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Square Enix en sursis : l’investisseur qui veut tout changer
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Il y a 83 jours

Square Enix en sursis : l’investisseur qui veut tout changer

Pourquoi le géant Square Enix, fort de licences mythiques comme Final Fantasy, se retrouve-t-il sous le feu des critiques ? Un investisseur influent exige une refonte radicale après des années de résultats décevants, des budgets pharaoniques (Forspoken à 316 M$ pour 1,3 M de ventes) et une stratégie jugée trop dispersée. Entre mise sur l’IA et pression accrue sur les équipes, l’éditeur nippon tente de se réinventer… mais à quel prix ?

A retenir :

  • 14 % du capital : 3D Investment Partners, 3ᵉ actionnaire de Square Enix, dénonce une rentabilité en chute libre (-12 % depuis 2022) et des coûts de production incontrôlés (ex. : Forspoken, 316 M$ pour 1,3 M de ventes).
  • Comparaisons accablantes : Capcom (ROE de 18,4 %), Bandai Namco (+15 % de marge) et Nintendo (+43 % de bénéfice net) écrasent Square Enix, dont les jeux peinent à convaincre (Final Fantasy XVI : 73/100 sur Metacritic vs 96/100 pour Elden Ring).
  • L’IA comme plan de sauvetage ? 70 % des tests qualité automatisés d’ici 2027, mais après des licenciements massifs en 2024, les joueurs s’inquiètent pour la qualité finale.
  • Final Fantasy VII Rebirth (200 M$, 5,3 M de ventes) : un succès critique (87/100) mais un déséquilibre budget/rentabilité qui interroge. L’exemple à suivre : Capcom et ses remakes rentables (Resident Evil 4 Remake : 50 M$ de budget, 7,5 M de ventes).
  • Le dilemme de Square Enix : peut-elle concilier ambition créative et efficacité économique, ou ses échecs récents confirment-ils les pires craintes ?

Un actionnaire rebelle sonne la fin de la récré

Imaginez : vous possédez des licences parmi les plus rentables de l’histoire du jeu vidéo – Final Fantasy, Dragon Quest, Kingdom Hearts – et pourtant, vos actionnaires vous accusent de gaspiller votre héritage. C’est le casse-tête actuel de Square Enix, sommé de se réformer par 3D Investment Partners, un fonds qui détient 14 % de son capital et ne mâche pas ses mots. Dans un document interne révélé fin 2023, l’investisseur pointe une "érosion systémique" des performances : -12 % sur le résultat opérationnel depuis 2022, une marge nette divisée par deux en cinq ans, et des dépenses de développement jugées "déraisonnables".

L’exemple le plus frappant ? Forspoken, sorti en janvier 2023. Avec un budget faramineux de 316 millions de dollars – soit plus que Cyberpunk 2077 à sa sortie – le jeu n’a écoulé que 1,3 million d’unités, loin des attentes. Pire : selon 3DIP, ce fiasco illustre une "stratégie de développement dispersée", où les studios de Square Enix (dont Eidos-Montréal et Square Enix Tokyo) travaillent en silos, sans vision cohérente. "Ils dépensent comme un studio AAA américain, mais sans en avoir la discipline financière ou l’efficacité marketing", résume un analyste proche du dossier.


Et les joueurs dans tout ça ? Beaucoup pointent un décalage grandissant entre les promesses et la réalité. Final Fantasy XVI (2023), malgré des ventes honorables (3,4 millions en trois mois), a divisé la critique (73/100 sur Metacritic) et les fans, déçus par un scénario inabouti et des combats trop linéaires. À titre de comparaison, Elden Ring (FromSoftware) et Resident Evil 4 Remake (Capcom) ont respectively obtenu 96/100 et 92/100… pour des budgets bien moindres.

Capcom, Bandai Namco, Nintendo… et Square Enix à la traîne

Le constat de 3D Investment Partners est sans appel : Square Enix est en train de se faire distancer par ses rivaux nippons. Et les chiffres parlent d’eux-mêmes :

  • Capcom : un ROE (retour sur capitaux propres) de 18,4 % en 2025, contre 5,2 % pour Square Enix sur la même période. La recette ? Des remakes ultra-rentables (Resident Evil 2, Resident Evil 4) et une gestion serrée des coûts.
  • Bandai Namco : une marge opérationnelle de +15 % en 2024, portée par des franchises comme Elden Ring (en collaboration avec FromSoftware) et Tekken.
  • Nintendo : un bénéfice net en hausse de 43 % en 2023, grâce à une stratégie axée sur l’optimisation de ses licences (The Legend of Zelda: Tears of the Kingdom, Super Mario Bros. Wonder).

