Il y a 40 jours
SSD 1 To à 45€ ? Terminé ! Kioxia annonce une pénurie jusqu’en 2027 et des prix en explosion
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Pourquoi les SSD 1 To coûtent désormais le double – et comment les joueurs s’adaptent avec du matériel de 2008
A retenir :
- Kioxia enterre les SSD 1 To à 45€ : le directeur de la division mémoire confirme une hausse durable des prix due à la demande en IA et une pénurie jusqu’en 2027.
- +100 % en 6 mois : la Crucial P3 Plus passe de 60€ à 160€, la Samsung 990 EVO Plus de 75€ à 140€ – des records depuis 2020.
- Le grand retour du DDR3 : les ventes de barrettes de 2007 explosent (+120 % en 3 mois), avec des Core 2 Duo et Xeon L5420 qui reviennent en grâce.
- Des "kits de survie" à l’ancienne : les assembleurs proposent des SSD SATA et cartes mères d’occasion pour contourner l’inflation.
- La faute à l’IA : les data centers accaparent les stocks de puces NAND, laissant les particuliers sans alternatives abordables.
Kioxia sonne l’alarme : "Les SSD à 45€, c’est fini"
45€ pour un SSD 1 To ? Un lointain souvenir. Shunsuke Nakato, directeur de la division mémoire chez Kioxia (l’un des trois géants des puces NAND avec Samsung et Micron), a officiellement acté la fin d’une époque : "Les SSD 1 To à 45 dollars appartiennent désormais au passé". Une déclaration qui résonne comme un coup de massue pour les joueurs, les assembleurs de PC et les data centers, déjà aux prises avec une inflation historique des composants.
En cause ? Un cocktail explosif : une demande en IA multipliée par 3 en 18 mois (selon les chiffres de TrendForce), des usines de puces NAND saturées jusqu’en 2027, et des stocks qui s’évaporent en quelques heures. Résultat : les prix ont grimpé de plus de 30 % en un an, avec des pics à +100 % sur certains modèles entre septembre 2025 et janvier 2026. "On reçoit des containers de SSD le matin, et ils sont tous réservés avant midi", confie un distributeur européen sous anonymat.
Pire encore, cette pénurie structurelle n’est pas près de s’arranger. Les constructeurs comme Samsung, Crucial ou WD ont beau augmenter leurs cadences, la priorité va aux data centers – ces géants voraces qui engloutissent 60 % de la production mondiale de NAND pour leurs serveurs IA. Les particuliers ? Relégués au second plan, avec des délais de livraison qui dépassent les 3 semaines sur des modèles pourtant "disponibles" en ligne.
De 75€ à 140€ : l’ascenseur infernal des prix (et ses victimes)
Prenez la Samsung 990 EVO Plus 1 To, autrefois reine des rapports qualité-prix. En septembre 2025, elle s’affichait à 75€. Six mois plus tard ? 130€ à 140€, soit une hausse de 73 %. Un bond qui semble presque raisonnable face à la Crucial P3 Plus : ce SSD entrée de gamme, vendu 60€ l’été dernier, frôle désormais les 160€ – un triplement de prix en quelques mois.
Même les modèles milieu de gamme ne sont pas épargnés. La WD_BLACK SN7100, prisée des gamers, est passée de 70€ à 130€ (+85 %), tandis que la Kingston KC3000 a vu son tarif grimper de 60 % en un trimestre. "Les soldes ? Une blague. Les réductions affichées sont calculées sur des prix déjà gonflés de 20 %", dénonce un revendeur lyonnais.
Conséquence directe : les configurations PC "abordables" deviennent un luxe. Un PC gaming à 800€ en 2023 coûte aujourd’hui 1 200€ à performances égales – quand les composants sont disponibles. "On a des clients qui reportent leurs achats depuis 6 mois, en espérant une baisse. Ils vont attendre longtemps", prédit un assembleur parisien.
"On revient aux années 2010" : le grand retour (forcé) du matériel ancien
Face à l’explosion des tarifs, une partie des consommateurs a trouvé une solution… dans le passé. Les ventes de barrettes DDR3 (sorties en 2007) ont bondi de 120 % en trois mois, selon les données de eBay, Leboncoin et LDLC. Même engouement pour les processeurs Core 2 Duo (2006) et Phenom II (2009), dont les prix flambent sur le marché de l’occasion.
"Un client a monté un PC avec un Xeon L5420 de 2008 juste pour jouer à des jeux rétro… et il a payé 300€ de moins qu’une config Ryzen 5 actuelle", raconte un vendeur. Absurde ? Pas tant que ça. En janvier 2026, 16 Go de DDR4 coûtent plus cher que 32 Go de DDR3 en 2020. Certains vont même jusqu’à ressusciter des SSD SATA de 2015, moins performants mais trois fois moins chers que leurs équivalents NVMe.
Les assembleurs surfent sur la tendance. Des boutiques comme TopAchat ou Materiel.net proposent désormais des "kits de survie" : cartes mères d’occasion + SSD SATA + DDR3, le tout pour moins de 200€. "C’est du bricolage, mais ça permet de tenir en attendant des jours meilleurs", explique un technicien. Une solution qui rappelle étrangement… les années 2010, quand le PC gaming était encore un hobby de niche.
Pourquoi cette crise va durer (et comment les marques en profitent)
Derrière cette pénurie, un mot : l’IA. Les géants comme Nvidia, Microsoft ou Google accaparent les stocks de puces NAND pour leurs data centers, laissant les particuliers sans alternatives. "Un centre de données consomme autant de stockage que 10 000 PC gamers. Qui pensez-vous que les fabricants vont privilégier ?", lance un cadre de Micron.
Résultat : les marques augmentent leurs marges sans scrupule. La Samsung 990 PRO, par exemple, voit son prix passer de 120€ à 180€… alors que son coût de production n’a augmenté que de 15 %. "C’est de l’opportunisme pur. Ils savent qu’on n’a pas le choix", s’agace un client sur Reddit.
Et la situation ne devrait pas s’améliorer avant 2027. Les usines tournent à plein régime, mais la demande dépasse l’offre. "Même si on double la production demain, il faudra 18 mois pour rattraper le retard", estime un analyste de Counterpoint Research. En attendant, les joueurs et assembleurs n’ont qu’une option : payer plus cher… ou revenir en arrière.
Le paradoxe du marché : quand le neuf devient plus cher que l’occasion
Ironie de la situation : en 2026, un PC neuf coûte plus cher qu’un PC d’occasion haut de gamme. Un Ryzen 7 5800X + 32 Go de DDR4 + SSD NVMe 1 To revient aujourd’hui à 900€… contre 700€ pour un i7-10700K + 32 Go de DDR4 + SSD SATA 1 To en occasion. "C’est la première fois que je vois ça en 15 ans de métier", s’étonne un revendeur.
Certains vont même plus loin. Des plateformes comme Backmarket ou Cash Express voient affluer des PC de bureau des années 2010, remisés à neuf avec des composants recyclés. "On vend des tours avec des Core i5-3470 (2012) et des GTX 1050 Ti à des gamers qui veulent juste jouer à Fortnite en 1080p. Et ça marche !", explique un responsable.
Une tendance qui pose question : et si cette crise accélérait l’adoption du reconditionné ? "Les gens réalisent que du matériel de 10 ans peut encore tenir la route. Ça pourrait changer durablement leurs habitudes d’achat", analyse un expert. Une lueur d’espoir dans un marché par ailleurs bien sombre.

