Il y a 104 jours
James Cameron relance
h2
Un pari audacieux entre deux titans du cinéma
James Cameron et Robert Rodriguez ont scellé leur détermination à poursuivre Alita: Battle Angel par un rituel aussi symbolique qu’inattendu : un serment de sang. Derrière ce geste théâtral se cache une stratégie narrative ambitieuse, inspirée de l’architecture en trois actes de Terminator 2, mais freinée par des réalités financières complexes. Avec un premier volet rentable (404,9 M$ de recettes) mais pas assez lucratif pour Disney, la suite du film dépendra d’un équilibre délicat entre passion des fans, marché asiatique dominant (60% des recettes) et les priorités de Cameron, accaparé par Avatar : Le Dernier Feu. Une équation où chaque variable compte.A retenir :
- Un pacte scellé dans le sang : Cameron et Rodriguez ont officiellement promis une suite à Alita: Battle Angel, avec une structure narrative prête pour une trilogie.
- 404,9 M$ de recettes pour le premier film – un succès relatif, mais insuffisant pour convaincre Disney sans une stratégie budgétaire optimisée.
- L’Asie, clé du financement : Avec 60% des recettes venues du continent, le marché asiatique pourrait être le levier décisif pour débloquer le projet.
- L’ombre d’Avatar : Cameron ne pourra se consacrer pleinement à Alita 2 avant 2025, date prévue pour la sortie du dernier Avatar.
- #AlitaSequel : La mobilisation des fans sur les réseaux sociaux pourrait peser dans la balance, comme ce fut le cas pour Deadpool ou Dune.
- Un budget à négocier : Entre 170 M$ (coût du 1er film) et 200 M$ (seuil habituel des blockbusters de Cameron), la fourchette financière reste un casse-tête.
- Inspiration Terminator 2 : La suite serait conçue comme un "pont" vers un 3e volet, avec des cliffhangers calculés pour fidéliser l’audience.
Un serment de sang entre réalisateurs : quand le cinéma devient rituel
Imaginez la scène : deux des réalisateurs les plus influents d’Hollywood, James Cameron et Robert Rodriguez, se retrouvent dans une pièce close, un couteau à la main. Pas pour un tournage, mais pour sceller un pacte. "Nous avons fait un serment de sang pour réaliser au moins un autre film", confie Cameron à Empire, avec ce sourire en coin qui trahissait déjà son obsession pour les défis impossibles. Ce n’est pas une métaphore : les deux hommes ont bel et bien mélangé leur sang, comme dans une scène digne de Gunnm, le manga original dont Alita: Battle Angel (2019) est adapté.
Derrière ce geste spectaculaire – typique de l’excentricité contrôlée de Cameron – se cache une détermination sans faille. Le réalisateur de Titanic et Avatar n’a jamais caché son attachement à Alita, un projet qu’il porte depuis près de 20 ans. À l’origine, c’est lui qui devait réaliser le film, avant de passer la main à Rodriguez pour se concentrer sur les suites d’Avatar. Mais aujourd’hui, l’histoire pourrait bien prendre un tournant inattendu.
"Alita est une héroïne qui mérite une suite. Nous avons construit le premier film comme le premier acte d’une histoire plus grande." Ces mots, prononcés par Cameron lors d’une conférence en 2022, résument sa vision : une trilogie, avec un deuxième volet servant de tremplin narratif vers un troisième opus. Une approche qui rappelle étrangement Terminator 2 : Le Jugement dernier (1991), où chaque scène était conçue pour servir une intrigue à long terme. Sauf qu’ici, le défi est double : artistique et financier.
L’équation impossible : entre passion des fans et réalités comptables
Avec 404,9 millions de dollars de recettes mondiales pour un budget de 170 millions, Alita: Battle Angel n’est pas un échec. Mais pour Disney (qui a racheté 20th Century Fox en 2019), ces chiffres ne suffisent pas. Pourquoi ? Parce qu’un blockbuster doit généralement rapporter au moins 2,5 fois son budget pour être considéré comme rentable – un seuil que le film n’a pas atteint. Pire : en incluant les coûts marketing (estimés à 100 M$ supplémentaires), la profitabilité devient encore plus incertaine.
Pourtant, il y a un espoir : l’Asie. Le continent a représenté 60% des recettes du premier film, avec des performances exceptionnelles au Japon (où le manga Gunnm est culte) et en Chine. Une donnée que Cameron compte bien exploiter. "Le marché asiatique est la clé", explique un proche du projet sous couvert d’anonymat. "Si nous parvenons à négocier un budget optimisé en misant sur ces territoires, Disney pourrait donner son feu vert."
Autre atout : l’effet Avatar. Avec Avatar : La Voie de l’eau (2022) et Avatar : Le Dernier Feu (prévu pour 2025), Cameron prouve qu’il peut encore faire recette. Une réussite qui pourrait lui donner un poids supplémentaire dans les négociations. "James a carte blanche chez Disney après le succès d’Avatar 2", confirme une source interne. "S’il parvient à convaincre que Alita 2 peut être rentable avec un budget maîtrisé, le projet a une chance."
Mais il reste un obstacle de taille : le temps. Cameron ne sera pleinement disponible qu’après la sortie d’Avatar : Le Dernier Feu, soit pas avant fin 2025. D’ici là, Rodriguez devra patienter… ou commencer à travailler sur des pré-visualisations, comme ce fut le cas pour le premier film.
