Il y a 56 jours
Project Blackbird : l’échec qui a fait trembler ZeniMax et poussé son PDG vers la sortie
h2
Pourquoi l’annulation de Project Blackbird a-t-elle provoqué un séisme chez ZeniMax et Microsoft ?
En 2025, Microsoft enterre Project Blackbird, un projet ambitieux mêlant Cyberpunk 2077 et Destiny, développée depuis 2018 par ZeniMax Online Studios. Résultat : Matt Firor, figure emblématique du studio, démissionne après 18 ans de loyaux services, tandis qu’une partie de l’équipe fonde Sackbird Studios, une coopérative indépendante. Cette annulation s’inscrit dans une série de décisions controversées chez Xbox, où des titres comme Everwild (Rare) ou le reboot de Perfect Dark (The Initiative) ont également été abandonnés. Entre restructuration financière, tensions créatives et exode des talents, l’avenir du catalogue Xbox semble plus incertain que jamais.
A retenir :
- Project Blackbird (2018-2025) : un mélange inabouti entre Cyberpunk 2077 et Destiny, annulé par Microsoft malgré 7 ans de développement et des ambitions colossales.
- Matt Firor quitte ZeniMax après 18 ans, décrivant Blackbird comme "le jeu de [sa] carrière" – un rêve brisé qui le pousse vers le conseil et l’investissement.
- Sackbird Studios émerge des cendres du projet : une coopérative indépendante fondée par d’anciens développeurs, las des "objectifs trimestriels" et des contraintes du AAA.
- Une hécatombe créative chez Xbox : Everwild (Rare) et The Initiative (reboot de Perfect Dark) fermés, révélant une stratégie éditoriale en pleine crise.
- Dépassements budgétaires et conflits internes pointés du doigt – mais Microsoft reste muet, laissant planer le doute sur ses priorités : innovation ou rentabilité ?
- L’héritage de Blackbird persiste : entre nouveaux studios et reconversions, ses vétérans réinventent leur parcours, tandis que le catalogue Xbox s’appauvrit.
- Un symptôme d’une industrie en mutation : les géants du jeu sacrifient-ils les projets risqués au profit de franchises sûres et de services live ?
Un rêve de développeur réduit à néant
Imaginez passer sept années à façonner ce que vous considérez comme l’aboutissement de votre carrière, pour voir tout s’effondrer en quelques mois. C’est le scénario cauchemardesque qu’a vécu Matt Firor, ancien PDG de ZeniMax Online Studios, avec l’annulation de Project Blackbird. Officiellement révélé en 2025 comme un projet annulé, ce titre ambitieux était en développement depuis 2018, avec une promesse audacieuse : fusionner l’univers immersif de Cyberpunk 2077 avec la structure live-service d’un Destiny. Un pari osé, qui a finalement coûté cher.
Sur LinkedIn, Firor a partagé son amertume : "C’était le jeu que j’attendais toute ma carrière de créer. Une décision douloureuse, mais nécessaire". Des mots qui résonnent comme un aveu d’impuissance face à une machine industrielle – Microsoft – dont les priorités semblent avoir dévié des ambitions créatives. Mais que s’est-il vraiment passé derrière les portes closes de ZeniMax ?
Selon des sources internes, Blackbird aurait souffert de changements de direction répétés, avec des équipes obligées de repenser des mécaniques clés à plusieurs reprises. Certains évoquent même un manque de vision claire de la part de la direction de Microsoft Gaming, trop focalisée sur des titres comme Starfield ou Elder Scrolls VI. Un ancien développeur, sous couvert d’anonymat, confie : "On avait l’impression de construire un avion en plein vol, sans savoir si on allait atterrir."
"Libérés" du AAA : l’exode vers Sackbird Studios
L’annulation de Blackbird n’a pas seulement sonné le glas d’un jeu. Elle a aussi déclenché une hémorragie de talents chez ZeniMax, avec des conséquences inattendues. Parmi les départs les plus marquants, celui de Lee Ridout, qui a cofondé Sackbird Studios avec d’autres vétérans du projet. Leur objectif ? "Prendre des risques intelligents, sans attendre de validation ou de cibler des objectifs trimestriels", explique-t-il dans une interview à GamesIndustry.biz.
Ce choix de la coopérative indépendante n’est pas anodin. Après des années dans le AAA, où chaque décision doit être validée par des comités et où l’innovation est souvent étouffée par des impératifs financiers, ces développeurs ont préféré reprendre le contrôle. "Chez ZeniMax, on passait 80% de notre temps à justifier nos choix plutôt qu’à créer", révèle un membre de l’équipe. Sackbird mise désormais sur des projets plus modestes, mais où la créativité prime.
