Il y a 84 jours
OD de Kojima : et si son jeu d'horreur révolutionnaire échouait ? Le créateur lui-même en doute
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Hideo Kojima, le visionnaire derrière Metal Gear Solid et Death Stranding, s’apprête à défier une nouvelle fois les conventions avec OD, un projet si ambitieux qu’il admet lui-même ne pas savoir s’il aboutira. Entre capture de phénomènes paranormaux, casting hollywoodien et partenariat avec Xbox, ce jeu d’horreur veut réinventer le "modèle de service" du secteur. Mais entre reports de tournage, incertitudes techniques et multiplication des projets transmedia, le mystère autour d’OD s’épaissit… et inquiète.
A retenir :
- Hideo Kojima révèle que OD, son jeu d’horreur annoncé en 2023, pourrait ne jamais voir le jour : un aveu rare pour le créateur.
- Le projet repose sur une idée folle : scanner des lieux "hantés" pour intégrer des phénomènes paranormaux réels dans le jeu. "Je veux être le premier à capturer un fantôme en 3D", déclare Kojima.
- Un casting 5 étoiles avec Hunter Schafer (Euphoria), Sophia Lillis (Dungeons & Dragons) et Udo Kier, mais des tournages repoussés à 2026 à cause de la grève des acteurs.
- Entre un film Death Stranding produit par A24 (Hereditary, Everything Everywhere All at Once) et une série Disney, Kojima brouille les frontières entre cinéma et jeu vidéo… au risque de se disperser ?
- Malgré les doutes, Physint (un autre jeu en développement chez PlayStation) prouve que le studio tourne à plein régime. Mais OD restera-t-il une priorité ?
"Je ne sais pas si ça marchera" : la confession troublante de Kojima sur OD
Quand Hideo Kojima parle d’un de ses projets, le monde du jeu vidéo tend l’oreille. Habitué aux annonces tonitruantes et aux concepts révolutionnaires, le créateur japonais a cette fois-ci surpris par sa… prudence. Lors d’un entretien avec 4Gamer (relayé par VGC), il a avoué sans détour que OD, son mystérieux jeu d’horreur annoncé aux Game Awards 2023, pourrait tout simplement "ne pas aboutir". Une déclaration qui contraste avec l’image du génie infaillible qu’on lui colle souvent.
Pourtant, OD n’est pas un projet improvisé. Dévoilé il y a deux ans via un trailer énigmatique (titulé Knock), le jeu promet de "réinventer le modèle de service" du secteur – une ambition qui, selon Kojima lui-même, relève du "défi colossal". Contrairement à Metal Gear Solid ou Death Stranding, où les mécaniques de gameplay restaient ancrées dans des schémas connus (infiltration, livraisons), OD semble vouloir casser les codes… au point de rendre son créateur dubitatif.
Pourquoi un tel doute ? Parce que Kojima ne se contente pas de concevoir un jeu : il veut capturer l’invisible. Son idée ? Parcourir le globe pour scanner des lieux réputés hantés et y "intégrer des phénomènes paranormaux" dans OD. "Je veux être le premier à scanner un fantôme et à l’insérer dans un jeu", a-t-il déclaré, mi-sérieux, mi-rêveur. Une démarche qui rappelle son obsession du réalisme dans Death Stranding (avec ses paysages hyper-détaillés générés via photogrammétrie), mais poussée ici dans une dimension surnaturelle. Reste une question : et si ces "fantômes" refusaient de se laisser capturer ?
Entre Hollywood et le paranormal : le casting et les retards qui compliquent tout
Si OD intrigue, c’est aussi grâce à son casting cinq étoiles. Aux côtés de Hunter Schafer (Euphoria, The Hunger Games) et Sophia Lillis (Dungeons & Dragons : L’Honneur des voleurs, I Am Not Okay With This), le jeu comptera parmi ses acteurs le regretté Udo Kier (Blade, Melancholia), décédé en juillet 2024. Une distribution qui suggère une narrative ambitieuse, à mi-chemin entre le cinéma et le jeu vidéo.
Problème : la grève SAG-AFTRA (2023) a tout bouleversé. Les tournages, initialement prévus pour 2025, ont été repoussés à 2026, voire plus tard. Un contretemps qui s’ajoute aux restructurations chez Xbox (partenaire du projet), où plusieurs jeux ont été annulés ces derniers mois (Fable, Perfect Dark…). OD, lui, a survécu – mais pour combien de temps ?
