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Ubisoft annule 6 jeux, dont le remake de **Prince of Persia: The Sands of Time** – Voici pourquoi cette décision marque un tournant stratégique
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Il y a 40 jours

Ubisoft annule 6 jeux, dont le remake de **Prince of Persia: The Sands of Time** – Voici pourquoi cette décision marque un tournant stratégique

Pourquoi Ubisoft abandonne-t-il des projets comme Prince of Persia: The Sands of Time ? Décryptage d’une restructuration audacieuse, entre recentrage sur les licences phares et marginalisation des franchises secondaires.

A retenir :

  • Prince of Persia: The Sands of Time Remake annulé après 5 ans de développement : Ubisoft invoque des "standards de qualité irréprochables", mais les joueurs y voient un abandon de plus.
  • 6 projets abandonnés, 7 reportés : une stratégie radicale pour privilégier Assassin’s Creed, Far Cry et le casual gaming, au détriment de l’innovation.
  • Cinq "maisons créatives" autonomes : un modèle inspiré des indés, mais appliqué à un géant – avec le risque de sacrifier des licences comme Rayman ou Might and Magic.
  • Beyond Good and Evil 2, en développement depuis 2008, échappe (de justesse) à l’annulation – un symbole de l’incertitude qui plane sur les projets ambitieux.
  • Le mobile et le casual (Just Dance, Uno) restent prioritaires, malgré l’échec d’un titre non divulgué. Une logique de rentabilité qui interroge.

Un remake mythique sacrifié : quand la qualité devient un prétexte

C’était l’un des remakes les plus attendus de ces dernières années. Prince of Persia: The Sands of Time, annoncé en 2020, devait offrir une cure de jouvence à un chef-d’œuvre de 2003, célèbre pour ses enchaînements d’acrobaties fluides et son récit envoûtant, porté par la voix de Yuri Lowenthal (le Prince) et une bande-son inoubliable. Pourtant, après cinq ans de développement, des reports à répétition et des rumeurs de difficultés techniques, Ubisoft a officiellement enterré le projet. Motif officiel : le jeu ne répondait plus aux « standards de qualité renforcés » du studio.

Une explication qui laisse sceptique. Des sources internes, rapportées par Bloomberg et Kotaku, évoquent plutôt des désaccords créatifs, un manque de ressources, et une direction artistique changeante. Certains développeurs auraient même travaillé sur des versions radicalement différentes du jeu, sans ligne claire. Résultat ? Un gâchis créatif et financier, et une communauté de fans exaspérée. Sur les réseaux, les réactions fusent : « Ils annulent un remake parce qu’il n’est pas assez bon, mais ils sortent des Assassin’s Creed chaque année avec les mêmes bugs… », ironise un joueur sur Reddit.

Pire : cette annulation s’inscrit dans une série noire. En 2022, c’était Skull & Bones qui accumulait les retards avant de sortir dans l’indifférence générale. En 2021, Ghost Recon Frontline était purement et simplement annulé après un accueil désastreux en test. Cette fois, c’est un classique qui trinque. Un symbole fort : Ubisoft préfère-t-il désormais jouer la sécurité plutôt que de prendre des risques créatifs ?


Six jeux annulés, sept reportés : la grande purge d’Ubisoft

Le remake de Prince of Persia n’est pas le seul à payer les pots cassés. Dans un communiqué interne révélé par Axios, Ubisoft confirme l’annulation de cinq autres projets (dont quatre inédits et un mobile), ainsi que le report de sept jeux, dont un initialement prévu pour 2026. Une hécatombe qui s’explique par une nouvelle doctrine : « priorisation renforcée » et « focalisation sur les franchises à haut potentiel ».

Traduction : Ubisoft mise tout sur les valeurs sûres. Assassin’s Creed (avec pas moins de trois jeux en développement), Far Cry, Rainbow Six, et le casual gaming (Just Dance, Uno, Rabbids) deviennent les piliers du groupe. À l’inverse, les nouvelles licences et les projets audacieux sont systématiquement écartés. Une logique compréhensible sur le papier – après tout, Assassin’s Creed Valhalla a généré plus de 1 milliard de dollars – mais qui pose question.

Car cette stratégie a un coût : celui de l’innovation. En 2023, Ubisoft Montpellier (à l’origine de Rayman Legends) a vu ses effectifs réduits, et des rumeurs persistent sur l’avenir de Might and Magic. « On nous demande de faire du ‘safe’, mais c’est comme ça qu’on tue la créativité », confiait un développeur sous couvert d’anonymat à JeuxVideo.com. Un constat amer, alors que des studios comme FromSoftware (avec Elden Ring) ou Santa Monica (God of War Ragnarök) prouvent que l’audace paie.


Les cinq maisons créatives : une révolution… ou un pari dangereux ?

Pour justifier cette restructuration, Ubisoft a dévoilé un nouveau modèle organisationnel : cinq « maisons créatives », chacune dédiée à un type de jeu et dotée d’une autonomie financière. Voici comment elles se répartissent :

1. La maison "Blockbuster" (Assassin’s Creed, Far Cry, Rainbow Six) : la chouchoute. Avec des budgets colossaux et une priorité absolue.
2. La maison "Narrative & Adventure" (Beyond Good and Evil, Prince of Persia) : en sursis. Beyond Good and Evil 2, en développement depuis 2008, a frôlé l’annulation avant d’être sauvé in extremis.
3. La maison "Casual & Mobile" (Just Dance, Uno, Rabbids) : rentable mais peu prestigieuse. Un secteur en croissance, malgré l’échec récent d’un projet mobile non nommé.
4. La maison "Innovation & Nouveaux Talents" : la grande perdante. Les nouvelles licences y sont développées… avant d’être souvent abandonnées.
5. La maison "Live & Services" (The Division, Ghost Recon) : les jeux en ligne à long terme, avec un modèle économique basé sur les microtransactions.

