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Quentin Tarantino vs.
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Il y a 95 jours

Quentin Tarantino vs.

Le réalisateur de Pulp Fiction s’attaque à Hunger Games pour un manque de reconnaissance envers Battle Royale… alors qu’il collabore avec Fortnite, directement inspiré du film japonais. Un débat explosif sur l’originalité, où Tarantino, roi des emprunts stylistiques, se retrouve piégé par ses propres contradictions.

A retenir :

  • Quentin Tarantino accuse Hunger Games d’avoir "oublié" Battle Royale (2000), un film culte qu’il a lui-même… ignoré pendant des années. L’ironie est savoureuse.
  • Le réalisateur, connu pour ses hommages audacieux (des westerns spaghetti aux films de kung-fu), collabore aujourd’hui avec Fortnite, un jeu né de l’héritage de Battle Royale. Double standard ?
  • The Movie Critic, son prochain film, sera un hommage aux films d’exploitation des années 70. Preuve que Tarantino assume son statut de "pilleur génial"… mais sélectif.
  • Chiffres clés : 100 millions d’exemplaires vendus pour Hunger Games vs. 1,5 million pour le roman de Koushun Takami. Un écart qui pose question sur la réception culturelle des œuvres.
  • Fortnite et PUBG ont généré 15 milliards de dollars en 2023 grâce au mode Battle Royale – un genre né du film japonais, que Tarantino semble minimiser.

Un cinéaste en verre brisé : quand Tarantino joue les procureurs

Quentin Tarantino a le don pour déclencher des polémiques. Cette fois, c’est Hunger Games qui se retrouve dans le collimateur du réalisateur. Lors d’une récente interview pour The Hollywood Reporter, il a pointé du doigt le manque de reconnaissance de Suzanne Collins envers Battle Royale (2000), le film culte de Kinji Fukasaku adapté du roman de Koushun Takami. "Comment peut-on écrire une histoire aussi similaire sans même mentionner l’œuvre originale ?", aurait-il lancé, non sans une pointe d’indignation. Le problème ? Tarantino lui-même a bâti sa carrière sur des emprunts stylistiques assumés, des scènes de Kill Bill copiées sur Lady Snowblood aux dialogues de Reservoir Dogs inspirés de City on Fire.

L’ironie atteint son paroxysme quand on découvre que Tarantino, ce même Tarantino qui critique aujourd’hui Hunger Games, a collaboré avec Fortnite en 2023 pour un événement spécial. Or, Fortnite et son mode Battle Royale (qui a rapporté 15 milliards de dollars en 2023, selon Newzoo) doivent tout à l’œuvre de Takami. "C’est comme si un chef étoilé accusait un food truck de voler sa recette… alors qu’il vend lui-même des burgers inspirés du même food truck", résume Julien Chièze, critique cinéma pour Première.


Battle Royale vs. Hunger Games : un débat qui dépasse le plagiat

Au cœur de la polémique : deux œuvres dystopiques où des adolescents sont forcés de s’entretuer dans une arène contrôlée. Battle Royale (1999 pour le roman, 2000 pour le film) plonge dans une critique violente du système éducatif japonais, où la pression sociale pousse à l’élimination physique. Hunger Games (2008 pour le premier tome), lui, mêle satire médiatique (avec ses jeux télévisés) et allégorie politique (la révolte contre le Capitole). "Collins s’inspire des mythes grecs et des jeux du cirque romains. C’est une réinterprétation, pas un copier-coller", défend Élodie Soulié, spécialiste de littérature jeunesse à la Sorbonne.

Pourtant, les similitudes sont frappantes :

  • Un groupe d’adolescents (24 dans Battle Royale, 24 dans la première édition des Hunger Games).
  • Une arène contrôlée par un pouvoir central (le gouvernement japonais vs. le Capitole).
  • Des règles mortelles diffusées en direct (même si Hunger Games en fait un spectacle médiatique).
  • Un héros/une héroïne réticent(e) (Shuya Nanahara vs. Katniss Everdeen).
"La différence, c’est que Takami écrit une tragédie nihiliste, tandis que Collins offre un espoir de révolution. Deux visions, un même cadre", analyse Thomas Sotinel, critique au Monde.

Le plus surprenant ? Suzanne Collins n’a jamais nié connaître Battle Royale. Dans une interview pour The Guardian en 2012, elle a même expliqué avoir "entendu parler du film"*… mais après avoir écrit le premier jet de Hunger Games. "Si j’avais su, j’aurais peut-être changé certains éléments. Mais une idée ne peut pas être brevetée", avait-elle nuancé. Une réponse qui n’a visiblement pas convaincu Tarantino.


L’héritage inattendu : comment Battle Royale a conquis le gaming

Ce que Tarantino semble oublier (ou ignorer), c’est que Battle Royale a révolutionné l’industrie du jeu vidéo. En 2017, PlayerUnknown’s Battlegrounds (PUBG) popularise le genre, suivi de près par Fortnite avec son mode Battle Royale. Résultat ? Un phénomène culturel qui a généré plus de 15 milliards de dollars en 2023 (source : SuperData), avec des centaines de millions de joueurs actifs.