Ironie du sort : alors que Kojima mise sur le réel (les fantômes scannés), c’est la réalité (les grèves, les budgets) qui menace son projet. "On avance, mais c’est comme marcher dans le brouillard", confiait-il récemment. Une métaphore qui résume bien l’état d’esprit autour d’OD : entre excitation et inquiétude.
"Un studio en surchauffe" : Kojima Productions entre OD, Physint et le transmedia
Pendant que OD stagne, Kojima Productions ne chôme pas. Le studio travaille en parallèle sur Physint, un autre jeu en partenariat avec PlayStation (dont on sait presque rien, si ce n’est qu’il impliquerait des "simulations physiques poussées"). Une productivité impressionnante pour un créateur de 62 ans, qui semble vouloir tout explorer en même temps.
Mais le plus surprenant reste sa stratégie transmedia. Après l’annonce d’un film Death Stranding produit par A24 (le studio derrière Hereditary et Everything Everywhere All at Once), voici qu’il s’associe à Disney pour une série animée inspirée du même univers. Une approche qui rappelle Cyberpunk 2077, dont l’univers s’étend via Cyberpunk: Edgerunners (Netflix) et des romans. Sauf que là où CD Projekt Red cherche la cohérence, Kojima semble privilégier l’expérimentation pure – quitte à brouiller les pistes.
"Je ne veux pas faire un jeu, je veux créer une expérience qui transcende les médias", expliquait-il en 2023. Noble ambition… mais à quel prix ? Certains fans s’interrogent : en multipliant les projets, Kojima ne risque-t-il pas de diluer ce qui fait sa force – à savoir, des univers uniques et maîtrisés ?
Le syndrome "Kojima" : quand le génie devient son propre obstacle
Il y a un paradoxe Hideo Kojima. D’un côté, c’est un visionnaire qui a révolutionné le jeu vidéo avec Metal Gear Solid (1998) ou PT (la démo culte annulée de Silent Hills). De l’autre, c’est un perfectionniste qui peine parfois à concrétiser ses idées. Silent Hills a été abandonné, Death Stranding a divisé, et Metal Gear Survive (2018) est considéré comme un échec.
Avec OD, on retrouve cette tension entre ambition et réalisme. Scanner des fantômes ? Intégrer des acteurs Hollywoodiens dans un jeu d’horreur live-service ? Sur le papier, c’est fascinant. Dans les faits, c’est un cas d’école en gestion de risques. Certains développeurs, sous couvert d’anonymat, avouent leur scepticisme : "Kojima veut toujours repousser les limites, mais parfois, il oublie que les joueurs veulent avant tout… jouer."
Pourtant, c’est aussi ce qui le rend irremplaçable. Qui d’autre oserait mélanger horreur psychologique, capture de mouvement et phénomènes paranormaux dans un même projet ? Qui d’autre prendrait le risque de dire, en plein développement : "Peut-être que ça ne marchera pas" ?
OD est peut-être un pari fou. Mais si quelqu’un peut le réussir, c’est bien lui.
Derrière le rideau : comment Kojima compte "scanner" des fantômes pour OD
Voici le détail qui intrigue le plus : comment Kojima compte-t-il intégrer des "vrais" fantômes dans OD ? D’après ses déclarations, l’idée serait d’utiliser des scanners 3D haute précision (comme ceux utilisés pour les effets spéciaux au cinéma) dans des lieux réputés hantés – des hôpitaux abandonnés, des châteaux maudits, voire des zones de guerre.
"Si on capte une anomalie – une ombre qui bouge toute seule, une voix inexplicable –, on pourra la modéliser et l’intégrer dans le jeu", expliquait-il à Famitsu. Une approche qui rappelle les techniques de ghost hunting (chasse aux fantômes), mais avec une touche high-tech. Certains y voient un coup marketing, d’autres une révolution narrative.
Reste une question : ces "phénomènes" seront-ils vraiment paranormaux… ou simplement des artefacts numériques ? Kojima, lui, joue l’ambiguïté : "Peut-être que les joueurs ne sauront pas ce qui est réel et ce qui ne l’est pas. Et ça, c’est terrifiant."
En attendant, une question persiste : et si le vrai fantôme, dans cette histoire, était le jeu lui-même ?

