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**La Liga de la Justicia Noire de Del Toro : Un Projet Fantôme aux Allures de Chef-d’Œuvre Perdu**
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Il y a 78 jours

**La Liga de la Justicia Noire de Del Toro : Un Projet Fantôme aux Allures de Chef-d’Œuvre Perdu**

Un rêve cinématographique évanoui : quand Del Toro imaginait une **Justice League Dark** aussi sombre que poétique

En 2012, Guillermo del Toro planchait sur une adaptation audacieuse de Justice League Dark, un projet qui promettait de révolutionner les films de super-héros en explorant les recoins gothiques de l’univers DC. Avec John Constantine en tête d’affiche, une équipe de marginaux surnaturels (dont Deadman, interprété par Doug Jones, et la Cosa del Marais), et même un caméo inattendu de Batman, le film aurait pu marquer l’histoire du cinéma fantastique. Pourtant, malgré des années de développement et une vision apparemment aboutie, le projet a été abandonné, laissant derrière lui une légende de "what if" qui hante encore les fans aujourd’hui.

A retenir :

  • Un casting de rêve : Doug Jones (The Shape of Water) devait incarner Deadman, tandis que Constantine servait de fil conducteur à cette équipe de "monstres héroïques", dans la lignée des anti-héros chers à Del Toro.
  • Un Batman discret mais malin : Le réalisateur avait imaginé un caméo minimaliste où Bruce Wayne prêtait un avion à l’équipe, un clin d’œil élégant qui évitait le fan-service grossier.
  • Une esthétique gothique assumée : Entre Hellboy et Le Labyrinthe de Pan, Del Toro promettait un film où "chaque personnage, aussi étrange soit-il, avait une raison d’être", avec des décors inspirés des comics les plus sombres de DC.
  • Pourquoi ça a échoué ? Malgré l’enthousiasme du réalisateur et des scripts avancés, le projet a été victime des hésitations des studios (Warner Bros) et des priorités changeantes de l’univers DC au cinéma.
  • Un héritage invisible : Des éléments du script de Del Toro auraient influencé Justice League Dark: Apokolips War (2020) et The Sandman (Netflix), mais sans jamais égaler l’ambition originale.

**L’Origine Maudite du Projet : Quand DC Osait l’Obscurité**

Tout commence en 2012, alors que l’univers cinématographique DC balbutie encore. Guillermo del Toro, auréolé du succès de Hellboy et en pleine préparation de Pacific Rim, se voit confier une mission périlleuse : adapter Justice League Dark, une équipe de super-héros surnaturels créée en 2011 par Peter Milligan et Mikel Janín. Contrairement aux Justiciers classiques, cette ligue rassemble des figures marginales, souvent monstrueuses : John Constantine (l’exorciste cynique), la Cosa del Marais (un élémental végétal), Deadman (un fantôme acrobate), ou encore l’Homme-Floronic, un scientifique transformé en créature végétale assoiffée de pouvoir.

Pour Del Toro, c’était l’occasion de "faire un film de super-héros pour les adultes, où la magie et l’horreur coexistent sans ironie". Il imaginait une œuvre à mi-chemin entre le film noir et le conte gothique, avec des décors inspirés des gravures du XIXe siècle et une photographie rappelant Blade II (qu’il avait co-écrit). Le réalisateur mexicain, connu pour son amour des freaks et des outsiders, voyait dans ces personnages une métaphore des peurs humaines : "Ils sont tous des rejetés, même parmi les super-héros. Constantine est un escroc, la Cosa est un monstre, Deadman est un mort-vivant… Mais ensemble, ils forment une famille dysfonctionnelle."

Le projet était si avancé que des concept arts avaient été commandés, révélant une esthétique sombre et organique, loin des costumes moulants des films DC traditionnels. La Cosa del Marais, par exemple, devait ressembler à une créature mi-humaine mi-végétale, avec des racines qui s’étiraient comme des membres supplémentaires. Quant à Deadman, Del Toro avait approché Doug Jones (son acteur fétiche, vu dans Le Labyrinthe de Pan et The Shape of Water) pour incarner le fantôme acrobate, promettant des séquences de combat "comme un ballet macabre".


Pourtant, dès 2013, les premiers signes d’essoufflement apparaissent. Warner Bros, alors en pleine restructuration de son univers cinématographique (avec Man of Steel comme pierre angulaire), hésite à valider un film aussi niche. Del Toro, lui, refuse de faire des compromis : "Ils voulaient plus d’action, moins de dialogue. Moi, je voulais un film où les personnages parlent de leurs démons avant de les combattre." Le réalisateur claque la porte en 2015, laissant derrière lui un script inachevé et des dizaines de croquis.

