Il y a 67 jours
Star Entertainment : McCann démissionne, Bally’s tente un sauvetage audacieux à 300 millions de dollars
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Un géant australien des casinos en pleine tourmente change de mains
Alors que Star Entertainment Group traverse sa pire crise financière, son PDG Steve McCann annonce son départ pour décembre 2025. Dans le même temps, le groupe américain Bally’s Corporation finalise un rachat à 300 millions de dollars, sous l’œil vigilant des régulateurs australiens. Une opération risquée, mais qui redonne un souffle à l’action (+22 %), malgré des pertes records et des défis colossaux en matière de conformité.
A retenir :
- Steve McCann quitte Star Entertainment le 16 décembre 2025, après un mandat marqué par des pertes historiques (-471,5 M$) et un effondrement boursier (-98 % depuis 2018).
- Bally’s Corporation rachète Star pour 300 M$, sous conditions strictes des régulateurs (NICC), exigeant des progrès en gouvernance et lutte anti-blanchiment.
- L’action de Star bondit de +22 % après l’annonce, malgré un exercice 2025 désastreux (-29 % de revenus, 1,19 Md$ de chiffre d’affaires).
- Bruce Mathieson Jr. assure une transition temporaire, tandis que McCann reste consultable jusqu’en juillet 2026 pour les dossiers sensibles.
- Le succès du rachat dépendra de la capacité de Bally’s à redresser Star, dans un secteur où les fusions (ex. Crown Resorts par Blackstone) ont souvent buté sur des réalités locales.
- Un héritage lourd pour Bally’s : endettement chronique, régulateurs en alerte maximale et des attentes élevées en matière de remédiation.
Un départ symbolique en pleine tempête financière
Steve McCann, PDG de Star Entertainment Group, quittera officiellement ses fonctions le 16 décembre 2025, mettant fin à un mandat de trois ans marqué par des turbulences sans précédent. Son arrivée en 2022 coïncidait avec l’une des pires crises de l’histoire du groupe australien, alors empêtré dans des scandales de gouvernance, des amendes record pour manquement à la lutte anti-blanchiment, et une hémorragie financière sans précédent. Sous sa direction, Star a perdu 471,5 millions de dollars en 2025 (soit 351,9 M£), tandis que son chiffre d’affaires s’effondrait de 29 % pour atteindre 1,19 milliard de dollars. Pire encore, l’action du groupe a chuté de 50 % sur les 12 derniers mois, et de 98 % depuis 2018, réduisant à néant la confiance des investisseurs.
Pourtant, McCann n’a pas chômé. Malgré des résultats catastrophiques, il a lancé un plan de restructuration financière ambitieux, négocié avec les créanciers, et avancé sur les exigences des régulateurs. Son départ, annoncé alors que le rachat par Bally’s Corporation se concrétise, semble presque un soulagement. Comme il l’a confié en interne : *« Nous avons évité le pire, mais le chemin vers la stabilité reste long. »* Un aveu qui résume l’ampleur des défis laissés à son successeur.
Ironie du sort, c’est précisément ce rachat qui offre une lueur d’espoir. L’annonce de l’approbation réglementaire a fait bondir l’action de +22 %, preuve que les marchés croient – encore – en un rebond. McCann, lui, ne part pas tout à fait : il restera consultant jusqu’en juillet 2026 pour accompagner la transition sur les dossiers les plus sensibles. Une période charnière, où chaque décision pourrait faire basculer Star vers la reprise… ou l’abîme.
Un rachat sous haute surveillance : les conditions drastiques des régulateurs
Le feu vert des autorités n’a pas été une formalité. La NSW Independent Casino Commission (NICC), ainsi que les régulateurs du Queensland, ont imposé à Bally’s un cahier des charges strict, presque humiliant pour le géant australien. Parmi les exigences :
- La poursuite intégrale des mesures correctives initiées sous McCann, notamment en matière de lutte anti-blanchiment et de gouvernance.
- Un plan de remédiation accéléré, avec des rapports trimestriels détaillés sur les progrès réalisés.