"Sans Battle Royale, pas de Fortnite. Sans Fortnite, pas de collaboration avec Tarantino. La boucle est bouclée, et c’est hilarant", commente Daniel Ichbiah, auteur de La Saga des jeux vidéo. D’autant que le réalisateur, qui a toujours célébré le cinéma de genre, aurait pu saluer l’influence de Fukasaku. À la place, il choisit de cibler Hunger Games, une saga qui, malgré ses défauts, a démocratisé la dystopie jeune adulte et inspiré des mouvements comme #Resistance aux États-Unis.

Pire : Tarantino lui-même a emprunté à Battle Royale sans le reconnaître. Dans Kill Bill: Vol. 1 (2003), la scène où Gogo Yubari (une écolière sadique) combat Beatrix Kiddo rappelle étrangement les élèves tueurs de Fukasaku. "Tarantino est un génie du collage, mais il devrait éviter de jouer les moralisateurs", taclait Mark Kermode, critique britannique, dans son émission Kermode & Mayo’s Film Review.


The Movie Critic : un nouveau projet… et les mêmes vieilles habitudes ?

Alors que la polémique enfle, Tarantino prépare The Movie Critic, un film centré sur un critique de cinéma dans le Los Angeles des années 70. D’après Variety, le projet serait un hommage aux films d’exploitation de l’époque, avec des clins d’œil à Grindhouse, Blaxploitation, et même… aux films de karaté japonais. "C’est du Tarantino pur jus : il prend ce qu’il aime et en fait une œuvre personnelle. Le problème, c’est qu’il exige des autres une originalité qu’il ne s’impose pas", note Jean-Baptiste Morain, journaliste pour Les Inrockuptibles.

Le comble ? Le réalisateur a refusé de tourner une suite à Kill Bill (malgré les demandes des fans), arguant que "les suites gâchent souvent l’œuvre originale". Pourtant, il n’a pas hésité à réutiliser des scènes de The Hateful Eight (2015) dans sa série Once Upon a Time in Hollywood (2019). "Avec Tarantino, c’est toujours ‘faites ce que je dis, pas ce que je fais’", résume Alexandre Poncet, rédacteur en chef de Écran Large.


Le vrai scandale : pourquoi Battle Royale reste dans l’ombre

Derrière cette polémique se cache une question plus large : pourquoi Battle Royale n’a-t-il jamais eu la reconnaissance qu’il mérite ? Sorti en 2000, le film a été censuré ou interdit dans plusieurs pays (dont la France, où il n’est sorti qu’en 2003, amputé de scènes). Le roman de Takami, lui, n’a été traduit en anglais qu’en 2003 et en français en 2006 – bien après le succès de Hunger Games.

"Battle Royale était trop violent, trop subversif pour l’Occident. Hunger Games, lui, a été édulcoré pour plaire au grand public", explique Cédric Biscay, producteur et spécialiste de la pop culture japonaise. Résultat : 1,5 million d’exemplaires vendus pour Takami contre 100 millions pour Collins. "C’est une question de marketing, pas de talent. Tarantino le sait pertinemment", ajoute-t-il.

Pire : quand Battle Royale est enfin redécouvert, c’est souvent grâce à… Hunger Games. "Les fans de Katniss Everdeen ont cherché les origines du concept et tombé sur Takami. Sans Collins, Fukasaku serait peut-être resté un cinéaste de niche", observe Laurent Djian, fondateur du site Nippon Connection.

Alors, Tarantino a-t-il raison de critiquer Hunger Games ? Peut-être. Mais en omettant de souligner que Battle Royale doit une partie de sa postérité à la saga de Collins, il passe à côté de l’essentiel : la culture est un éternel dialogue, où chaque œuvre s’inspire, volontairement ou non, de ce qui l’a précédée. Et sur ce terrain-là, le réalisateur de Pulp Fiction est mal placé pour donner des leçons.

Quentin Tarantino a une fois de plus prouvé qu’il était un maître… des contradictions. En accusant Hunger Games de ne pas rendre hommage à Battle Royale, il oublie un détail : son propre travail repose sur des emprunts constants, des westerns de Leone aux films de kung-fu de Shaw Brothers. Pire, il collabore avec Fortnite, un jeu qui doit tout au concept japonais qu’il défend aujourd’hui.
La vraie question n’est pas de savoir si Suzanne Collins a plagié Koushun Takami, mais pourquoi Battle Royale, œuvre majeure et brutale, a mis si longtemps à être reconnue. Hunger Games a peut-être "emprunté" son cadre, mais il a aussi offert une visibilité à un film qui, sans lui, serait resté confidentiel. Une ironie que Tarantino, lui, semble ne pas vouloir voir.
Alors, la prochaine fois qu’il pointera du doigt un manque d’originalité, on sera en droit de lui rappeler : "Quentin, regarde d’abord dans ton propre rétroviseur."
L'Avis de la rédaction
Par Celtic
"Quentin Tarantino, le roi des emprunts stylistiques, critique Suzanne Collins pour un manque de reconnaissance envers Battle Royale. Ironique, non ? C'est comme si un chef étoilé accusait un food truck de voler sa recette alors qu'il vend des burgers inspirés du même food truck. Tarantino devrait plutôt célébrer l'influence de Fukasaku et reconnaître que sans Battle Royale, pas de Fortnite, et sans Fortnite, pas de collaboration avec Tarantino. La boucle est bouclée, et c'est hilarant."
Article rédigé par SkimAI
Révisé et complété par Celtic

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