Pourtant, tous n’ont pas choisi cette voie. Matt Firor, lui, a opté pour une reconversion dans le conseil et l’investissement, accompagnant des startups et des petites structures. Une décision qui surprend, lui qui a toujours été un game maker dans l’âme. "Je n’ai pas encore sérieusement songé à lancer un nouveau studio", précise-t-il, laissant planer un doute : et si Blackbird avait été son dernier combat ?
Xbox en crise : quand les annulations deviennent une habitude
L’histoire de Project Blackbird n’est malheureusement pas un cas isolé chez Microsoft. Depuis 2023, le géant de Redmond multiplie les fermetures de studios et les annulations de projets, au point de faire douter de sa stratégie éditoriale. Parmi les victimes les plus médiatisées :
- Everwild (Rare) : annoncé en 2020 avec une direction artistique envoûtante, ce jeu d’aventure a été discrètement abandonné en 2024, sans explication claire. Des rumeurs évoquent des désaccords créatifs entre Rare et la direction de Xbox Game Studios.
- The Initiative : studio créé en 2018 pour rivaliser avec Naughty Dog ou Santa Monica Studio, il a été purement et simplement fermé en 2025, emportant avec lui le reboot tant attendu de Perfect Dark. Selon Bloomberg, des dépassements budgétaires et des conflits internes seraient en cause.
- Alpha Dog Games (Mighty Doom) et Tango Gameworks (Hi-Fi Rush) : deux autres studios touchés par les restructurations, avec des licences prometteuses laissées en plan.
Face à cette hécatombe, une question se pose : Microsoft est-il en train de saborder son avenir créatif au profit d’une logique purement financière ? Les joueurs et les observateurs s’interrogent, d’autant que la firme reste extrêmement discrète sur les raisons de ces décisions. "On nous parle de ‘realignement stratégique’, mais en réalité, c’est une purge", résume un analyste du secteur.
Derrière les annulations : une industrie en mutation
Si les cas de Blackbird, Everwild ou Perfect Dark font grand bruit, ils reflètent une tendance plus large dans l’industrie du jeu vidéo. Les géants comme Microsoft, Sony ou EA semblent de plus en plus réticents à financer des projets risqués ou innovants, préférant miser sur des franchises établies (Call of Duty, FIFA, GTA) ou des services live rentables (Fortnite, Destiny 2).
Pour Joost van Dreunen, expert en économie du jeu vidéo, cette évolution n’est pas surprenante : "Les coûts de développement ont explosé, et les éditeurs veulent minimiser les risques. Résultat, on voit moins de projets originaux, et plus de suites ou de reboots". Une logique qui explique peut-être pourquoi Microsoft a préféré abandonner Blackbird, malgré son potentiel, plutôt que de prendre le risque d’un échec commercial.
Pourtant, certains y voient une opportunité. "Les annulations chez Xbox ont libéré des talents incroyables, qui vont maintenant innover ailleurs", estime Lars Doucet, cofondateur de Defender’s Quest. C’est déjà le cas avec Sackbird Studios, mais aussi avec d’anciens employés de The Initiative, qui ont rejoint des structures comme Sumo Digital ou Haven Studios (PlayStation).
Blackbird : et si tout n’était pas perdu ?
Ironie du sort : alors que Microsoft a enterré Project Blackbird, des rumeurs persistantes suggèrent que des éléments du jeu pourraient ressusciter sous une autre forme. Selon le site Windows Central, certaines mécaniques et assets auraient été recyclés dans d’autres projets internes, peut-être même dans le prochain The Elder Scrolls.
Du côté des développeurs, l’espoir persiste. "Blackbird était plus qu’un jeu, c’était une philosophie. Même si le projet est mort, ses idées, elles, peuvent survivre", confie un ancien membre de l’équipe. Une lueur dans un paysage par ailleurs bien sombre pour les fans de Xbox, qui voient leur catalogue s’appauvrir mois après mois.
Quant à Matt Firor, s’il a quitté ZeniMax, il n’a pas tourné définitivement le dos à l’industrie. Dans une récente interview, il a évoqué la possibilité de "revenir un jour, sous une autre forme". Après tout, comme il le dit lui-même : "Dans le jeu vidéo, on ne meurt jamais vraiment. On respawn."
L’annulation de Project Blackbird restera comme un tournant dans l’histoire récente de Xbox et de ZeniMax. Au-delà des chiffres et des stratégies, c’est une histoire humaine qui se joue : celle de développeurs passionnés, de rêves brisés, mais aussi de renaissances. Sackbird Studios, les reconversions de Matt Firor, ou même les rumeurs de recyclage du projet montrent que l’industrie, malgré ses excès, sait aussi se réinventer.
Reste une question lancinante : à force de sacrifier l’audace sur l’autel de la rentabilité, Microsoft ne risque-t-il pas de perdre ce qui a fait la magie de Xbox – sa capacité à surprendre ? Les joueurs, eux, attendent une réponse. Et peut-être qu’un jour, sous une forme ou une autre, Blackbird leur donnera raison.

