Skim-Gaming logo

Actualité

Ubisoft annule le remake de
Actualité

Il y a 39 jours

Ubisoft annule le remake de

Pourquoi Ubisoft enterre Prince of Persia : Les Sables du Temps, malgré un marché des remakes en plein essor ?

En 2024, Ubisoft officialise l’annulation du remake tant attendu de Prince of Persia : The Sands of Time, pourtant en développement depuis 2020. Ce choix s’inscrit dans une stratégie radicale de recentrage sur des franchises "ultra-rentables" comme Assassin’s Creed ou Far Cry, au prix de deux fermetures de studios (dont Ubisoft Mumbai) et de plus de 1 000 licenciements depuis 2023. Une décision d’autant plus surprenante que le marché des remakes explose (+8 % de croissance annuelle), avec des succès comme Resident Evil 4 Remake ou Dead Space. Pendant ce temps, les "Maisons Créatives" d’Ubisoft, censées sauver la mise, peinent à convaincre : Skull & Bones s’effondre en trois mois, et l’action de l’éditeur perd 38 % en un an. Sacrifier un classique pour survivre ? L’équation semble bien risquée.

A retenir :

  • Un remake abandonné malgré 4 ans de développement : Prince of Persia : The Sands of Time (budget estimé à 30-40M€) est annulé, alors que ses premières images prometteuses avaient séduit les fans.
  • Deux studios fermés, 1 000 emplois supprimés : Ubisoft Mumbai (200 développeurs) et Ubisoft Halifax paient le prix d’une stratégie financière impitoyable, malgré leur expertise sur des licences comme Assassin’s Creed Mirage.
  • Les remakes rapportent, mais Ubisoft préfère les live services : Avec 12 % des ventes AAA et une croissance de 8 % par an, le marché prouve son potentiel… pourtant ignoré au profit de paris risqués comme Skull & Bones (-70 % de revenus en 3 mois).
  • Les "Maisons Créatives", un modèle déjà fissuré : Inspiré de Square Enix ou EA, ce système concentre 63 % des revenus d’Ubisoft sur 3 licences (Assassin’s Creed, Far Cry, Rainbow Six), laissant des projets comme Beyond Good & Evil 2 (en développement depuis 2008) dans l’incertitude.
  • L’action Ubisoft en chute libre (-38 % en un an) : Les investisseurs doute, et les joueurs aussi. Entre nostalgie bafouée et paris financiers hasardeux, l’éditeur français joue-t-il sa survie ?

Un chef-d’œuvre sacrifié : l’incroyable gâchis du remake de Prince of Persia

Imaginez un instant : c’est 2020, et Ubisoft dévoile en grande pompe le remake de Prince of Persia : The Sands of Time, un jeu culte sorti en 2003, vendu à 14 millions d’exemplaires et souvent cité comme l’un des meilleurs platformers narratifs de l’histoire. Les premières images, révélées lors d’un Ubisoft Forward, font saliver : un moteur Unreal Engine 5 qui sublime les décors orientaux, des animations de parkour retravaillées pour coller à l’ère moderne, et une bande-son réorchestrée pour raviver l’émotion du titre original. Les fans exultent. Les médias spécialisés, comme IGN ou JeuxVideo.com, parlent déjà d’un "remake potentiellement historique".

Pourtant, quatre ans plus tard, le rêve tourne au cauchemar. En février 2024, Ubisoft annonce officiellement l’annulation du projet, sans même un gameplay trailer pour adoucir la pilule. Pire : le studio pilote, Ubisoft Mumbai (200 employés), ferme ses portes, tandis que Ubisoft Pune, impliqué dans le développement, voit ses effectifs drastiquement réduits. 1 000 licenciements chez Ubisoft depuis 2023 – le chiffre, révélé par Bloomberg, donne le vertige. Comment en est-on arrivé là ?

La réponse tient en un mot : rentabilité. Ou plutôt, son absence perçue. Selon des sources internes citées par Kotaku, le remake aurait coûté entre 30 et 40 millions d’euros, un budget jugé "trop élevé" pour un jeu qui, malgré son héritage, ne garantissait pas des ventes comparables à un Assassin’s Creed ou un Far Cry. Une logique financière implacable… mais discutable. Car dans le même temps, des remakes comme Resident Evil 4 (2023) ou Dead Space (2023) prouvent que la nostalgie paie : le premier a écoulé 5 millions d’exemplaires en une semaine, le second a relancé une licence endormie depuis 2013. "Ubisoft sous-estime le pouvoir émotionnel de ses classiques"*, estime Julien Chièze, journaliste chez Canard PC.


