Il y a 95 jours
Pourquoi *One-Punch Man* Saison 3 est devenu le plus grand échec anime de 2025
h2
En 2015, *One-Punch Man* révolutionnait l'animation avec une première saison saluée pour son style visuel époustouflant et son humour décalé. Pourtant, huit ans plus tard, la saison 3 s’effondre sous les critiques, avec un score catastrophique de 6 % sur Rotten Tomatoes. Comment une licence aussi culte a-t-elle pu sombrer à ce point ? Entre changements de studio, budgets réduits et surcharge de l’industrie, voici les raisons d’un déclin aussi brutal qu’inattendu.
A retenir :
- Chute libre : La saison 3 de *One-Punch Man* affiche un score de 6 % sur Rotten Tomatoes, contre 96 % pour la saison 1.
- Studio Madhouse vs. J.C. Staff : Le passage du studio légendaire (responsable de *Hunter x Hunter*) à un spécialiste des romcoms a tout changé.
- Budgets en berne : Le réalisateur Shinpei Nagai a publiquement dénoncé des ressources insuffisantes avant même la sortie.
- L’héritage empoisonné : Sans Shingo Natsume (réalisateur de la S1) ni ses animateurs stars, la magie visuelle a disparu.
- Symptôme d’une crise : *One-Punch Man* illustre la surproduction anime, où qualité et rapidité s’opposent.
L’Âge d’Or (2015) : Quand Madhouse Réinventait l’Action
En octobre 2015, le studio Madhouse — déjà derrière des chefs-d’œuvre comme *Death Note* ou *Hunter x Hunter* (2011) — frappe un grand coup avec *One-Punch Man*. Adapté du webcomic de ONE (7,9 millions de vues dès 2012) puis du manga dessiné par Yusuke Murata (34 millions d’exemplaires vendus en 2025), la série met en scène Saitama, un héros capable de terrasser n’importe quel ennemi d’un seul coup de poing. Mais c’est surtout son animation révolutionnaire qui marque les esprits.
Dirigée par Shingo Natsume (ex-*Space Dandy*), la saison 1 rassemble une dream team d’animateurs :
- Yutaka Nakamura (célèbre pour ses scènes de combat dans *My Hero Academia*),
- Arifumi Imai (co-responsable du combat mythique Saitama vs. Genos),
- Yoshimichi Kameda (spécialiste des effets dynamiques).
Pourtant, ce succès sera aussi son talon d’Achille. Comme l’explique Ted Sarandos (ex-CCO de Netflix) dans le Hollywood Reporter, la demande en anime explose après 2015, avec "plus de 30 productions simultanées" pour Netflix seul. Madhouse, déjà surchargé, ne pourra pas répéter l’exploit.
2019 : Le Premier Signes de Déclin
Dès la saison 2, les problèmes commencent. Shingo Natsume quitte le projet pour réaliser *Boogiepop and Others* (2019) et *Sonny Boy* (2021), laissant la place à Chikara Sakurai, un novice en réalisation. Pire : Madhouse cède la production à J.C. Staff, un studio réputé pour ses romances adolescentes (*Toradora!*, *Maid-Sama!*) mais pas pour l’action.
Les conséquences sont immédiates :
- Les combats perdent en fluidité (scènes statiques, réutilisation d’animations),
- Les proportions des personnages varient d’un plan à l’autre,
- Les effets spéciaux (comme les reflets métalliques) deviennent grossiers.
Le pire ? La saison 2 sort en 2019, seulement deux ans après la première. "Ils ont dû bricoler ça à la va-vite", analyse Sophia Weiß, ex-rédactrice chez AnimaniA et spécialiste de l’industrie. "Madhouse était déjà sur *Vinland Saga* et *No Game No Life*. Ils n’avaient ni le temps ni les ressources pour *One-Punch Man*."