- L’intégration de représentants de Bally’s au conseil d’administration, mais sous réserve de validation par la NICC.
- Le maintien des emplois en Australie, une condition politique non négligeable dans un contexte de tensions sociales.
Pour Soo Kim, PDG de Bally’s, ces contraintes sont un mal nécessaire : *« Nous comprenons les attentes des régulateurs australiens. Notre priorité est de rétablir la confiance, tout en créant de la valeur pour nos actionnaires. »* Un équilibre délicat, quand on sait que Star sort d’une année noire, avec des pertes nettes de 471,5 millions de dollars et une réputation en lambeaux. D’autant que la NICC n’hésite pas à frapper fort : en 2023, elle avait infligé à Star une amende de 100 millions de dollars australiens pour manquement à ses obligations, un record dans le secteur.
Le rachat de 300 millions de dollars (223 M£) permet à Bally’s de convertir sa dette en capital et de prendre le contrôle opérationnel. Mais ce montant, aussi conséquent soit-il, ne représente qu’une partie de la solution. Pour redresser Star, il faudra bien plus : une injection de liquidités supplémentaire, une restructuration profonde des activités (notamment ses casinos de Sydney, Brisbane et la Gold Coast), et surtout, une réconciliation avec les autorités, qui observent chaque mouvement avec méfiance.
Bally’s : un sauveur ou un nouveau joueur dans un jeu dangereux ?
Avec ce rachat, Bally’s Corporation s’offre une porte d’entrée majeure sur le marché australien, où il était déjà présent via sa filiale Sportsbet, leader des paris sportifs en ligne. Mais s’attaquer à Star Entertainment, c’est aussi hériter d’un passif toxique : dettes abyssales, régulateurs intrusifs, et une concurrence féroce (notamment de la part de Crown Resorts, racheté par Blackstone en 2022).
Pourtant, Bally’s a des atouts. Le groupe américain, coté au NYSE, possède une expérience avérée dans la gestion de casinos (il opère notamment le Bally’s Atlantic City et le Tropicana Las Vegas) et une trésorerie solide, avec un chiffre d’affaires annuel dépassant les 2 milliards de dollars. Son PDG, Soo Kim, est connu pour ses coups audacieux – comme le rachat de Gamesys en 2021 pour 2,7 milliards de dollars, une opération qui a dopé sa présence en Europe.
Mais l’Australie n’est pas les États-Unis. Les régulateurs locaux, comme la NICC, sont réputés pour leur intransigeance, et les scandales récents (notamment ceux ayant touché Crown Resorts) ont renforcé leur méfiance. *« Bally’s devra prouver qu’il peut faire mieux que ses prédécesseurs »*, avertit Tim Costello, expert en conformité pour le secteur des jeux. *« En Australie, les erreurs se paient cash – et cher. »*
Un exemple ? La commission Bergin, enquête indépendante menée en 2021, avait révélé des liens troubles entre Star Entertainment et des organisations criminelles, ainsi que des manquements graves en matière de lutte contre le blanchiment. Résultat : des amendes records, une surveillance accrue, et une perte de licence temporaire pour le casino de Sydney. Bally’s devra éviter à tout prix un nouveau scandale, sous peine de voir son investissement partir en fumée.
Transition sous tension : Mathieson Jr. aux commandes, McCann en coulisses
En attendant la prise de contrôle totale de Bally’s, c’est Bruce Mathieson Jr., actuel président de Star, qui assurera la transition en tant que PDG intérimaire. Une nomination stratégique : Mathieson, fils du magnat des jeux Bruce Mathieson Sr., connaît le secteur australien comme sa poche. *« Nous avons six mois pour stabiliser le navire avant que Bally’s ne prenne les rênes »*, a-t-il déclaré. *« Chaque décision comptera. »*
Son premier défi ? Apaiser les régulateurs. La NICC a déjà prévenu : elle surveillera de près les moindres mouvements, des embauches aux investissements. *« Nous ne tolérerons aucun recul en matière de conformité »*, a martelé Philip Crawford, son commissaire en chef. Un avertissement clair, alors que Star doit encore payer une amende de 60 millions de dollars australiens pour des manquements passés.