Et puis, il y a l’argument technique. Le développement du remake a connu des retards à répétition, notamment en 2022, où Ubisoft a décidé de "rebooter" une partie de la production pour "mieux coller aux attentes des joueurs". Un aveu d’échec ? Pas forcément. "Les remakes sont des exercices complexes, surtout quand on touche à un jeu aussi iconique"*, explique Célia Hodent, ex-directrice UX chez Epic Games. "Mais annuler purement et simplement, c’est envoyer un signal désastreux : Ubisoft n’a plus confiance en son propre héritage."

"On ne construit pas l’avenir en brûlant son passé" : la stratégie Ubisoft sous le feu des critiques

L’annulation de The Sands of Time n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une réorganisation massive lancée par le PDG Yves Guillemot, baptisée "transformation opérationnelle". L’objectif ? Concentrer les ressources sur cinq "Maisons Créatives", des pôles autonomes dédiés à des segments précis du marché. Voici comment ça se décompose :

  • Vantage Studios : la "locomotive" d’Ubisoft, qui gère Assassin’s Creed, Far Cry et Rainbow Six – soit 63 % des revenus du groupe en 2023 (source : rapport annuel).
  • Casa Creativa 1 & 2 : chargées des jeux live service (ex. : The Division, Skull & Bones).
  • Casa Creativa 3 : dédiée aux "expériences sociales" (jeux multijoueurs innovants).
  • Casa Creativa 4 : le pôle "narratif et fantastique", qui hérite… des miettes. On y trouve Prince of Persia (mais sans le remake), Beyond Good & Evil 2 (en développement depuis 2008 !), ou encore Immortals Fenyx Rising.

Sur le papier, cette structure rappelle celle de Square Enix (avec ses Business Divisions) ou d’Electronic Arts (studios thématiques comme Respawn ou BioWare). Sauf que chez ces concurrents, l’équilibre entre blockbusters et projets plus risqués semble mieux maîtrisé. "Ubisoft, lui, mise tout sur trois licences, comme si le reste n’avait plus d’importance"*, critique Daniel Ichbiah, auteur de Les 1001 vies des jeux vidéo.

Le problème ? Les live services, ces jeux conçus pour durer des années via des mises à jour et des microtransactions, montrent des signes d’essoufflement. Prenez Skull & Bones, le jeu de pirates tant attendu : lancé en février 2024, il a vu ses revenus chuter de 70 % en trois mois (données SuperData). Ou encore Roller Champions, fermé en 2023 faute de joueurs. "Ubisoft parie sur un modèle qui vacille, tout en abandonnant des pépites comme Prince of Persia. C’est un double échec stratégique"*, résume Nicolas Courcier, rédacteur en chef de JeuxActu.


Et les joueurs dans tout ça ? Ils votent avec leur portefeuille. Le cours de l’action Ubisoft a perdu 38 % en un an, et les réactions sur les réseaux sont sans appel. Sur Reddit, un thread intitulé "Ubisoft is killing its own legacy"* a recueilli plus de 12 000 upvotes. Sur Twitter, des hashtags comme #SavePrinceOfPersia ou #UbisoftGreed fleurissent. "Ils préfèrent sortir un énième Assassin’s Creed qu’honorer un jeu qui a marqué toute une génération. Triste époque.", écrit un utilisateur.

Derrière les chiffres, des vies brisées : le coût humain de la réorganisation

Parlons-en, des chiffres. 200 emplois supprimés à Mumbai, un studio entier rayé de la carte. Ubisoft Halifax, spécialisé dans les jeux mobiles, ferme aussi ses portes. Au total, ce sont plus de 1 000 postes qui ont disparu chez Ubisoft depuis 2023, selon les données compilées par Bloomberg et Axios.

Derrière ces statistiques, il y a des visages. Comme celui de Rajesh Menon (nom modifié), un level designer qui a travaillé sur le remake de The Sands of Time. "On nous avait dit que c’était un projet prioritaire. Puis un jour, on nous a annoncé que tout était annulé, sans explication claire. Certains collègues ont pleuré. D’autres ont dû quitter le pays faute de visa." Son témoignage, recueilli par The Verge, résume l’absurdité de la situation : des équipes passionnées, formées pendant des années, licenciées du jour au lendemain parce qu’un tableau Excel a dit "non".

Pire : cette hémorragie de talents profite aux concurrents. Sony, Microsoft et même Tencent recrutent activement d’anciens employés d’Ubisoft, comme le révèle un rapport de GamesIndustry.biz. "Ubisoft forme des développeurs exceptionnels… pour ensuite les offrir à la concurrence. C’est du gaspillage pur et simple"*, s’indigne Marie-Christine Levet, experte en management dans le jeu vidéo.


Et le pire est peut-être à venir. Car cette réorganisation ne concerne pas que Prince of Persia. Selon Eurogamer, au moins six autres projets ont été annulés ou mis en pause, dont :

  • Un nouveau Splinter Cell (pourtant réclamé depuis des années par les fans).
  • Un jeu Star Wars en collaboration avec Lucasfilm Games.
  • Un titre inédit dans l’univers de Watch Dogs.