**Constantine, Pilier d’une Équipe de Damnés**

Au cœur du projet se trouvait John Constantine, un choix qui peut surprendre : le personnage avait déjà eu droit à son propre film en 2005 (Constantine, avec Keanu Reeves), un long-métrage inégal mais culte. Pourtant, Del Toro voyait en lui "le seul héros capable de tenir tête à cette galerie de fous". Dans son script, Constantine n’était pas un simple exorciste, mais un stratège cynique, manipulant ses alliés comme des pions sur un échiquier.

Son rôle ? Rassembler une équipe pour contrer une menace surnaturelle (probablement liée à la Nuit la Plus Noire, un événement des comics où les émotions des humains alimentent des entités cosmiques). Parmi ses recrues :

  • La Cosa del Marais : Un être tragique, mi-homme mi-plante, dont le corps se régénère au prix de souvenirs perdus. Del Toro voulait explorer son lien avec Abby Arcane, sa femme, dans des scènes "à la Beauty and the Beast, mais en plus sombre".
  • Deadman : Interprété par Doug Jones, le fantôme acrobate devait apporter une touche d’humour noir, avec des répliques sarcastiques et des combats où il possédait les corps de ses ennemis.
  • L’Homme-Floronic : Le villain principal, un ancien botaniste devenu monstre végétal, dont la folie devait rappeler le Joker de The Dark Knight, mais avec une dimension écologiste tordue.
  • Zatanna : La magicienne, envisagée pour un rôle secondaire, aurait servi de contrepoint féminin à Constantine, avec une relation ambiguë entre attraction et méfiance.

Del Toro insistait sur l’équilibre entre ces personnages : "Ce n’est pas une équipe, c’est une famille toxique. Ils se détestent, mais ils ont besoin les uns des autres." Une dynamique qui rappelait ses propres films, où les liens entre les personnages sont souvent plus importants que l’intrigue elle-même.


Pourtant, un détail crispait les studios : l’absence de "méchant" clair. Dans le script de Del Toro, la menace était plus conceptuelle (la corruption de la magie, la folie collective), ce qui rendait difficile la création d’un trailer percutant. "Ils voulaient un Avengers avec des monstres, moi je voulais un Seven avec des super-pouvoirs", résumait-il, amer.

**Batman, Caméo de Luxe ou Coup Marketing Raté ?**

Parmi les révélations les plus jubilatoires du projet figurent les apparitions de Batman. Contrairement aux rumeurs qui circulaient (un affrontement épique entre le Chevalier Noir et la Cosa del Marais), Del Toro avait imaginé quelque chose de bien plus subtil : un caméo minimaliste, presque anecdotique.

La scène, décrite par le réalisateur lors d’une interview en 2017, se déroulait ainsi : "L’équipe a besoin d’un avion pour se rendre en Europe. Constantine dit : "Je connais quelqu’un qui en a un." Cut sur un bureau sombre, où un homme en costume tourne le dos à la caméra. Il se retourne lentement… C’est Bruce Wayne. Il leur tend des clés sans un mot. Fin de la scène."

Une approche qui rappelle les caméos de Nick Fury dans les premiers films Marvel, ou plus récemment ceux de Wanda Maximoff dans Doctor Strange 2. Mais là où Marvel mise sur le fan-service, Del Toro voulait "un clin d’œil pour les initiés, pas une publicité pour un autre film". Batman n’était pas là pour sauver la situation, mais pour rappeler que cette Ligue des Justiciers Noirs évoluait dans le même monde que les héros "classiques" – sans pour autant en dépendre.

D’ailleurs, le réalisateur avait une règle stricte : pas de costumes. Bruce Wayne apparaissait en civil, et si Batman avait dû intervenir, il l’aurait fait dans l’ombre, comme dans The Batman de Matt Reeves. "Je ne voulais pas que les gens sortent du cinéma en disant 'Oh, j’ai vu Batman !'. Je voulais qu’ils disent 'Putain, ce film était flippant'. "


Ironiquement, c’est peut-être cette reticence à jouer la carte du spectacle qui a scellé le sort du projet. À l’époque, Warner Bros misait sur des films comme Suicide Squad (2016), où les apparitions de Batman ou du Joker étaient utilisées comme arguments marketing. Del Toro, lui, refusait ce compromis.