Dans l’ombre, Steve McCann restera disponible jusqu’en juillet 2026 pour conseiller sur les dossiers les plus épineux. Une présence discrète mais cruciale, car c’est lui qui a négocié les accords avec les créanciers et lancé les premières réformes. *« Steve a une connaissance intime des dossiers sensibles »*, confie un proche du dossier. *« Sans lui, la transition serait bien plus risquée. »*
Pour les employés de Star, cette période d’incertitude est angoissante. *« On nous dit que les emplois sont sauvegardés, mais personne ne sait ce que Bally’s a vraiment en tête »*, confie un cadre sous couvert d’anonymat. *« Après des années de restrictions et de plans sociaux, le moral est au plus bas. »* Un climat que Bally’s devra rapidement améliorer, sous peine de voir les talents fuir vers la concurrence.
Un pari risqué : les leçons (douloureuses) du rachat de Crown Resorts
L’histoire récente du secteur devrait donner des sueurs froides à Bally’s. En 2022, le fonds américain Blackstone rachetait Crown Resorts, autre géant australien des casinos, pour 8,9 milliards de dollars australiens. Un deal présenté comme un sauvetage… qui s’est transformé en cauchemar.
Dès la prise de contrôle, Blackstone a dû faire face à :
- Des retards dans les approbations réglementaires, notamment en Nouvelle-Galles du Sud.
- Des coûts de conformité explosifs, avec des audits et des réformes imposées par les autorités.
- Une chute de fréquentation dans ses casinos, en partie due à la réputation sulfureuse de Crown.
- Des conflits avec les syndicats, opposés aux restructurations prévues.
*« Bally’s doit tirer les leçons de cet échec »*, estime Mark Jones, analyste chez Regulus Partners. *« En Australie, les régulateurs ne plaisantent pas. Si Star ne montre pas des progrès rapides, Bally’s pourrait se retrouver avec un actif toxique sur les bras. »*
Pour éviter ce scénario, Bally’s mise sur une stratégie en trois étapes :
- Stabiliser la conformité : répondre aux exigences de la NICC dans les délais, avec des audits externes réguliers.
- Relancer l’activité : moderniser les casinos (notamment celui de Sydney, vieillissant) et développer des partenariats avec des acteurs locaux.
- Intégrer les synergies : utiliser l’expertise de Sportsbet pour attirer une clientèle plus jeune et digitale.
*« Nous ne sous-estimons pas l’ampleur de la tâche »*, reconnaît un porte-parole de Bally’s. *« Mais nous avons les ressources et l’expérience pour réussir. »* Reste à convaincre les marchés – et surtout, les régulateurs.
Derrière les chiffres : les enjeux humains d’un rachat sous tension
Au-delà des bilans financiers et des stratégies d’entreprise, ce rachat a un visage humain. Pour les 8 000 employés de Star Entertainment, dispersés entre Sydney, Brisbane et la Gold Coast, l’incertitude est palpable.
« J’ai 22 ans de maison, et là, on nous parle de "synergies" et de "restructuration" », confie Lisa*, une caissière du casino de Brisbane. *« Est-ce que ça veut dire des licenciements ? Personne ne nous dit la vérité. »*
Du côté des clients, la méfiance est aussi de mise. *« Star a une réputation de casino pour riches et peu scrupuleux »*, lance David*, un joueur régulier. *« Si Bally’s veut nous faire revenir, il faudra plus que des promotions. »*
Pour Soo Kim, le défi est autant économique qu’humain. *« Nous devons redonner confiance, aux employés comme aux clients »*, a-t-il déclaré lors d’une réunion interne. *« Cela passera par la transparence, et par des actes concrets. »*
Un discours qui rappelle étrangement celui de Steve McCann en 2022. À l’époque, le PDG promettait une *« nouvelle ère »* pour Star. Trois ans plus tard, le groupe est au bord du gouffre, et c’est un autre géant américain qui tente de le sauver. La question reste entière : Bally’s parviendra-t-il là où McCann a échoué ?