Face à ces géants, Square Enix semble perdre pied. "Ils ont les licences, mais pas la rigueur", estime un ancien employé sous couvert d’anonymat. Le problème ? Une obsession pour l’innovation technique (moteurs graphiques maison, mondes ouverts surdimensionnés) qui se fait au détriment de la rentabilité et de la cohérence narrative. Résultat : des jeux comme Babylon’s Fall (2022) ou Avengers (2020) ont été des désastres commerciaux, malgré des budgets colossaux.


Pourtant, tout n’est pas noir. Final Fantasy XIV, le MMORPG de la licence, reste un succès critique et commercial (30 millions de joueurs en 2024), preuve que Square Enix sait encore écouter sa communauté. Mais ces exceptions confirment la règle : l’éditeur peine à capitaliser sur ses atouts.

L’IA, remède ou cache-misère ?

Face à la crise, Square Enix a trouvé son bouc émissaire : les coûts de développement. La solution ? L’intelligence artificielle. D’ici 2027, 70 % des tests qualité (QA) seront automatisés via des outils d’IA générative, une première dans l’industrie. Objectif affiché : réduire les budgets de 30 % d’ici 2028.

Mais cette stratégie divise. En 2024, l’entreprise a déjà licencié des centaines de testeurs en Occident, suscitant l’ire des syndicats et des joueurs. "Remplacer des humains par des algorithmes, c’est prendre le risque de laisser passer des bugs majeurs", s’inquiète un développeur ayant travaillé sur Final Fantasy XVI. D’autant que l’IA génère aussi des coûts cachés : formation des équipes, ajustements constants des modèles, et surtout, une dépendance technologique qui pourrait étouffer la créativité.


Square Enix n’est pas seul dans cette voie : Ubisoft et Electronic Arts testent aussi l’IA pour générer des dialogues ou des environnements. Mais son approche radicale interroge. Après les échecs de Forspoken et les performances mitigées de Final Fantasy XVI, cette course à la réduction des coûts ne cache-t-elle pas un manque d’idées nouvelles ? "Ils misent sur la techno pour compenser un manque de vision claire", résume un analyste de Nikkei.

Final Fantasy VII Rebirth : le test ultime

Dans ce contexte tendu, Final Fantasy VII Rebirth (sorti en février 2024) est devenu bien plus qu’un simple jeu : un symbole. Avec un budget estimé à 200 millions de dollars – bien inférieur à Forspoken, mais toujours supérieur à la moyenne de l’industrie (100-150 M$ pour un AAA) – le titre a vendu 5,3 millions d’unités en un an. Un chiffre honorable, mais loin des 14 millions de Final Fantasy VII Remake (2020).

Pourtant, la critique a été globalement positive (87/100 sur Metacritic), saluant un monde ouvert ambitieux et un système de combat dynamique. Le problème ? Le déséquilibre entre investissement et retour sur capital. Comme le souligne 3D Investment Partners : "Capcom génère des marges de 30 % avec des remakes comme Resident Evil 4 (budget ~50 M$, 7,5 M de ventes). Square Enix, elle, semble prisonnier d’un modèle où l’innovation technique prime sur l’efficacité économique."


Alors, Rebirth marquera-t-il un tournant ? Certains y voient un retour aux sources : un jeu ambitieux, mais mieux maîtrisé que Forspoken ou Final Fantasy XVI. D’autres, comme l’analyste Serkan Toto (Kantar Worldpanel), restent sceptiques : "Tant que Square Enix ne résoudra pas son problème de coûts et de gestion des studios, même ses meilleurs jeux ne suffiront pas à rassurer les investisseurs."

Derrière les chiffres : une culture d’entreprise en question

Au-delà des bilans financiers, c’est toute la culture de Square Enix qui est remise en cause. Plusieurs anciens employés décrivent une "bureaucratie étouffante", où les décisions se prennent à Tokyo, loin des réalités des studios occidentaux (comme Eidos-Montréal ou Crystal Dynamics). "On nous demande d’innover, mais dès qu’on propose quelque chose de risqué, les dirigeants japonais freinent des quatre fers", confie un développeur ayant quitté l’entreprise en 2023.