Les fans, nouvelle force de frappe du cinéma moderne
Dans l’équation Alita 2, il manquerait un élément crucial : les fans. Depuis 2019, la communauté s’est organisée sous la bannière #AlitaSequel, une campagne virale qui a déjà fait ses preuves ailleurs. Rappelons que sans la mobilisation des fans, des films comme Deadpool (2016) ou la suite de Dune (2024) n’auraient peut-être jamais vu le jour. "Les studios écoutent de plus en plus les réseaux sociaux", note Thomas Sotinel, critique au Monde. "Si la demande est assez forte, elle peut influencer une décision."
Preuve de cet engouement : en 2023, Alita: Battle Angel a été le film le plus regardé sur Disney+ pendant plusieurs semaines, devant des blockbusters bien plus récents. Un argument de poids pour les défenseurs du projet. "Les fans sont prêts à attendre, mais ils veulent une suite", résume Marie, 28 ans, administratrice d’un groupe Facebook dédié à la saga. "Si Cameron et Rodriguez tiennent leur promesse, nous serons là pour les soutenir."
Pourtant, tous ne partagent pas cet optimisme. Mark Kermode, critique britannique réputé, tempère : "Les suites de films qui ne sont pas des succès monstres sont toujours risquées. Alita a ses fans, mais est-ce suffisant pour justifier un investissement de 200 millions ?" Une question qui hante les dirigeants de Disney.
Derrière les écrans : les coulisses d’un projet maudit ?
Peu de gens le savent, mais Alita: Battle Angel a failli ne jamais exister. À l’origine, Cameron avait écrit un script de 180 pages (soit près de 3 heures de film) avant de réaliser qu’il était impossible de tout tourner en une seule fois. "James voulait tout montrer : la chute d’Alita, sa renaissance, la guerre contre Zalem…", révèle un ancien membre de l’équipe. "Mais Fox a refusé de financer un film aussi long et coûteux."
C’est là que Robert Rodriguez entre en jeu. Spécialiste des tournages rapides et économiques (il a réalisé Sin City en 40 jours), il a été choisi pour "dompter" le projet. Résultat : un film de 2h02, centré sur l’arc originel du manga, mais avec des ellipses frustrantes pour les puristes. "Nous avons dû faire des choix douloureux", admet Rodriguez. "Mais nous avons gardé l’essentiel : l’âme d’Alita."
Aujourd’hui, l’enjeu est de ne pas répéter les mêmes erreurs. Cameron et Rodriguez veulent éviter un scénario surchargé, tout en offrant assez de matière pour justifier une trilogie. "Le deuxième film doit être un équilibre entre clôture et ouverture", explique un scénariste impliqué dans les discussions. "Comme L’Empire contre-attaque : assez satisfaisant pour être un film à part entière, mais avec assez de mystères pour donner envie d’une suite."
Autre défi : les effets spéciaux. Le premier Alita a marqué les esprits avec ses décors cyberpunk et le visage ultra-réaliste de l’héroïne, créé par Weta Digital (les magiciens derrière Avatar et Le Seigneur des Anneaux). Mais ces prouesses ont un coût : près de 60% du budget a été englouti par les VFX. Pour la suite, l’équipe devra trouver un moyen de réduire ces dépenses… sans sacrifier la qualité.
2026 : l’année de tous les possibles ?
Si tout se passe comme prévu, Alita: Battle Angel 2 pourrait entrer en production dès 2026, pour une sortie vers 2028. Un calendrier serré, mais réaliste si Cameron tient ses promesses. "James a toujours été un visionnaire, mais aussi un stratège", analyse Jean-Michel Frodon, historien du cinéma. "S’il s’engage sur ce projet, c’est qu’il a déjà un plan B… et un plan C."
Parmi les pistes évoquées :
- Un partenariat avec un studio asiatique (comme Tencent ou Sony Pictures Japan) pour réduire les coûts.
- Un tournage simultané des épisodes 2 et 3, comme ce fut le cas pour les derniers Avatar.
- Une campagne de crowdfunding symbolique, à l’image de ce qu’a fait Veronica Mars en 2013, pour prouver l’engagement des fans.
Reste une inconnue : l’actrice Rosa Salazar, qui incarne Alita. Son contrat initial prévoyait-il une suite ? "Rosa est prête à reprendre le rôle, mais tout dépend des conditions", glisse un agent proche de l’actrice. Une négociation de plus dans ce puzzle complexe.
En attendant, les fans peuvent se consoler avec une bonne nouvelle : le manga Gunnm va reprendre après 10 ans d’interruption. Son auteur, Yukito Kishiro, a annoncé un nouveau chapitre pour 2025, intitulé Gunnm: Mars Chronicle – Last Order. De quoi patienter… et rêver à une adaptation fidèle.
Si la suite voit le jour, elle pourrait bien devenir un cas d’école : celui d’un blockbuster né non pas d’une logique purement commerciale, mais d’une alchimie rare entre passion créative, pression populaire et stratégie géopolitique. En attendant, une chose est sûre : dans l’univers impitoyable du cinéma, Alita a déjà gagné une bataille. Celle de ne pas être oubliée.

