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NoWay face à l’ogre fiscal : 800 000 € en un mois et le piège allemand qui menace tous les streamers
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Il y a 95 jours

NoWay face à l’ogre fiscal : 800 000 € en un mois et le piège allemand qui menace tous les streamers

Quand le succès sur Twitch se transforme en cauchemar fiscal : le cas NoWay

Le streamer NoWay, star allemande de League of Legends, vient de subir de plein fouet le redoutable « Drei-Jahres-Falle », ce mécanisme fiscal qui a failli ruiner sa carrière. Une facture de 800 000 € en un mois – soit 85 % de ses revenus 2025 – pour un homme qui, il y a encore deux ans, critiquait ceux qui ne profitaient pas des paradis fiscaux comme Madeira. Entre patriotisme affiché et réalité économique brutale, son parcours interroge : comment les créateurs de contenu peuvent-ils survivre dans un système conçu pour des revenus stables ? Et quand les dons des viewers deviennent une bouée de sauvetage fiscale, jusqu’où ira l’absurdité de la situation ?

A retenir :

  • 800 000 € en 30 jours : NoWay victime du « Drei-Jahres-Falle », ce piège fiscal allemand qui frappe les indépendants après 3 ans de revenus explosifs. Un choc pour un secteur où les gains sont par nature imprévisibles.
  • Madeira n’est plus une échappatoire : avec la fin du régime NHR en 2024, les streamers européens n’ont plus de solution clé en main pour échapper à l’impôt. NoWay, lui, assume son choix de rester en Allemagne… au prix fort.
  • 120 000 € de dons en 48h : son exploit sur League of Legends (Challenger sur 11 serveurs) lui offre un matelas financier inattendu. Problème : ces dons, techniquement des « libéralités », pourraient être son seul moyen de limiter la prochaine saignée fiscale.
  • « Payer des impôts, c’est rendre à la société » : en 2023, il traitait de « stupidité » ceux qui ne profitaient pas des failles fiscales. Aujourd’hui, il défend une transparence rare dans le milieu, entre pragmatisme et attachement à son public germanophone.
  • Le paradoxe du streamer : champion virtuel (record mondial sur LoL), contribuable réel (taux marginal à 45 %). Sa boutade ? « Si Riot me bannit du serveur chinois, au moins je serai tranquille avec les impôts. »

Le « Drei-Jahres-Falle » : quand l’Allemagne punit le succès soudain

Imaginez recevoir une facture équivalant à 85 % de vos revenus annuels, avec un délai de paiement d’un mois. C’est exactement ce qui est arrivé à NoWay, streamer allemand spécialisé dans League of Legends, en novembre 2025. Derrière ce chiffre vertigineux se cache un mécanisme fiscal méconnu en dehors de l’Allemagne : le « Drei-Jahres-Falle » (littéralement, « le piège des trois ans »).

Ce système, conçu pour les indépendants, fonctionne ainsi : si vos revenus explosent brutalement (comme lors d’un partenariat majeur ou d’une viralité soudaine sur Twitch), le fisc allemand ajuste vos acomptes provisionnels en se basant sur vos derniers résultats déclarés. Résultat ? Une régularisation rétroactive sur trois ans, assortie de pénalités de retard. Pour NoWay, dont les gains ont été multipliés par cinq entre 2022 et 2023 grâce à ses performances sur LoL et ses contrats avec des marques comme Red Bull ou Logitech, la note s’élève à 800 000 €.

Le problème ? Les revenus des streamers sont par nature volatils. Un jeu qui se démode, un algorithme qui change, une polémique sur les réseaux… et les entrées d’argent peuvent s’effondrer du jour au lendemain. « En 2022, j’ai gagné 1,2 million d’euros. En 2024, j’en ai fait 600 000. Le fisc, lui, part du principe que je vais continuer à monter », expliquait NoWay dans une vidéo récente. Un décalage qui peut mener droit à la faillite pour les moins préparés.

Contrairement à des collègues comme MontanaBlack ou Trymacs, qui avaient anticipé ce risque en s’expatriant à Madeira dès 2021, NoWay a choisi de rester en Allemagne. Une décision qui lui coûte aujourd’hui très cher, mais qu’il assume sans regret. « Je savais que ça arriverait. Je n’ai juste pas réalisé à quel point ça ferait mal. »


→ À lire aussi : Pourquoi les streamers fuyaient-ils vers Madeira avant 2024 ?

