elle se permettre de disparaître des concessions pendant près de 12 mois ? La réponse tient en un mot : le Type 00.
Type 00 : Le GT électrique qui doit tout changer (ou tout faire échouer)
Annoncé pour l’été 2026, le Jaguar Type 00 est bien plus qu’une simple voiture : c’est un symbole. Celui d’une renaissance, ou peut-être d’un dernier souffle. Positionné comme un GT quatre portes 100 % électrique, ce modèle affiche des caractéristiques à faire pâlir la concurrence :
- Prix de départ : 120 000 € (soit près de 30 % de moins qu’une Porsche Taycan Turbo S, partie à 185 000 €, mais bien au-dessus d’une Tesla Model S à 90 000 €).
- Autonomie : 700 km (WLTP), un chiffre qui le place dans le peloton de tête des GT électriques, aux côtés de la Lucid Air (837 km) ou de la Mercedes EQS (780 km).
- Performances : 0 à 100 km/h en moins de 3,5 secondes, grâce à une architecture dédiée et une batterie haute densité.
- Design : Une silhouette inspirée de la Type E, mais avec des lignes futuristes et une aérodynamique optimisée (Cx de 0,20, contre 0,22 pour la Taycan).
Sur le papier, le Type 00 a tout pour séduire. Pourtant, l’accueil est mitigé. Comme le souligne un article de la BBC publié en octobre 2025, "le manque de communication autour du Type 00 contraste avec l’agressivité marketing de Tesla ou Porsche. Jaguar semble miser sur le bouche-à-oreille… un pari risqué". Certains analystes, comme Max Warburton (Bernstein), vont plus loin : "À 120 000 €, le Type 00 entre dans une jungle où les prédateurs (Porsche, Aston Martin, Lucid) ont déjà marqué leur territoire. Jaguar devra prouver qu’elle mérite sa place".
Autre point d’interrogation : l’industrialisation. Contrairement à Tesla, qui maîtrise sa chaîne de production de A à Z, Jaguar dépend encore partiellement des usines de Tata Motors en Inde et en Slovaquie. Un retard dans les livraisons, et c’est toute la crédibilité de la marque qui pourrait être remise en cause.
"Re-Invent" : Quand Jaguar réécrit son ADN en 12 mois
Derrière ce virage électrique, il y a une révolution culturelle. Depuis son rachat par Tata Motors en 2008, Jaguar a multiplié les tentatives de modernisation, mais toujours en gardant un pied dans le passé. Cette fois, c’est différent : la marque a lancé un programme interne baptisé "Re-Invent", visant à repenser l’intégralité de son identité, du design à l’expérience client.
Parmi les changements les plus marquants :
- Une nouvelle plateforme : Développée en partenariat avec Rimac (le spécialiste croate des hypercars électriques), elle permettra au Type 00 d’embarquer une batterie 800 volts, compatible avec les chargeurs ultra-rapides (jusqu’à 350 kW).
- Un réseau de recharge dédié : Jaguar a annoncé un partenariat avec Ionity pour déployer 200 bornes ultra-rapides en Europe d’ici 2027, réservées aux clients de la marque.
- Une expérience "bespoke" : Inspirée des maisons de luxe comme Rolls-Royce, Jaguar proposera un configurateur en réalité augmentée, permettant de personnaliser sa voiture jusqu’au moindre détail (y compris les sons du moteur électrique !).
Mais le plus surprenant reste peut-être l’approche marketing. Alors que ses concurrents inondent les réseaux sociaux de teasers, Jaguar a choisi le silence radio. Pas de campagne massive, pas de fuites organisées… juste une vidéo mystérieuse publiée en décembre 2025, montrant une ombre de Type 00 avec le slogan : "The Wait Will Be Worth It" ("L’attente en vaudra la peine"). Une stratégie qui divise, mais qui rappelle celle d’Apple à l’époque de Steve Jobs : créer du désir par l’absence.
90 ans de légende : Quand Steve Jobs offrait des Jaguar pour être à l’heure
Difficile de parler de Jaguar sans évoquer son héritage. Fondée officiellement en 1935 (mais dont les origines remontent à 1922 avec la Swallow Sidecar Company), la marque a marqué l’histoire avec des modèles devenus icônes :
- La Type E (1961) : Considérée comme l’une des plus belles voitures de tous les temps, elle a été conduite par des stars comme Brigitte Bardot ou Steve McQueen.
- La XJ220 (1992) : Avec ses 213 mph (343 km/h), elle fut un temps la voiture de série la plus rapide du monde.
- La D-Type (1954) : Vainqueur des 24 Heures du Mans en 1955, 1956 et 1957, elle incarne l’âge d’or de la compétition automobile.
Mais l’anecdote qui résume le mieux l’aura de Jaguar vient… de Steve Jobs. Obsédé par la ponctualité, le cofondateur d’Apple offrit un Jaguar XJ6 à son assistante, Debi Coleman, avec une condition : "Si tu arrives en retard une seule fois, je te le reprends". Un détail qui en dit long sur le statut de la marque, entre prestige et excentricité.
Pourtant, depuis les années 2000, Jaguar a connu des hauts et des bas. Le rachat par Ford en 1989 puis par Tata Motors en 2008 a sauvé la marque de la faillite, mais au prix d’une dilution de son identité. Aujourd’hui, avec son virage électrique, Jaguar tente un come-back sans filet. Réussira-t-elle à concilier son héritage de marque de luxe avec les attentes d’un marché dominé par Tesla et les géants chinois comme BYD ou NIO ?
Le doute persiste : Jaguar peut-elle vraiment renaître ?
Malgré les annonces tonitruantes, les sceptiques sont nombreux. Premier point faible : le prix. À 120 000 €, le Type 00 se situe dans une fourchette où la concurrence est impitoyable. La Porsche Taycan (à partir de 95 000 €) et la Tesla Model S Plaid (à partir de 110 000 €) offrent des performances similaires, avec un réseau de recharge bien plus développé. Sans compter les chinoises, comme la Hongqi E-HS9 (100 000 €), qui montent en puissance.
Deuxième risque : l’image de marque. Jaguar a longtemps été associée à des valeurs comme l’élégance britannique ou le sport automobile. En misant tout sur l’électrique, elle prend le risque de perdre son âme. Comme le résume Jeremy Clarkson (ex-presentateur de Top Gear) dans une tribune pour The Sunday Times : "Une Jaguar sans le rugissement d’un V8, c’est comme un whisky sans alcool. Ça peut ressembler à l’original, mais ce n’en est pas".
Enfin, il y a la question industrielle. Contrairement à Tesla, qui produit en masse, Jaguar mise sur des petites séries (moins de 10 000 Type 00 par an prévus initially). Une approche "niche" qui limite les économies d’échelle et rend la marque vulnérable aux aléas économiques.
Pourtant, certains y voient une opportunité. Comme Matthias Schmidt, analyste chez Schmidt Automotive Research : "Jaguar a une carte à jouer : celle du luxe authentique. Si elle arrive à combiner son héritage avec une technologie de pointe, elle pourrait créer une nouvelle catégorie, entre Porsche et Rolls-Royce".