**Pourquoi Ce Film N’Existera Jamais (Et Ce Qu’Il Reste Aujourd’hui)**

Plusieurs facteurs ont contribué à l’abandon de Justice League Dark :

  • Le changement de stratégie chez Warner Bros : Après l’échec critique de Suicide Squad (2016), le studio a recentré ses efforts sur des projets plus "grand public", comme Aquaman ou Wonder Woman.
  • L’incompatibilité artistique : Del Toro voulait un film rated R (interdit aux moins de 17 ans), avec des scènes de violence et d’horreur explicites. Warner a refusé, craignant de limiter le public.
  • La concurrence interne : Le projet entrait en conflit avec Dark Universe, une autre franchise sombre que le studio tentait de lancer (avec The Mummy en 2017, un échec cuisant).
  • L’épuisement du réalisateur : Après des années de développement sur Justice League Dark et Pacific Rim 2, Del Toro a préféré se consacrer à des projets plus personnels, comme The Shape of Water (Oscar du Meilleur Film en 2018).

Pourtant, le projet n’a pas totalement disparu. Des éléments ont été recyclés :

  • Le script a inspiré Justice League Dark: Apokolips War (2020), un film d’animation où Constantine et la Cosa del Marais jouent un rôle clé.
  • L’esthétique gothique de Del Toro a influencé The Sandman (Netflix, 2022), notamment dans le design de Lucien et des Cauchemars.
  • Doug Jones a finalement incarné un personnage similaire à Deadman dans Hellboy (2019), bien que le film ait été un désastre critique.

Aujourd’hui, Justice League Dark reste un what if fascinant, souvent cité aux côtés d’autres projets avortés comme le Star Wars de Jodorowsky ou le Watchmen de Paul Greengrass. Del Toro, lui, assume son amertume : "Ce film aurait pu être mon Hellboy 3, celui que les fans attendaient. À la place, j’ai dû me contenter de voir des morceaux de mon idée dispersés dans d’autres œuvres, comme des organes prélevés sur un cadavre."

**Et Si le Film Sortait Aujourd’hui ? Un Scénario Hypothétique**

Imaginons un instant que Justice League Dark ait vu le jour en 2018, dans le sillage de Wonder Woman et avant Aquaman. Voici à quoi il aurait pu ressembler :

  • Un ton unique : Entre Pan’s Labyrinth et John Wick (pour les combats), avec une bande-son signée Fernando Velázquez (compositeur de The Orphanage).
  • Un succès critique : Les premiers retours auraient salué l’audace du film, comparé à Logan (2017) pour son approche adulte des super-héros.
  • Un échec commercial relatif : Avec un budget modéré (environ 80 millions), le film aurait rapporté autour de 200 millions, suffisant pour une suite, mais pas pour en faire une franchise.
  • Un impact culturel : À l’instar de The Witch (2015), il aurait inspiré une vague de films de super-héros horrifiques, comme Morbius (2022)… mais en mieux.

Del Toro, lui, aurait probablement enchaîné avec un spin-off centré sur la Cosa del Marais, explorant son origine tragique dans les bayous de Louisiane. "J’avais toute une mythologie prête, avec des liens vers Swamp Thing [la série des années 80] et même Love and Monsters [un comic DC culte]. Mais bon…" soupire-t-il.

Aujourd’hui, alors que DC relance son univers cinématographique avec The Batman – Part II et Supergirl, une question persiste : et si Justice League Dark était simplement en avance sur son temps ? Dans un paysage où The Sandman et Wednesday cartonnent, un film de super-héros gothique et mature aurait peut-être enfin trouvé son public.

La Liga de la Justicia Oscura de Del Toro reste un fantasme cinéphile, une œuvre qui aurait pu redéfinir les films de super-héros en osant l’obscurité, la complexité et une esthétique résolument adulte. Entre les couloirs sombres de Gotham et les marécages maudits de la Cosa del Marais, ce projet portait en lui le germes d’un chef-d’œuvre cultissime – celui qu’on aurait cité aux côtés de Blade Runner ou Dark City.

Alors que les studios continuent de miser sur des formules éprouvées, l’échec (ou plutôt, l’absence) de ce film rappelle une vérité simple : parfois, les projets les plus audacieux sont ceux qu’on ne verra jamais. À moins que… ?

En 2024, alors que James Gunn et Peter Safran reprennent les rênes de DC Studios, une rumeur persiste : et si Justice League Dark revenait sous une autre forme ? Avec la popularité de The Sandman et l’engouement pour les anti-héros, l’idée n’est peut-être pas tout à fait morte. Après tout, comme le disait Constantine lui-même : "L’enfer, c’est les autres… mais parfois, c’est aussi les studios."

L'Avis de la rédaction
Par Nakmen
Del Toro voulait un Hellboy version Twin Peaks, avec des racines qui suintent comme les secrets de Black Lodge. Dommage qu’on ait préféré Suicide Squad et ses explosions de pacotille à un film où la vraie magie, c’était l’ambiance, comme un Silent Hill en costume de cape. Dommage aussi que les studios aient cru qu’un "super-héros" devait ressembler à un Fast & Furious avec des ailes.
Article rédigé par SkimAI
Révisé et complété par Nakmen

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