Madeira, le paradis perdu des influenceurs européens

Jusqu’en 2024, l’île portugaise de Madeira était la coqueluche des créateurs de contenu européens. Grâce au régime NHR (Non-Habitual Resident), les nouveaux résidents bénéficiaient d’une exonération totale d’impôt sur le revenu pendant dix ans, à condition de ne pas rapatrier leurs gains en Allemagne ou en France. Un système qui permettait, selon les calculs de NoWay, de « presque doubler ses revenus nets ».

Entre 2021 et 2023, une vague d’expatriation a touché le milieu du streaming. Trymacs, MontanaBlack, Papaplatte… tous ont posé leurs valises à Funchal, la capitale madeirienne, où les loyers restaient abordables et les formalités administratives simplifiées. « On se retrouvait entre streamers dans les mêmes résidences. C’était un peu comme une colocation géante, mais avec des piscines et des avantages fiscaux », racontait Trymacs dans un podcast.

Mais en 2024, l’Union européenne a mis fin à ce régime, sous pression des États membres qui y voyaient une concurrence déloyale. Désormais, les nouveaux arrivants sont soumis à l’impôt portugais standard (jusqu’à 48 % pour les hauts revenus), rendant l’expatriation bien moins attractive. NoWay, qui avait longtemps envisagé cette solution, a finalement renoncé : « Trop tard. Et puis, est-ce que je veux vraiment vivre loin de ma famille et de mes amis juste pour payer moins d’impôts ? »

Un choix qui contraste avec sa position en 2023, où il qualifiait de « stupidité » le fait de ne pas profiter du NHR. À l’époque, il pointait du doigt la précarité des carrières dans le gaming : « Un streamer a une durée de vie moyenne de 3 à 5 ans. Si tu ne sécurises pas tes revenus pendant cette période, tu finis comme 90 % des autres : à chercher un boulot normal. » Aujourd’hui, avec le NHR enterré et ses revenus stabilisés, il défend une approche radicalement différente.

« Payer des impôts, c’est rendre à la société » : la conversion fiscale de NoWay

En 2025, NoWay a opéré un virage à 180 degrés. Exit les discours sur l’optimisation fiscale, place à la transparence et au patriotisme économique. Dans une vidéo intitulée « Pourquoi je reste en Allemagne (et pourquoi c’est con) », il explique :

« Je pourrais partir demain, m’installer à Dubaï ou en Suisse, et ne plus jamais payer un centime d’impôt. Mais à quoi bon ? Mon public est à 80 % germanophone. Ma famille est ici. Mes souvenirs sont ici. […] Payer des impôts, c’est aussi rendre à la société qui m’a permis de réussir. Sans les infrastructures allemandes, sans l’éducation que j’ai reçue, je ne serais pas où j’en suis. »

Un discours rare dans un milieu où l’optimisation fiscale reste la norme. Selon une étude du cabinet PwC publiée en 2024, 78 % des streamers européens ayant des revenus annuels supérieurs à 500 000 € ont recours à des montages juridiques pour réduire leur imposition. Parmi eux, 42 % sont installés à Madeira (sous l’ancien régime NHR), 25 % à Dubaï, et 15 % en Suisse.

Pourtant, NoWay assume ses 45 % d’impôt sur le revenu (taux marginal en Allemagne pour les hauts revenus) et ses 19 % de TVA sur ses gains de streaming. « Oui, c’est douloureux. Oui, je pourrais avoir deux fois plus d’argent sur mon compte. Mais est-ce que ça me rendrait plus heureux ? » Une philosophie qui tranche avec l’image du streamer égoïste et insouciant, souvent véhiculée par les médias.

Reste une question : cette position tiendra-t-elle face à une nouvelle « Drei-Jahres-Falle » ? Car si ses revenus continuent de fluctuer – comme c’est inévitable dans le milieu –, le fisc allemand pourrait bien lui réserver une autre mauvaise surprise d’ici 2027.

League of Legends : quand le Challenger devient (presque) un refuge fiscal

Ironie du sort : alors que NoWay lutte contre le fisc, son actualité gaming lui offre un répit inattendu. Le 20 novembre 2025, il est devenu le premier joueur occidental à atteindre le rang Challenger (le plus élevé du jeu) sur onze serveurs différents de League of Legends, dont le redouté serveur chinois (CN), réputé pour son niveau de compétition extrême.

Cette performance lui a valu une vague de dons record sur Twitch : près de 120 000 € en 48 heures, selon les trackers StreamElements et TwitchTracker. Une aubaine financière… et fiscale. Car contrairement à ses revenus de streaming (soumis à l’impôt sur le revenu), les dons sont techniquement considérés comme des « libéralités » en Allemagne. Sous certaines conditions (notamment si le donateur n’attend rien en retour), ils peuvent échapper à l’imposition directe.

