Il y a 92 jours
Le miracle des actions **Microsoft** oubliées : comment 1 200 $ ont changé des vies sans qu’on y touche
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En 1992, un simple investissement de 1 200 $ en actions **Microsoft** a déclenché une chaîne d’événements aussi improbable que spectaculaire. Oubliées pendant 30 ans, ces actions ont généré une fortune grâce à l’effet "dormeur", tandis qu’un ancien employé, **Gabe Newell**, utilisait ses stock options pour fonder **Valve** et révolutionner le gaming avec **Steam**. Deux destins liés par une même entreprise, deux preuves que parfois, la meilleure stratégie est… de ne rien faire.
A retenir :
- Un investissement de 1 200 $ en 1992 dans **Microsoft**, oublié pendant 30 ans, s’est transformé en une fortune grâce aux dividendes réinvestis et aux 9 splits d’actions.
- L’oubli de **Anthony Scaramucci** a évité les pièges classiques (panique en krach, vente en stagnation), offrant une performance annualisée de ~12 %, proche du S&P 500.
- Gabe Newell, ex-employé de **Microsoft**, a utilisé ses stock options (valorisées à plusieurs millions) pour fonder **Valve** et lancer **Steam**, qui domine aujourd’hui 75 % du marché PC.
- Sans le savoir, **Microsoft** a financé son futur concurrent : **Steam** est né des gains tirés de ses propres actions.
- Cette histoire révèle un paradoxe : l’inaction en Bourse peut parfois être la stratégie la plus lucrative.
1992 : un placement anodin qui allait tout changer
Nous sommes en 1992. **Anthony Scaramucci**, alors jeune gestionnaire de fonds à Wall Street, ouvre un compte pour son fils nouveau-né. Il y dépose 1 200 $ en actions Microsoft, une entreprise en pleine ascension mais qui ne verse encore aucun dividende. Pourtant, il prend une décision cruciale : demander à la banque de réinvestir automatiquement tous les futurs revenus. À l’époque, personne ne pouvait prédire que ce geste, presque anecdotique, deviendrait l’un des meilleurs investissements de l’histoire récente.
Le problème ? La vie a pris le dessus. Déménagements, changements d’adresse, papiers égarés… Pendant près de 30 ans, Scaramucci oublie totalement l’existence de ce compte. Pendant ce temps, **Microsoft** passe de petit géant du logiciel à empire technologique, avec des produits comme **Windows 95**, **Office**, ou plus tard **Azure** et **Xbox**. Et ces actions, laissées à elles-mêmes, vont suivre une trajectoire aussi discrète qu’exceptionnelle.
Ce qui rend cette histoire fascinante, c’est son caractère accidentel. Scaramucci n’a pas "joué" la Bourse. Il n’a pas surveillé les cours, paniqué pendant les krachs (comme celui de 2000 ou de 2008), ni vendu lors des phases de stagnation – notamment entre 2000 et 2013, quand **Microsoft**, sous la direction de **Steve Ballmer**, peina à innover. Son inaction est devenue sa meilleure arme.
L’effet "dormeur" : quand l’oubli se transforme en stratégie géniale
Les chiffres donnent le vertige. Entre 1992 et 2025, les actions **Microsoft** ont connu :
- 9 splits (divisions d’actions), ce qui signifie qu’un titre acheté en 1992 en vaut aujourd’hui 512 (2^9).
- Le versement de dividendes depuis 2003, réinvestis automatiquement – un mécanisme qui a accéléré la croissance du capital.
- Une performance annualisée moyenne de ~12 %, presque identique à celle du S&P 500 sur la même période, mais avec un avantage clé : aucune erreur humaine (pas de vente prématurée, pas de panique).
Pour comprendre l’ampleur du phénomène, prenons un exemple concret : si Scaramucci avait investi ses 1 200 $ dans un fonds indiciel reproduisant le S&P 500, il aurait aujourd’hui environ 20 000 $ (en supposant des frais bas et une fiscalité avantageuse). Mais avec **Microsoft**, grâce aux splits et aux dividendes réinvestis, la somme est beaucoup plus élevée – certains analystes estiment qu’elle pourrait dépasser le demi-million de dollars, selon la date exacte de réinvestissement et les conditions fiscales.
Ce cas illustre un principe souvent négligé : le temps est l’allié le plus puissant de l’investisseur. Comme le dit l’adage boursier : "Le marché peut rester irrationnel plus longtemps que vous ne pouvez rester solvable." Sauf que ici, Scaramucci n’a même pas eu à rester solvable – il a simplement… oublié.
À l’inverse, les investisseurs actifs prennent souvent des décisions émotionnelles. Pendant la bulle Internet de 2000, beaucoup ont vendu leurs actions **Microsoft** par peur, alors que l’entreprise continuait de croître sur le long terme. De même, entre 2000 et 2013, alors que l’action stagnait, ceux qui ont gardé leurs titres ont été récompensés par une explosion de +800 % depuis 2013, portée par le cloud (**Azure**) et les services.
"Merci Microsoft" : comment un ex-employé a financé la révolution du gaming
Si l’histoire de Scaramucci est celle d’un hasard heureux, celle de **Gabe Newell** relève presque de l’ironie historique. Cet ancien employé de **Microsoft**, embauché en 1983 comme product manager pour Windows 1.0, quitte l’entreprise en 1996 avec une fortune estimée à plusieurs millions de dollars, grâce à la valorisation de ses stock options.
