Il y a 44 jours
New World : Facepunch tente l’impossible avec une offre à 25 millions de dollars
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Un studio indépendant défie Amazon pour sauver New World : 25 millions de dollars, un pari fou ou une révolution pour les MMO abandonnés ?
A retenir :
- Facepunch (créateurs de Rust) propose 25 millions de dollars pour racheter New World, le MMO condamné par Amazon Games.
- Inspiré par le succès de Hytale (racheté par Hypixel Studios en 2023), ce sauvetage soulève des questions sur la viabilité économique et les défis juridiques.
- Entre Anthem (fermé définitivement en 2025) et Marvel’s Avengers, les exemples de MMO abandonnés se multiplient – mais New World pourrait-il échapper à ce sort ?
- Simon Collins-Laflamme, architecte de la résurrection de Hytale, se joint à l’aventure pour conseiller Facepunch.
- Un enjeu bien plus grand : la préservation des jeux en ligne, un "équilibre fragile" selon GOG, entre droits, coûts et volonté des éditeurs.
- Avec seulement 700 000 joueurs à son pic (2021), New World peut-il séduire une communauté assez engagée pour justifier l’investissement ?
Imaginez un monde où un jeu vidéo, autrefois prometteur, est condamné à disparaître parce que son éditeur a décidé d’en tirer la prise. C’est le sort réservé à New World, le MMO d’Amazon Games, dont les serveurs doivent fermer en janvier 2027. Pourtant, contre toute attente, un studio indépendant, Facepunch – connu pour avoir créé Rust –, vient de lancer une offre aussi surprenante qu’audacieuse : 25 millions de dollars pour racheter le titre et, peut-être, lui offrir une seconde vie. Une déclaration choc d’Alistair McFarlane, COO de Facepunch, résume l’enjeu : "Les jeux ne devraient jamais disparaître." Mais derrière cette phrase percutante se cache une question bien plus complexe : un studio indépendant peut-il vraiment sauver un MMO abandonné par un géant comme Amazon ?
Un précédent qui donne de l’espoir : Hytale, ou l’art de ressusciter un jeu "mort"
L’offre de Facepunch n’est pas sortie de nulle part. Elle s’inspire directement d’un cas récent qui a marqué l’industrie : celui de Hytale. En 2023, Hypixel Studios avait racheté ce jeu à Riot Games après son annulation, avant de le relancer avec succès en 2025. Plus impressionnant encore, les précommandes avaient permis de financer deux années supplémentaires de développement, prouvant qu’un titre abandonné pouvait non seulement renaître, mais aussi séduire une communauté prête à investir.
Derrière ce succès, un homme : Simon Collins-Laflamme, architecte de cette résurrection improbable. Aujourd’hui, il se propose d’aider Facepunch dans sa démarche, confirmant que l’opération, bien que "complexe", reste "envisageable". Une lueur d’espoir pour New World ? Peut-être. Mais à une condition : que le jeu parvienne à fédérer une communauté assez passionnée pour justifier l’effort – un défi de taille, quand on sait que même à son pic en 2021, le MMO n’avait réuni "que" 700 000 joueurs.
"On ne sauve pas un MMO comme on sauve un chaton" : les leçons d’Anthem et Marvel’s Avengers
Pourtant, l’histoire ne se répète pas toujours en bien. Prenez Anthem, ce MMO de BioWare qui, malgré les déclarations optimistes de son ex-directeur Mark Darrah ("Techniquement, une relance est réalisable"), a définitivement fermé ses portes en 2025, faute de repreneur. Ou encore Marvel’s Avengers, un autre titre prometteur qui a fini aux oubliettes. Dans les deux cas, le problème était le même : un manque de modèle économique viable et une communauté trop dispersée pour justifier un sauvetage.
New World se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. D’un côté, il a l’avantage d’avoir été un succès relatif à sa sortie, avec des mécaniques de survie et un univers qui avaient séduit. De l’autre, il doit faire face à une réalité implacable : les MMO coûtent cher à maintenir, et sans un flux constant de joueurs (et donc de revenus), même 25 millions de dollars peuvent s’évaporer rapidement. Maciej Gołębiewski, de GOG, le rappelle d’ailleurs sans détour : la préservation des jeux en ligne est un "équilibre fragile" entre droits, coûts et volonté des éditeurs. Un défi de taille, même pour un studio aguerri comme Facepunch.
Derrière l’offre : une stratégie ou un coup de poker ?
Alors, pourquoi Facepunch prend-il ce risque ? Plusieurs hypothèses circulent. La première, et la plus évidente, est l’opportunité technique : New World repose sur une infrastructure solide, développée par Amazon, qui pourrait être réutilisée à moindre coût. La seconde est l’image : sauver un MMO abandonné serait un coup de maître pour le studio, déjà auréolé du succès de Rust. Enfin, il y a l’aspect communautaire : et si New World devenait le premier jeu "sauvé par les joueurs", via des précommandes ou un système de financement participatif ?
Reste une inconnue majeure : Amazon acceptera-t-il de vendre ? Pour l’instant, le géant du e-commerce n’a pas réagi officiellement. Mais les observateurs notent que 25 millions de dollars, pour un jeu qui ne rapporte plus rien, pourrait être une aubaine… à condition que le rachat ne s’accompagne pas de clauses trop contraignantes (comme le transfert des données joueurs, par exemple). Alistair McFarlane lui-même a reconnu, avec une pointe d’ironie, que son offre était "symbolique" – mais dans le monde des jeux vidéo, les symboles peuvent parfois devenir réalité.
"Les jeux ne devraient jamais disparaître" : un manifeste pour l’industrie ?
Au-delà de New World, c’est toute la question de la préservation des jeux en ligne qui se pose. Aujourd’hui, quand un éditeur décide de fermer les serveurs, des années de contenu, de souvenirs et d’investissement des joueurs disparaissent purement et simplement. Des initiatives comme celle de Facepunch ou d’Hypixel Studios montrent qu’une autre voie est possible – mais elle reste semée d’embûches.
Pour Simon Collins-Laflamme, le vrai défi n’est pas technique, mais culturel : "Il faut que les éditeurs comprennent que leurs jeux ont une valeur au-delà du bilan comptable. Une valeur sentimentale, historique, communautaire." Un discours qui résonne particulièrement dans un secteur où les fermetures de serveurs se multiplient, laissant les joueurs désarmés face à la disparition de leurs univers préférés.
Et si New World devenait le symbole de cette lutte ? Un test grandeur nature pour savoir si, oui ou non, les jeux peuvent échapper à leur destin de produits jetables. Dans tous les cas, une chose est sûre : avec son offre à 25 millions de dollars, Facepunch a déjà marqué l’histoire. Maintenant, la balle est dans le camp d’Amazon.
L’offre de Facepunch pour New World est bien plus qu’une simple transaction : c’est un test pour l’industrie du jeu vidéo. Si Amazon accepte, ce rachat pourrait ouvrir la voie à une nouvelle ère où les MMO abandonnés trouvent une seconde vie entre les mains de studios passionnés. Si le géant refuse, New World rejoindra la longue liste des jeux perdus, et les joueurs devront se contenter de regarder, impuissants, leurs mondes virtuels s’éteindre.
Une chose est certaine : avec cette initiative, Facepunch a déjà gagné. Gagné en visibilité, en crédibilité, et surtout en espoir pour des milliers de joueurs qui rêvent de voir leurs univers préférés survivre. Maintenant, tout dépend d’Amazon. 25 millions de dollars pour un jeu qui ne rapporte plus rien ? À cette question, une seule réponse compte vraiment : quel prix met-on sur la mémoire collective des gamers ?