Sur le papier, cette décentralisation rappelle le fonctionnement des studios indépendants, où chaque équipe a une liberté créative et une responsabilité financière. Mais appliqué à un géant comme Ubisoft, le modèle comporte des risques majeurs. D’abord, celui d’une inégalité criante entre les maisons : celle d’Assassin’s Creed bénéficiera toujours de moyens colossaux, tandis que Rayman ou Might and Magic devront se battre pour exister.

Ensuite, celui d’une course à la rentabilité immédiate. « Avant, on avait le temps de peaufiner un jeu. Maintenant, si les premiers tests ne sont pas concluants, le projet est annulé », explique un ancien d’Ubisoft Paris. Résultat : des licences historiques, comme Splinter Cell (dont le remake traîne depuis 2021), pourraient bien disparaître des radars.


Beyond Good and Evil 2 : le survivant miracle d’une ère révolue

Dans ce paysage morose, un jeu fait figure d’exception : Beyond Good and Evil 2. Annoncé pour la première fois en… 2008, ce projet a survécu à des années de développement chaotique, des changements d’équipe, et même à une annulation frôlée en 2023. Aujourd’hui, il est l’un des rares titres "non-blockbuster" à encore bénéficier d’un soutien (minimal) de la part d’Ubisoft.

Pourquoi un tel traitement de faveur ? Parce que Beyond Good and Evil (le premier opus, sorti en 2003) est devenu un jeu culte, porté par une communauté ultra-fidèle et des figures comme Michel Ancel, son créateur. Ubisoft ne peut se permettre de l’abandonner sans risquer un tollé. Pourtant, les joueurs s’interrogent : après 16 ans de développement, le jeu pourra-t-il tenir ses promesses ? Les dernières fuites évoquent un titre ambitieux, mêlant exploration spatiale et narration profonde, mais aussi des problèmes techniques récurrents.

« Si BGE2 sort un jour, ce sera un miracle. Mais même si c’est le cas, est-ce qu’Ubisoft lui donnera les moyens de ses ambitions ? », s’interroge Julien Chièze, journaliste spécialisé. Une question qui résume les craintes autour de cette nouvelle stratégie : et si, en cherchant à tout contrôler, Ubisoft étouffait ses propres pépites ?


Casual gaming et mobile : le pari risqué d’Ubisoft

Parmi les survivants de cette restructuration, une catégorie se distingue : le casual gaming. Just Dance, Uno, Rabbids… Ces licences, souvent moquées par les "hardcore gamers", génèrent pourtant des revenus stables et réguliers. Preuve en est : Just Dance 2023 s’est écoulé à plus de 3 millions d’exemplaires, malgré une concurrence féroce (comme Fortnite et ses concerts virtuels).

Pourtant, même ici, les choses ne sont pas simples. Ubisoft a récemment annulé un projet mobile non divulgué, preuve que le secteur n’est pas à l’abri des échecs. « Le mobile, c’est un marché impitoyable. Soit tu cartonnes dès le lancement, soit tu disparais », analyse Thomas Bidaux, expert en économie du jeu vidéo. Avec des géants comme Tencent ou Supercell qui dominent le secteur, Ubisoft peut-il vraiment rivaliser ?

La réponse semble être : oui, mais à petit prix. Les jeux mobiles d’Ubisoft misent sur des mécaniques simples, des mises à jour fréquentes, et des collaborations (comme Uno avec Fortnite). Une stratégie low-risk, low-reward, qui contraste avec l’audace des années 2000, quand Ubisoft osait des titres comme I Am Alive ou From Dust.

Reste une question : en se recentrant sur le casual et les blockbusters, Ubisoft ne risque-t-il pas de perdre son âme ? Celle qui, il y a vingt ans, faisait d’elle un studio innovant, capable de surprendre avec des jeux comme Prince of Persia ou Beyond Good and Evil ?

La décision d’Ubisoft d’annuler Prince of Persia: The Sands of Time Remake et cinq autres projets marque un tournant. Non pas parce que ces jeux étaient voués à l’échec, mais parce qu’ils symbolisent une époque révolue : celle où Ubisoft osait prendre des risques. Aujourd’hui, le géant français mise sur un modèle hybride, entre autonomie créative et rentabilité impitoyable.

Les joueurs auront-ils le dernier mot ? Les réactions sur les réseaux montrent un mélange de colère et de résignation. Certains appellent au boycott, d’autres espèrent encore un retournement de situation pour Beyond Good and Evil 2 ou Splinter Cell. Une chose est sûre : Ubisoft joue gros. Si ses blockbusters continuent de performer, la stratégie sera validée. Dans le cas contraire, c’est toute une génération de joueurs qui pourrait se détourner… vers des studios plus audacieux.

En attendant, une question persiste : et si, en cherchant à tout contrôler, Ubisoft avait simplement oublié ce qui fait battre le cœur des gamers – l’émotion, la surprise, l’aventure ?

L'Avis de la rédaction
Par Nakmen
Ubisoft annule Prince of Persia comme on ferme un Final Fantasy parce que "trop complexe" , alors que Assassin’s Creed sort avec des bugs plus gros qu’un Chrono Trigger mal optimisé. Le problème ? Ils préfèrent des licences qui vendent comme des Pokémon en boîte plutôt que des pépites qui font rêver comme un Metal Gear Solid des années 90. Dommage, parce qu’un remake de PoP aurait pu être leur Shadow of the Colossus , un chef-d’œuvre qui divise, mais qui marque à vie.
Article rédigé par SkimAI
Révisé et complété par Nakmen