Il y a 71 jours
"The Abandons" : Le Western audacieux de Netflix qui divise la critique mais conquiert 7M de spectateurs !
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Un Western qui défie les attentes
The Abandons, la nouvelle série Netflix créée par Kurt Sutter (Sons of Anarchy), crée la surprise : malgré des critiques cinglantes (30 % sur Rotten Tomatoes), elle séduit 7,6 millions de spectateurs en deux semaines, talonnant des mastodontes comme Stranger Things. Portée par un duo d’actrices stars – Lena Headey (Game of Thrones) et Gillian Anderson (Akte X) – cette plongée dans l’Ouest sauvage de 1850 relance un genre en perte de vitesse. Entre rivalité familiale, décors grandioses et scénario controversé, la série interroge : le Western a-t-il encore sa place à l’ère du streaming ?
A retenir :
- Succès inattendu : 7,6 millions de vues en semaine 2, malgré un score critique de 30 % sur Rotten Tomatoes.
- Duo explosif : Lena Headey (Fiona Nolan) vs Gillian Anderson (Constance Van Ness), deux matriarches en guerre pour un territoire.
- Un genre en sursis ? Premier Western majeur depuis Yellowstone (2018), la série relance le débat sur l’avenir des récits d’aventure historiques.
- Stratégie Netflix : L’algorithme prime sur les notes, comme pour Emily in Paris – mais le public suivra-t-il sur la durée ?
- Décors et ambition : Tournée dans des paysages arides du Nouveau-Mexique, la série mise sur une esthétique brute et des thèmes universels (famille, pouvoir, survie).
Un Western "hors-la-loi" qui bouscule les codes
Le 4 décembre 2025, Netflix lance The Abandons, une série en sept épisodes (35 à 52 min) qui ose ressusciter un genre presque disparu des radars : le Western. À contre-courant des productions fantaisistes ou futuristes qui dominent les plateformes, Kurt Sutter – le créateur de Sons of Anarchy – choisit de planter son récit dans l’Oregon de 1850, une terre de conflits où deux femmes se disputent un territoire et un héritage. Lena Headey, inoubliable Cersei Lannister dans Game of Thrones, incarne Fiona Nolan, une rancher au caractère bien trempé. Face à elle, Gillian Anderson (l’iconique Dana Scully d’Akte X) campe Constance Van Ness, une matriarche impitoyable prête à tout pour étendre son empire.
Dès les premières images, le ton est donné : des paysages arides filmés comme des personnages à part entière, des duels verbaux aussi tendus que des affrontements armés, et une violence crue qui rappelle les grands classiques du genre, de Il était une fois dans l’Ouest à Deadwood. Pourtant, ce qui frappe, c’est l’audace narrative : Sutter replace les femmes au cœur d’un univers traditionnellement masculin, et explore des thèmes comme l’adoption, la trahison familiale, ou encore la reconstruction après un deuil. Un pari risqué, mais qui paie en termes d’originalité – même si tous les critiques ne sont pas convaincus.
"Un désastre critique, un triomphe public" : le paradoxe Netflix
Voilà un cas d’école qui illustre la stratégie algorithmique de Netflix : The Abandons cumule 7,3 millions de vues dès sa première semaine (puis 7,6 millions en semaine 2), tout en essuyant un score catastrophique de 30 % sur Rotten Tomatoes (basé sur 40 critiques professionnelles). Les reproches ? Un "scénario prévisible", des "personnages sous-développés" malgré les performances des actrices, et une "rythme inégal". Pourtant, côté public, le score grimpe à 51 % – un écart qui interroge.
Comment expliquer ce décalage ? Plusieurs hypothèses :
- L’effet "casting star" : Les fans de Headey et Anderson suivent par fidélité, indépendamment des critiques.
- La nostalgie du Western : Un public mature, en quête de récits historiques et immersifs, comble un vide laissé par l’absence de nouvelles productions du genre.
- L’algorithme Netflix : La plateforme pousse la série vers des viewers ciblés (amateurs de dramas historiques ou de sagas familiales), créant un engouement artificiel mais réel.
Ce phénomène n’est pas nouveau : Emily in Paris (critiquée mais regardée) ou The Witcher (divisif mais populaire) prouvent que Netflix mise davantage sur l’audience que sur les notes. Reste une question : ce succès suffira-t-il à assurer une saison 2 ? Les coûts de production (tournage en extérieur, effets spéciaux pour les scènes d’action) pourraient freiner la décision, malgré les chiffres encourageants.
