Il y a 72 jours
Scandale Fanblast : Knossi brise le silence sur les faux chats privés qui ébranlent Twitch
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Quand les échanges privés entre fans et streamers ne sont que pure mise en scène...
Une enquête explosive révèle comment Fanblast, plateforme promettant des interactions exclusives avec les stars de Twitch, aurait orchestré un système de faux messages privés via l'agence Oasis Agency. Des streamers comme Alexisshv et GwendolynCeline sont pointés du doigt, tandis que Knossi, cofondateur controversé, tente de se distancier d'un scandale qui menace l'ensemble de l'écosystème. Entre manipulation psychologique, pressions financières et réseau d'influences opaques, l'affaire soulève une question brûlante : jusqu'où ira l'exploitation des fans au nom de l'engagement ?
A retenir :
- Système de duperie organisé : Des employés d'Oasis Agency auraient simulé des milliers de conversations privées avec des fans, sous l'identité de streamers partenaires, selon l'enquête de RobBubble.
- Liens suspects entre Fanblast et Oasis : Les deux entreprises partagent le même siège à Hambourg, avec des dirigeants communs - une coïncidence qui alimente les théories de collusion organisée.
- Knossi dans la tourmente : Le streamer, déjà critiqué pour ses liens avec les casinos en ligne, se défend en affirmant n'avoir "aucune connaissance des événements actuels", malgré son statut de cofondateur.
- Stratégie de défense boiteuse : Fanblast se présente comme une simple "plateforme technique", mais admet des dérives chez ses partenaires - tout en refusant d'expliquer comment ces pratiques ont pu durer des mois.
- Manipulation à grande échelle : Les faux échanges serviraient à maximiser les dépenses des fans (via des "conseils personnalisés" payants) tandis que les streamers alimenteraient eux-mêmes les dialogues pour éviter les incohérences.
- Mesures correctives tardives : Un système de signalement anonyme (lancé en juin 2025) et l'obligation de transparence sur l'origine des réponses... mais après des années de pratiques opaques.
- L'ombre des jeux d'argent : Plusieurs streamers impliqués, dont Knossi, ont des antécédents controversés dans la promotion de sites de paris - un parallèle troublant avec cette nouvelle affaire.
L'enquête qui fait trembler Twitch : quand les "échanges privés" deviennent une usine à cash
Tout commence par une vidéo publiée le 12 mars 2025 par RobBubble, enquêteur YouTube spécialisé dans les dérives des plateformes numériques. Pendant 47 minutes, il démontre, preuves à l'appui, comment Fanblast - une plateforme présentée comme révolutionnant les interactions entre fans et streamers - serait en réalité un système de duperie industrialisé. Le principe ? Faire croire aux utilisateurs qu'ils échangent directement avec leurs idoles via des messages privés... alors que ces conversations seraient en majorité rédigées par des employés d'Oasis Agency, une société partenaire.
Le mécanisme est implacable : les fans paient pour poser des questions "personnalisées" à leurs streamers préférés (comme Alexisshv, star allemande du gaming avec 2,3 millions d'abonnés, ou GwendolynCeline, influenceuse lifestyle), reçevant en retour des réponses qui semblent authentiques. Sauf que selon RobBubble, 80% de ces messages seraient en réalité prérédigés par des community managers, avec parfois des copier-coller grossiers entre différents fans. Pire : ces échanges serviraient à orienter les utilisateurs vers des achats (merchandising, abonnements premium, dons) via des techniques de manipulation psychologique dignes des pires arnaques en ligne.
Le clou de l'enquête ? Fanblast et Oasis Agency partagent le même siège social à Hambourg, avec des dirigeants qui siégent aux conseils d'administration des deux structures. Une proximité qui, selon RobBubble, "ne peut pas être une coïncidence". Des captures d'écran montrent même des employés utilisant les mêmes phrases types pour répondre à des questions radicalement différentes - preuve d'un système standardisé loin de l'authenticité promise.
Interrogé par le média allemand PC Games, un ancien employé d'Oasis Agency (souhaitant rester anonyme) confirme : "On nous donnait des fiches avec les 'personas' de chaque streamer - leurs tics de langage, leurs opinions sur certains jeux. Notre job était de faire croire qu'on était eux, même quand on connaissait à peine leur contenu." Une pratique qui, selon lui, concernait "au moins 60% des gros comptes" sur Fanblast.