« Mon comptable est en train de tout passer au crible. Si on peut faire valoir que 30 % de ces dons sont non imposables, ça me fait 36 000 € de moins à déclarer. Sur une facture de 800 000 €, c’est toujours ça de pris », confiait-il à son chat pendant un live.

Un détail qui n’a pas échappé à ses viewers, prompts à lancer des raids de dons pour « aider NoWay à payer ses impôts ». Une solidarité qui a même inspiré un mème : « 1 € donné = 0,45 € de moins pour le fisc allemand. » Preuve que la communauté gaming a bien compris les enjeux… et les failles du système.

Pourtant, cette manne financière reste précaire. Riot Games, l’éditeur de League of Legends, pourrait à tout moment bannir NoWay du serveur chinois pour « comportement toxique » (il a déjà été suspendu à trois reprises en 2024). Une éventualité qu’il aborde avec humour : « Si Riot me bannit encore une fois du serveur CN, au moins je serai tranquille avec les impôts. » Une boutade qui résume l’absurdité de sa situation : champion virtuel, contribuable réel.

Derrière l’affaire NoWay : un système fiscal inadapté aux créateurs de contenu

Le cas de NoWay met en lumière un problème structurel : les systèmes fiscaux européens ne sont pas conçus pour les revenus volatils des influenceurs et streamers. En Allemagne, comme en France ou en Belgique, les indépendants sont taxés sur leurs derniers revenus déclarés, sans prise en compte des aléas du métier.

« Un streamer n’est pas un salarié. Un mois, il peut gagner 50 000 € grâce à un partenariat. Le mois suivant, 5 000 € parce qu’un algorithme a changé. Pourtant, le fisc agit comme si nos revenus étaient stables », explique Lena Schmidt, avocate spécialisée dans la fiscalité des travailleurs numériques, contactée par nos soins.

Plusieurs solutions existent pour limiter les risques :

  • La création d’une société (GmbH en Allemagne, SASU en France) pour lisser les revenus sur plusieurs années.
  • L’épargne de précaution : certains streamers, comme Shroud aux États-Unis, mettent de côté 50 % de leurs gains pour anticiper les coups durs.
  • La diversification : investir dans l’immobilier, les cryptomonnaies, ou des projets entrepreneuriaux pour réduire la dépendance aux plateformes comme Twitch.

Mais ces stratégies nécessitent un accompagnement juridique coûteux, inaccessible aux petits streamers. « Les gros, comme NoWay ou Trymacs, s’en sortent. Les autres ? Ils se font écraser par le système », résume Lena Schmidt.

En attendant une réforme (peu probable à court terme), les créateurs de contenu n’ont qu’une solution : anticiper. Ou, comme le dit NoWay avec fatalisme : « Prie pour ne jamais devenir trop célèbre. »

Entre le record mondial sur League of Legends et la facture fiscale monstrueuse, NoWay incarne les contradictions du streaming en 2025. Son histoire révèle un système à bout de souffle, où les succès virtuels se paient cash – parfois au prix fort. Alors que l’Union européenne durcit sa lutte contre l’optimisation fiscale, les créateurs de contenu se retrouvent coincés entre patriotisme économique et survie financière.

Son choix de rester en Allemagne, malgré les 800 000 € engloutis, interroge : et si la prochaine génération de streamers préférait renoncer à la célébrité plutôt que de risquer la faillite ? Une question qui, elle, n’a pas de réponse dans les textes de loi.

Quant à NoWay, il a déjà repris les lives. Entre deux parties de LoL, il glisse à son chat : « Les gars, si vous voulez vraiment m’aider… envoyez des dons. Mais marquez "Pour les impôts", comme ça, mon comptable sera content. » La boucle est bouclée.

L'Avis de la rédaction
Par Nakmen
NoWay, streamer allemand, a reçu une facture de 85% de ses revenus annuels en novembre 2025. Le "Drei-Jahres-Falle" a frappé fort. En 2022, il gagnait 1,2 million d'euros, mais en 2024, seulement 600 000. Le fisc allemand ajuste les acomptes provisionnels sur trois ans, avec des pénalités de retard. NoWay a choisi de rester en Allemagne, malgré les risques. Une décision coûteuse, mais assumée.
Article rédigé par SkimAI
Révisé et complété par Nakmen

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