1850, l’Ouest sauvage… et les coulisses d’un tournage épique
Pour recréer l’atmosphère de l’Oregon des années 1850, l’équipe de The Abandons a choisi le Nouveau-Mexique, ses déserts ocres et ses villages fantômes. Un décor naturel qui a imposé des conditions de tournage extrêmes : températures oscillant entre -5°C le matin et 30°C l’après-midi, vents violents, et une logistique complexe pour les scènes de cavalcade. Lena Headey, habituée aux plateaux high-tech de Game of Thrones, a confié en interview : "Tourner à cheval, sous une chaleur étouffante, avec des costumes en laine… C’était un retour à l’essentiel. On avait l’impression de vivre ce que nos personnages enduraient."
Autre défi : l’authenticité historique. Kurt Sutter a collaboré avec des historiens spécialisés dans la conquête de l’Ouest pour éviter les anachronismes, des armes aux dialogues. Pourtant, certaines libertés ont été prises, comme la présence de femmes indépendantes et influentes – une réalité rare à l’époque, mais qui sert le propos féministe de la série. "Nous voulions montrer des héroïnes complexes, ni tout à fait bonnes ni tout à fait mauvaises, comme le Western l’a rarement fait"*, explique Sutter.
Côté budget, Netflix aurait investi près de 8 millions de dollars par épisode, un montant élevé pour une série sans franchise derrière elle. Un pari osé, justifié par la volonté de relancer le genre avec une production cinématographique, entre plans larges à couper le souffle et séquences d’action chorégraphiées comme au cinéma.
Le Western est-il de retour ? Entre espoirs et scepticisme
Depuis Yellowstone (2018) et ses spin-offs (1883, 1923), le Western semblait cantonné aux chaînes câblées (Paramount Network) ou aux projets confidentiels. The Abandons prouve qu’il y a encore un public pour des récits d’aventure historiques, à condition de les moderniser. Plusieurs éléments jouent en sa faveur :
- Un mélange des genres : Le Western se teinte de drama familial (à la Succession) et de thriller psychologique.
- Des enjeux universels : La lutte pour la terre, la construction d’une famille, la survie dans un monde hostile résonnent avec les crises contemporaines (réchauffement climatique, migrations).
- Une esthétique intemporelle : Les paysages grandioses et les costumes travaillés offrent une évasion visuelle rare à l’ère des séries urbaines.
Pourtant, les sceptiques restent nombreux. Martin Scorsese, grand amateur de Westerns, a déclaré dans une interview au New Yorker : "Le genre a besoin de plus qu’un bon casting et de beaux décors. Il lui faut une mythologie forte, comme Il était une fois dans l’Ouest ou Django. The Abandons a des qualités, mais manque peut-être de cette dimension épique." Un avis partagé par une partie des fans, qui regrettent un manque de profondeur philosophique comparé aux chefs-d’œuvre du passé.
Netflix, de son côté, observe les chiffres avec attention. Si la série maintient son audience dans les semaines à venir, un renouvellement est probable – avec peut-être un ajustement du scénario pour répondre aux critiques. En attendant, The Abandons aura au moins accompli une chose : remettre le Western sur la carte, ne serait-ce que le temps d’une saison.
Et maintenant ? Le destin de Fiona et Constance entre les mains des viewers
La fin de la saison 1 laisse les deux héroïnes dos à dos, après un affrontement sanglant qui coûte la vie à un personnage clé (non, nous ne spoilerons pas !). Les dernières images, tournées dans une lumière crépusculaire, suggèrent une guerre totale pour la saison 2 – si elle voit le jour. Kurt Sutter a d’ores et déjà évoqué des "retours inattendus" et une "exploration des origines de Fiona, mais tout dépendra des données Netflix, gardées secrètes.
En attendant, les fans spéculent. Certains imaginent un crossover avec Yellowstone (improbable, mais le rêve est permis), d’autres un spin-off centré sur les enfants adoptifs de Fiona. Une chose est sûre : The Abandons a créé un débat passionné, et c’est déjà une victoire pour un genre trop souvent ignoré. Comme le résume Gillian Anderson : "Si cette série permet à ne serait-ce que 10 % des viewers de redécouvrir le Western, alors nous aurons gagné."
The Abandons est bien plus qu’une simple série : c’est un test grandeur nature pour le Western à l’ère du streaming. Entre succès d’audience et échec critique, elle prouve qu’un genre considéré comme moribond peut encore faire vibrer, à condition d’oser le mélanger avec des thèmes modernes et un casting bankable. Son avenir dépendra des choix de Netflix – mais une chose est certaine : elle a déjà marqué l’histoire récente des séries, ne serait-ce que par son audace.
Reste une question, lancinante : et si le vrai Western de demain était hybride ? Un mélange de drama psychologique, de fiction historique, et de thriller politique, le tout porté par des actrices charismatiques ? The Abandons ouvre la voie… à suivre de près.