"Je n'ai rien à voir avec ça" : la défense en ordre dispersé de Knossi
Dans ce scandale, un nom revient systématiquement : celui de Knossi (de son vrai nom Dominik Sacco), streamer allemand controversé et cofondateur de Fanblast. Déjà critiqué pour ses streams de casinos en ligne (qu'il a finalement abandonnés sous la pression), le voici à nouveau sous le feu des projecteurs. Sa réaction ? Une déclaration publique publiée sur Twitter le 15 mars 2025, où il se présente comme une "figure décorative" sans pouvoir réel :
"Je fais partie des investisseurs initiaux de Fanblast, mais je n'ai aucune implication dans la gestion quotidienne depuis 2023. Je n'ai aucune connaissance des événements actuels et je condamne fermement ces pratiques si elles s'avèrent vraies. Ma priorité a toujours été de créer du contenu authentique pour ma communauté."
Une défense qui laisse dubitatif. D'abord parce que Knossi a activement promu Fanblast sur ses réseaux en 2022, vantant un système "100% transparent". Ensuite parce que son nom apparaît encore dans les documents officiels de l'entreprise en tant que "conseiller stratégique". Enfin, parce que plusieurs anciens collaborateurs affirment l'avoir vu participer à des réunions avec Oasis Agency en 2024.
Sur Reddit, les réactions sont sans appel. Un utilisateur résume : "Knossi veut nous faire croire qu'il est juste un pauvre petit actionnaire naïf ? Le même Knossi qui a passé des années à promouvoir des casinos en ligne en disant que c'était 'juste pour le fun' ? Personne n'achète ça." D'autres soulignent l'ironie de voir un streamer qui a bâti sa carrière sur l'authenticité (via ses streams "sans filtre") associé à une telle machination.
Fanblast contre-attaque : entre mea culpa et déni de responsabilité
Face à la tempête, Fanblast a publié une réponse officielle sur Instagram le 17 mars 2025, un texte qui oscille entre reconnaissance partielle et déni complet. La plateforme y affirme jouer un rôle "purement technique", se présentant comme "l'équivalent d'un opérateur téléphonique" qui ne lit pas le contenu des échanges. Une comparaison qui fait bondir les critiques, comme le souligne Julia Hardt, avocate spécialisée dans le droit numérique :
"Comparer Fanblast à un opérateur téléphonique est juridiquement absurde. Une plateforme qui monétise les interactions et en fait sa promotion ne peut pas se cacher derrière un statut d'intermédiaire passif. Si des dérives sont avérées, sa responsabilité pénale pourrait être engagée pour publicité mensongère et pratiques commerciales trompeuses."
Pourtant, Fanblast admet dans le même communiqué l'existence de "quelques brebis galeuses parmi nos partenaires". La plateforme annonce alors une série de mesures :
- Un système de signalement anonyme (lancé en juin 2025, soit 3 mois après le scandale)
- Des suspensions immédiates pour les agences ou créateurs pris en faute
- Une obligation de transparence : les streamers devront désormais indiquer si leurs réponses sont personnelles ou gérées par une équipe
Des annonces qui laissent sceptique. D'abord parce que le système de signalement arrive après les révélations, pas avant. Ensuite parce que la "transparence" promise reste floue : rien n'oblige les streamers à révéler qui exactement répond à leur place. Enfin, parce que Fanblast refuse de répondre à la question cruciale : comment de telles pratiques ont-elles pu durer des années sans que la plateforme ne s'en aperçoive ?
Interrogé par Business Insider Deutschland, un porte-parole de Fanblast a éludé : "Nous menons une enquête interne et prendrons les mesures qui s'imposent. Pour l'heure, nous ne pouvons pas commenter les détails opérationnels." Une réponse qui, pour beaucoup, sonne comme un aveu de culture du secret bien installée.