2025 : L’Effondrement Annoncé
Six ans après la saison 2, la saison 3 débarque enfin… et c’est la catastrophe. Avec un score de 6 % sur Rotten Tomatoes (sur plus de 500 avis), elle pulvérise les records de désamour. Shinpei Nagai, le nouveau réalisateur, est un spécialiste de la comédie (*Dogeza de Tanondemita*), sans aucune expérience en action. Dans un post sur X (ex-Twitter), il avoue : "On savait dès le départ qu’on n’égaliserait pas la saison 1. Les budgets étaient ridicules, et on a dû faire des choix…"
Les défauts sont légion :
- Des combats illisibles : Les chorégraphies, autrefois ultra-précises, deviennent confuses,
- Un design inconstant : Saitama alterne entre un style réaliste et des proportions caricaturales,
- Des économies visibles : Réutilisation de plans, arrière-plans simplistes, effets sonores recyclés.
Pourtant, le manga continue de cartonner (34 millions d’exemplaires en 2025). "Les fans du papier sont déçus, mais pas surpris", note Yusuke Murata dans une interview. "L’anime était condamné dès que Madhouse a lâché l’affaire."
Derrière le Flop : Une Industrie à Bout de Souffle
*One-Punch Man* n’est pas un cas isolé. Depuis 2020, l’industrie de l’anime souffre d’une surproduction chronique :
- Demande explosive : Netflix, Crunchyroll et Amazon commandent des dizaines de séries par an,
- Pénurie de talents : Les animateurs expérimentés sont sursollicités (salaire moyen : 200 000 yens/mois, soit ~1 300 €),
- Budgets compressés : Une série comme *Attack on Titan* coûte 100 millions de yens/épisode (700 000 €), mais la plupart tournent avec la moitié.
Résultat : des studios comme MAPPA (*Jujutsu Kaisen*) ou ufotable (*Demon Slayer*) accumulent les retards, tandis que d’autres, comme Kyoto Animation, limitent leurs projets pour préserver la qualité. *One-Punch Man* est simplement la victime la plus médiatique de cette crise.
Et Maintenant ? L’Avenir d’une Licence Maudite
Faut-il enterrer *One-Punch Man* ? Pas forcément. Plusieurs pistes pourraient relancer la franchise :
- Un reboot : Confier une nouvelle adaptation à un studio comme Bones (*My Hero Academia*) ou Mappa,
- Un film : Un long-métrage avec un budget conséquent (comme *Demon Slayer: Mugen Train*),
- Un changement de format : Une série ONA (diffusée en ligne) avec des épisodes plus courts mais mieux animés.
En attendant, la saison 3 reste un symbole : celui d’une industrie qui sacrifie ses joyaux sur l’autel de la productivité. "One-Punch Man méritait mieux", conclut Sophia Weiß. "Mais tant que les studios préféreront quantifier plutôt que qualifier, on reverra ce genre de désastre."
La chute de *One-Punch Man* est bien plus qu’un simple échec artistique : c’est le reflet d’une industrie anime à la croisée des chemins. Entre la pression des plateformes, la pénurie de talents et des budgets toujours plus serrés, les studios sont forcés de faire des compromis. Pourtant, l’exemple de la saison 1 prouve qu’avec les bonnes ressources, même un héros parodique comme Saitama peut devenir une légende.
Le vrai problème n’est pas *One-Punch Man* lui-même, mais un système qui privilégie la quantité à la qualité. Tant que les productions seront bâclées pour répondre à une demande insatiable, d’autres licences cultes risquent de subir le même sort. La question n’est plus "Pourquoi la saison 3 est-elle si mauvaise ?", mais "Combien de temps l’industrie pourra-t-elle tenir ce rythme avant l’effondrement ?"
Une chose est sûre : les fans, eux, n’ont pas oublié ce que *One-Punch Man* représentait. Et ils attendent toujours le retour du héros qui, cette fois, mériterait un coup de poing bien placé dans les standards de l’anime moderne.

