Il y a 43 jours
Nvidia met fin à la production du RTX 5070 Ti en pleine crise des prix de la RAM
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La pénurie de mémoire vive et la flambée des prix contraignent Nvidia à revoir sa stratégie de production, avec l'arrêt annoncé du RTX 5070 Ti et d'une version 16 Go du RTX 5060 Ti. Une décision qui pourrait impacter durablement le marché des cartes graphiques haut de gamme.
A retenir :
- Nvidia cesse la production du RTX 5070 Ti et d'une version 16 Go du RTX 5060 Ti en raison de la crise des prix de la RAM.
- Asus et d'autres fabricants confirment des difficultés d'approvisionnement, bien qu'Asus ait nuancé ses propos par la suite.
- Seuls les modèles RTX 5080 et RTX 5090 conservent 16 Go ou plus de VRAM, à des prix prohibitifs.
- Le lancement des cartes Super de la série 50, prévu pour le CES 2026, pourrait être annulé si la situation ne s'améliore pas.
- Les joueurs et créateurs de contenu risquent de se retrouver avec des options limitées pour les configurations haut de gamme.
Une décision forcée par la crise des semi-conducteurs
La pénurie de mémoire vive (RAM) et l'envolée des prix qui en découle ne se contentent plus de toucher les barrettes DDR5 ou les modules LPDDR5X des smartphones. Désormais, c'est l'ensemble de l'industrie des cartes graphiques qui en subit les conséquences, et Nvidia semble être le premier géant à tirer les conclusions de cette situation. Selon un rapport exclusif de Hardware Unboxed, le fabricant aurait pris la décision radicale de mettre fin à la production de deux de ses modèles phares de la série 50 : le RTX 5070 Ti et la version 16 Go du RTX 5060 Ti.
Cette mesure, qualifiée d'"end of life" par plusieurs partenaires AIB (Add-In Board) comme Asus, signifie qu'aucune nouvelle unité de ces cartes ne sera produite. Lors du CES 2026, un porte-parole d'Asus a confirmé que l'approvisionnement en ces deux références était devenu extrêmement difficile, précisant que les stocks actuels seraient les derniers disponibles "jusqu'à nouvel ordre". Une déclaration qui a immédiatement suscité l'inquiétude des consommateurs et des revendeurs, avant qu'Asus ne publie un rectificatif quelques heures plus tard : "Aucune des cartes mentionnées n'a été abandonnée, et Asus n'a pas l'intention d'arrêter leur commercialisation. Cependant, la pénurie de RAM affecte notre capacité à produire et à réapprovisionner ces modèles. Par conséquent, leur disponibilité pourrait sembler limitée sur certains marchés, sans pour autant signifier un arrêt de production ou un retrait du produit."
Un marché des GPU en pleine turbulence
Si Asus a tenté de calmer le jeu, les signaux envoyés par d'autres acteurs du secteur restent préoccupants. Plusieurs fabricants et revendeurs australiens ont confirmé à Hardware Unboxed que les stocks existants du RTX 5070 Ti et du RTX 5060 Ti 16 Go seraient les derniers disponibles. Une situation qui contraste avec celle du RTX 5070, équipé de 12 Go de VRAM, qui continue d'être produit sans encombre. Les modèles plus abordables, comme le RTX 5060 avec ses 8 Go de VRAM, ne sont également pas concernés par ces restrictions.
Cette décision laisse les RTX 5080 et RTX 5090 comme les seules cartes de cette génération à embarquer 16 Go ou plus de VRAM. Problème : ces deux modèles, déjà critiqués pour leurs prix exorbitants au lancement, voient leur accessibilité encore réduite par la crise actuelle. Les joueurs et créateurs de contenu en quête de performances élevées se retrouvent ainsi face à un dilemme : se tourner vers des cartes moins bien dotées en mémoire, ou investir dans des solutions haut de gamme au prix fort.
La situation est d'autant plus paradoxale que Nvidia avait initialement prévu de lancer une série "Super" de ses cartes 50 lors du CES 2026. Ces modèles, censés offrir des performances améliorées et une meilleure efficacité énergétique, ont finalement été reportés à une date indéterminée. Selon les informations recueillies par Hardware Unboxed, si les prix de la RAM ne se stabilisent pas rapidement, ce lancement pourrait même être purement et simplement annulé. Une perspective qui assombrit encore un peu plus l'horizon des amateurs de PC gaming.
Les racines d'une crise annoncée
Pour comprendre les raisons de cette pénurie, il faut remonter aux origines de la crise des semi-conducteurs, exacerbée par la pandémie de COVID-19. Dès 2020, les usines de production de puces mémoire, principalement situées en Asie, ont dû faire face à des fermetures temporaires et à des perturbations logistiques majeures. Si le marché a semblé se rétablir en 2022-2023, la demande en mémoire vive n'a cessé de croître, portée par l'essor des IA génératives, des data centers et des applications gourmandes en VRAM comme le ray tracing ou le rendu 3D en temps réel.
Les cartes graphiques, et en particulier celles destinées au marché haut de gamme, sont particulièrement vulnérables à ces fluctuations. Contrairement aux GPU d'entrée ou de milieu de gamme, qui se contentent souvent de 8 à 12 Go de VRAM, les modèles comme le RTX 5070 Ti ou le RTX 5080 nécessitent des quantités de mémoire bien plus importantes pour gérer les textures 4K, les effets de lumière avancés ou les calculs parallèles requis par les moteurs d'IA. Or, la production de modules GDDR6X et GDDR7, les types de mémoire les plus performants utilisés par Nvidia, est largement dépendante de quelques fabricants, comme Samsung ou Micron, dont les capacités sont déjà saturées par la demande des smartphones et des serveurs.