Derrière le scandale : l'envers décor du "rêve d'interaction"
Ce qui choque dans l'affaire Fanblast, c'est moins l'existence de faux messages (pratique malheureusement courante dans le marketing d'influence) que l'ampleur du système et son caractère industrialisé. Selon les estimations de RobBubble, plus de 50 000 échanges privés auraient été falsifiés entre 2023 et 2025, générant des millions d'euros de revenus via :
- Des abonnements premium (jusqu'à 49,99€/mois) pour accéder aux "messages VIP"
- Des conseils personnalisés payants (ex : "Comment devenir streamer ?" à 99€ la session)
- Des dons incités via des messages du type "Ton streamer préféré a besoin de toi pour son nouveau projet !"
Le plus troublant ? Les streamers étaient souvent complices, sans toujours mesurer l'ampleur de la supercherie. Toujours selon RobBubble, certains créateurs de contenu fournissaient des "scripts" à Oasis Agency pour répondre aux questions récurrentes, tandis que d'autres validaient en bloc des centaines de faux messages sans les lire. Un système où l'authenticité devient un produit marketing, comme l'explique Marvin Claus, sociologue des médias :
"Nous sommes passés de l'économie de l'attention à l'économie de l'illusion. Les fans ne paient plus pour du contenu, mais pour l'impression d'une relation privilégiée. Fanblast a simplement poussé cette logique à son paroxysme, en transformant l'interaction en usine à rêves standardisés."
Dans ce contexte, la défense de Knossi ("je ne savais pas") apparaît comme le symptôme d'une industrie où l'ignorance volontaire devient une stratégie. Comme le note un ancien modérateur de Twitch : "Tout le monde savait que les gros streamers ne pouvaient pas répondre à des milliers de messages par jour. Mais tant que ça rapportait, personne ne posait de questions."
Et maintenant ? Les trois scénarios possibles pour Fanblast
Alors que l'affaire prend de l'ampleur (avec une enquête ouverte par la commission allemande de protection des consommateurs), trois issues semblent possibles pour Fanblast :
1. L'effondrement pur et simple
Si les preuves de collusion avec Oasis Agency sont avérées, la plateforme pourrait faire face à des poursuites pour escroquerie et fermeture administrative. Plusieurs annonceurs (dont Red Bull et Razer) ont déjà suspendu leurs partenariats en attendant les conclusions de l'enquête.
2. La réinvention sous surveillance
Fanblast pourrait tenter de se repositionner comme une plateforme "100% transparente", avec des audits externes et des certifications d'authenticité. Mais après un tel scandale, regagner la confiance des utilisateurs prendra des années - si tant est que ce soit possible.
3. Le statu quo maquillé
Le scénario le plus probable ? Quelques têtes tombent (comme le PDG d'Oasis Agency, déjà mis en retrait), des amendes symboliques, et une poursuite des activités sous un autre nom. Après tout, comme le rappelle un expert : "Dans l'industrie du streaming, les scandales ont une durée de vie courte... tant que l'argent continue de couler."
Pour les streamers impliqués, les conséquences pourraient être plus durables. Alexisshv a déjà perdu 120 000 abonnés en une semaine, tandis que GwendolynCeline a vu ses partenariats avec des marques de cosmétiques suspendus. Quant à Knossi, son avenir sur Twitch semble plus incertain que jamais - d'autant que des rumeurs évoquent une enquête fiscale sur ses revenus liés à Fanblast.
L'affaire Fanblast révèle bien plus qu'une simple arnaque aux faux messages : elle expose les dérives d'un écosystème où l'engagement des fans est devenu une marchandise, où l'authenticité se monnaye, et où les frontières entre réalité et fiction s'effacent. Alors que les régulateurs allemands commencent à s'emparer du dossier, une question persiste : combien de plateformes similaires opèrent encore dans l'ombre, vendant du rêve en kit à des communautés avides de connexion ?
Pour les utilisateurs, le message est clair : méfiance absolue face aux promesses d'interactions "exclusives". Et pour l'industrie du streaming, ce scandale devrait sonner comme un électrochoc - à moins que, comme trop souvent, l'appât du gain ne l'emporte une fois de plus sur l'éthique.
Une chose est sûre : après Fanblast, plus personne ne regardera un "message privé" de son streamer préféré de la même manière.