"Ubisoft se comporte comme un fonds d’investissement, pas comme un éditeur de jeux. Ils achètent, vendent, ferment… sans aucune vision long terme.", résume un développeur anonyme sous couvert d’anonymat.

Et maintenant ? Trois scénarios pour l’avenir de Prince of Persia (et d’Ubisoft)

Alors, The Sands of Time est-il définitivement enterré ? Pas forcément. Trois pistes se dessinent :

1. Le rachat par un autre studio : Comme THQ Nordic l’a fait avec Timesplitters, un autre éditeur pourrait reprendre les rênes. Embracer Group ou Devolver Digital ont les moyens… et l’appétit pour les licences cultes. "Ce serait un coup de maître pour un studio indépendant. Le projet est déjà avancé, il suffirait de le finaliser"*, estime Olivier Masclef, analyste chez NPD Group.

2. Un retour en interne… mais différent : Ubisoft pourrait relancer le projet sous une autre forme, comme un remaster (moins coûteux qu’un remake) ou une suite spirituelle. "Ils ont encore les droits, et la licence a du potentiel. Mais il faudrait une équipe motivée… et ça, c’est un autre défi"*, note Cédric Lagarrigue, ex-producteur chez Ubisoft.

3. L’abandon pur et simple : Le scénario le plus probable, hélas. Prince of Persia rejoindrait alors la longue liste des franchises ubisoftiennes laissées pour compte, comme Rayman (malgré Legends en 2013) ou Driver. "Ce serait une tragédie culturelle. The Sands of Time, c’est un monument du jeu vidéo, au même titre que Shadow of the Colossus ou Ico"*, s’alarme Pierre Maheut, conservateur au Musée du Jeu Vidéo.


Quant à Ubisoft, son avenir dépendra de sa capacité à réinventer son modèle. Les "Maisons Créatives" peuvent fonctionner… à condition de ne pas étouffer l’innovation. "Ils doivent trouver un équilibre entre leurs licences phares et des projets plus audacieux. Sinon, ils risquent de devenir un simple fournisseur de contenu pour les abonnements Xbox et PlayStation"*, prévient Serge Hascoët, ex-directeur créatif d’Ubisoft (parti en 2021).

Une chose est sûre : l’annulation de The Sands of Time restera comme un symbole. Celui d’une industrie où la nostalgie et la créativité s’effacent devant les impératifs financiers. Et où des géants comme Ubisoft, jadis synonymes d’audace, semblent avoir oublié une règle simple : on ne construit pas l’avenir en brûlant son passé.

Le remake de Prince of Persia : The Sands of Time ne verra jamais le jour. À la place, Ubisoft laisse derrière lui des studios fermés, des centaines de développeurs au chômage, et une communauté de joueurs amers. Pourtant, l’ironie est cruelle : alors que l’éditeur français mise tout sur des live services comme Skull & Bones (un échec commercial), des concurrents comme Capcom ou EA prouvent que les remakes et les licences cultes peuvent être à la fois rentables et critiques. Resident Evil 4 Remake a généré plus de 500 millions de dollars ; Star Wars Jedi: Survivor a relancé une franchise en déclin.

Ubisoft, lui, semble avoir choisi sa voie : celle d’un recentrage extrême, où seuls Assassin’s Creed, Far Cry et Rainbow Six ont droit de cité. Une stratégie risquée, alors que son action dévisse et que ses joueurs se détournent. "Ils oublient que les licences deviennent des classiques précisément parce qu’elles ont osé innover, pas parce qu’elles ont suivi les tableaux Excel"*, rappelle Frédéric Carrère, historien du jeu vidéo.

Reste une lueur d’espoir : et si cette annulation déclenchait une prise de conscience ? Et si Ubisoft réalisait que son héritage – ces Prince of Persia, Beyond Good & Evil ou Rayman – était précisément ce qui pourrait le sauver ? Après tout, dans The Sands of Time, le Prince avait le pouvoir de rembobiner le temps. Dommage qu’Ubisoft, lui, ne puisse pas en faire autant.

L'Avis de la rédaction
Par Nakmen
Ce remake annulé, c’est comme si Nintendo avait abandonné Super Mario 64 en cours de développement pour se concentrer sur Mario Kart… mais en pire, parce qu’au moins Mario Kart, c’est drôle. Ubisoft a préféré sacrifier un chef-d’œuvre sur l’autel du ROI, comme si The Legend of Zelda: Ocarina of Time était devenu un jeu "trop risqué" pour Nintendo. Dommage, car un Prince of Persia moderne aurait pu être le Tomb Raider de 2020, mais en plus fluide et moins "jeu de survie". À quand un studio qui ose encore rêver au-delà des chiffres ?
Article rédigé par SkimAI
Révisé et complété par Nakmen

Ils en parlent aussi