Autre problème : l’obsession du "prestige". Square Enix veut rivaliser avec les géants américains (comme Rockstar ou Naughty Dog), mais sans en avoir les moyens. Résultat : des jeux comme Forspoken ou Marvel’s Avengers ont été développés avec des ambitions démesurées, sans cadre réaliste. "Ils veulent faire des blockbusters à 300 M$, mais sans comprendre que le marché a changé", analyse un producteur indépendant.


Pourtant, des signes d’espoir existent. Le succès de Final Fantasy XIV montre que Square Enix peut écouter ses joueurs et ajuster sa stratégie. De même, des titres comme Octopath Traveler (développé par Square Enix Business Division 11) prouvent que l’éditeur sait encore innover sans se ruiner. Reste à savoir si ces exceptions deviendront la règle… ou si Square Enix continuera à naviguer à vue.

Et maintenant ? Les scénarios possibles

Alors, que peut-il arriver ? Plusieurs scénarios se dessinent :

  • Le grand ménage : sous la pression de 3D Investment Partners, Square Enix pourrait vendre des studios (comme Eidos-Montréal ou Crystal Dynamics) ou licencier des franchises (ex. : Tomb Raider). Un risque : affaiblir encore son portefeuille.
  • Le recentrage sur le Japon : abandonner les ambitions "globales" pour se concentrer sur des jeux plus rentables et typiquement nippons (comme Dragon Quest ou SaGa).
  • La révolution IA : si les outils d’IA tiennent leurs promesses, Square Enix pourrait réduire ses coûts tout en maintenant une cadence de sortie élevée. Mais à quel prix pour la qualité ?
  • Le statut quo… jusqu’à la crise : continuer comme aujourd’hui, en espérant qu’un Final Fantasy VII Rebirth 2 ou un nouveau Kingdom Hearts sauve la mise. Un pari risqué.

Une chose est sûre : le temps presse. Avec des actionnaires de plus en plus impatients et une concurrence qui ne faiblit pas, Square Enix doit agir vite. "Soit ils se réforment en profondeur, soit ils risquent de devenir le prochain Sega – un géant réduit à l’état de coquille vide", avertit un investisseur.

Final Fantasy VII Rebirth a prouvé que Square Enix pouvait encore produire des jeux critiquement acclamés, mais son succès relatif ne suffit pas à masquer les failles structurelles de l’entreprise. Entre coûts explosifs, stratégie floue et concurrence implacable, l’éditeur nippon se trouve à un carrefour. Deux voies s’offrent à lui : se réinventer en misant sur l’efficacité et l’innovation maîtrisée (à l’image de Capcom), ou s’enliser dans une course sans fin à la technologie, au risque de perdre ce qui a toujours fait sa force – des univers riches et des histoires inoubliables.
Les prochains mois seront cruciaux. Si 3D Investment Partners obtient gain de cause, Square Enix pourrait bien connaître un changement de cap radical… avec, peut-être, des licences phares sacrifiées sur l’autel de la rentabilité. Une perspective qui donne des sueurs froides aux fans, mais qui, pour les actionnaires, pourrait bien être la seule issue.
L'Avis de la rédaction
Par Celtic
Ah, Square Enix, ce pote qui a encore confondu "licence" avec "licorne à gonades". Leur stratégie, c’est comme un Final Fantasy où tu passes 20h à chercher un objet pour gagner 5% de XP : trop de bruit pour si peu de résultat. L’IA, leur nouveau Forspoken ? Un monde ouvert sans fin… mais sans issue. "On va automatiser les testeurs" ? Okey, comme ça, au moins, les bugs seront générés par algorithme, parfait pour un jeu où même les boss ont l’air d’avoir fait une sieste. Rebirth ? Un bon effort, mais avec un budget de 200M$, ils pourraient avoir fait deux Resident Evil 4 et encore avoir des miettes. Tonton Square Enix, arrête de jouer à God of War avec les budgets des autres, et viens nous raconter tes utopies de studio unis… en mode apathique.
Article rédigé par SkimAI
Révisé et complété par Celtic

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