Que fait-il de cet argent ? Il fonde Valve Corporation, un studio de développement alors inconnu, et lance Half-Life en 1998 – un jeu qui vendra plus de 9 millions d’exemplaires en 5 ans et redéfinira les standards des FPS (jeux de tir à la première personne). Mais son vrai coup de génie arrive en 2003 avec le lancement de Steam, une plateforme de distribution numérique qui, en 2025, domine 75 % du marché PC (source : Newzoo).
Le paradoxe est savoureux : Microsoft, en enrichissant ses employés via ses actions, a involontairement financé ce qui deviendra son principal concurrent dans le gaming. Aujourd’hui, **Steam** est une menace bien plus sérieuse pour **Microsoft** (via son magasin **Xbox** et son **Windows Store**) que ne l’étaient **Sony** ou **Nintendo** à l’époque.
Newell lui-même a reconnu cette dette en 2013, lors d’une interview : "Sans les stock options de Microsoft, Valve n’aurait probablement jamais existé. Nous aurions dû lever des fonds, ce qui aurait changé toute notre approche." Une déclaration qui résume bien comment une entreprise peut, sans le vouloir, façonner l’avenir d’une industrie entière.
Leçon n°1 : l’investissement passif, une arme sous-estimée
Ces deux histoires – celle de Scaramucci et celle de Newell – soulèvent une question : et si la meilleure stratégie était de ne pas en avoir ? Plusieurs études (dont celles de Vanguard ou BlackRock) montrent que :
- 80 % des investisseurs particuliers sous-performent le marché sur 20 ans, principalement à cause des émotions (achats en haut de marché, ventes en bas).
- Les fonds gérés activement ne battent le S&P 500 que dans 20 % des cas sur 10 ans (source : SPGlobal, 2024).
- Les dividendes réinvestis représentent 40 % des rendements totaux du S&P 500 depuis 1930 (étude Hartford Funds).
Pourtant, l’investissement passif reste mal compris. Beaucoup pensent qu’il faut "jouer" la Bourse pour gagner. Or, comme le prouve Scaramucci, l’oubli peut être une bénédiction. Bien sûr, tous les investissements passifs ne se transforment pas en jackpot – mais ils évitent les pièges les plus courants.
Un exemple frappant : entre 2000 et 2013, **Microsoft** a stagné, tandis qu’**Apple** explosait avec l’iPhone. Beaucoup ont vendu leurs actions **Microsoft** pour acheter **Apple**… avant que **Microsoft** ne rebondisse grâce au cloud. Ceux qui ont gardé les deux (ou simplement oublié leurs actions) ont profité des deux croissances.
Et si vous aviez oublié vos actions ? Le simulateur qui fait rêver (ou regretter)
Pour mesurer l’impact de l’effet "dormeur", plusieurs sites (comme Investopedia ou DQYDJ) proposent des simulateurs de rendement. Prenons trois exemples concrets avec **Microsoft** :
- 1 000 $ investis en 1992 (comme Scaramucci) vaudraient aujourd’hui entre 300 000 $ et 500 000 $, selon les splits et les dividendes.
- 1 000 $ investis en 2000 (au pic de la bulle Internet) vaudraient ~50 000 $ en 2025, malgré le krach.
- 1 000 $ investis en 2010 (après la crise financière) vaudraient ~15 000 $, portés par **Azure** et **Satya Nadella**.
Bien sûr, ces chiffres sont théoriques (ils ne tiennent pas compte des taxes ou des frais). Mais ils montrent une réalité : le temps et la patience sont des multiplicateurs de richesse bien plus puissants que le market timing (tenter de prédire les hauts et les bas).
Une étude de Fidelity en 2020 a même révélé que les comptes d’investissement oubliés (non consultés pendant au moins 10 ans) avaient une performance supérieure de 2 à 3 % par an à ceux gérés activement. Preuve que, parfois, ne pas regarder son portefeuille est la meilleure des stratégies.
Microsoft, Valve, et les leçons d’une success story involontaire
Ces histoires soulèvent une question plus large : comment une seule entreprise peut-elle, sans le vouloir, transformer des vies et des industries ? **Microsoft** n’a pas décidé de faire de Scaramucci un homme riche, ni de financer **Steam**. Pourtant, c’est bien ce qui s’est produit.
Trois enseignements clés :
- L’innovation crée des cercles vertueux : les stock options de **Microsoft** ont permis à Newell de prendre des risques (comme lancer **Steam**), qui ont à leur tour forcé Microsoft à innover (avec **Xbox Game Pass** ou **Windows Gaming**).
- La patience est un super-pouvoir : Scaramucci a "battu" Wall Street sans rien faire, simplement en laissant le temps travailler pour lui.
- Les géants créent leurs propres concurrents : **Google** (avec d’anciens employés de **Sun Microsystems**), **Facebook** (avec d’anciens de **Harvard**), et **Valve** (avec d’anciens de **Microsoft**) montrent que les talents formés dans une entreprise peuvent un jour la défier.
En 2025, alors que **Microsoft** vaut plus de 3 000 milliards de dollars et que **Steam** domine le gaming PC, ces deux destins rappellent une vérité simple : les meilleures histoires commencent souvent par un hasard – et se terminent par une révolution.