Un analyste du secteur, interrogé sous couvert d'anonymat, résume la situation avec franchise : "Nvidia est pris entre deux feux. D'un côté, les joueurs et les professionnels réclament des cartes avec toujours plus de VRAM pour faire tourner les derniers jeux et logiciels. De l'autre, les coûts de production explosent, et les marges se réduisent comme peau de chagrin. Dans ce contexte, abandonner les modèles 16 Go les moins rentables est une décision logique, même si elle est douloureuse pour les consommateurs."
Quelles alternatives pour les joueurs et créateurs ?
Face à cette pénurie, les utilisateurs ont plusieurs options, mais aucune n'est idéale. La première consiste à se rabattre sur des cartes avec moins de VRAM, comme le RTX 5070 (12 Go) ou le RTX 5060 (8 Go). Cependant, cette solution pourrait s'avérer limitante à moyen terme, notamment pour les jeux en 4K ou les applications professionnelles comme Blender ou Unreal Engine, qui nécessitent des quantités de mémoire toujours plus importantes.
Une autre piste est de se tourner vers le marché de l'occasion, où les cartes de la génération précédente, comme les RTX 4080 ou RTX 4090, pourraient voir leur prix baisser légèrement. Cependant, ces modèles restent onéreux, et leur consommation énergétique élevée en fait des choix peu écologiques. Par ailleurs, l'achat d'occasion comporte toujours des risques, notamment en termes de garantie et de durabilité.
Enfin, certains pourraient être tentés d'attendre le lancement des cartes Super de la série 50, dans l'espoir qu'elles offrent un meilleur rapport performance/prix. Mais là encore, rien n'est moins sûr : si Nvidia décide d'annuler leur sortie, les consommateurs n'auront d'autre choix que de se contenter des modèles actuels, ou de reporter leurs achats indéfiniment. Une situation qui profite avant tout aux constructeurs de consoles, comme Sony et Microsoft, dont les machines (PlayStation 5 Pro et Xbox Series X|S) offrent des performances comparables à celles d'un PC milieu de gamme, sans les tracas liés à la compatibilité ou aux mises à jour matérielles.
Un avenir incertain pour le marché des GPU
La décision de Nvidia de mettre fin à la production du RTX 5070 Ti et du RTX 5060 Ti 16 Go pourrait n'être que la première d'une longue série. Si les prix de la RAM ne se stabilisent pas, d'autres fabricants, comme AMD ou Intel, pourraient être contraints de suivre le même chemin, réduisant encore un peu plus les options disponibles pour les consommateurs. Une perspective qui rappelle douloureusement la crise des cartes graphiques de 2021, lorsque la combinaison de la pénurie de puces et de la spéculation des mineurs de cryptomonnaies avait fait exploser les prix et rendu les GPU inaccessibles pour de nombreux joueurs.
Pour l'heure, Nvidia se refuse à tout commentaire officiel sur la situation, se contentant de rappeler que ses feuilles de route restent inchangées. Pourtant, les signaux envoyés par les partenaires AIB et les revendeurs sont clairs : le marché des cartes graphiques haut de gamme est en train de subir une mutation profonde, et les consommateurs devront s'adapter à cette nouvelle réalité. Comme le souligne un revendeur européen : "Nous sommes entrés dans une ère où la VRAM est devenue un luxe. Ceux qui en ont besoin devront soit payer le prix fort, soit se contenter de solutions moins performantes. Et pour l'instant, rien n'indique que cette tendance va s'inverser."
Dans ce contexte, une question se pose avec acuité : les joueurs et créateurs de contenu sont-ils prêts à accepter cette nouvelle donne, ou assistera-t-on à un changement de paradigme, avec un retour en force des consoles ou l'émergence de solutions cloud gaming plus accessibles ? Une chose est sûre : l'industrie du PC gaming, autrefois synonyme de liberté et de personnalisation, est en train de vivre l'une de ses périodes les plus difficiles.
La crise des prix de la RAM a révélé la vulnérabilité d'un marché des cartes graphiques déjà fragilisé par des années de pénuries et de spéculation. En mettant fin à la production du RTX 5070 Ti et du RTX 5060 Ti 16 Go, Nvidia envoie un signal clair : les modèles haut de gamme, autrefois accessibles, deviennent des produits de niche réservés à une élite prête à payer le prix fort.
Pour les joueurs et créateurs, cette situation sonne comme un avertissement. Les configurations PC, autrefois synonymes de flexibilité et de performances, pourraient bien perdre une partie de leur attrait face à des consoles toujours plus puissantes et des solutions cloud de plus en plus matures. Une chose est certaine : le paysage du gaming est en train de changer, et ceux qui ne s'adapteront pas risquent de se retrouver sur la touche.
Reste à savoir si cette crise sera passagère, ou si elle marquera le début d'une nouvelle ère où la VRAM deviendra un luxe inaccessible pour la majorité des utilisateurs. Dans les deux cas, une chose est sûre : l'industrie ne sortira pas indemne de cette tempête.

