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Ubisoft Halifax ferme après la syndicalisation : 71 emplois sacrifiés,
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Il y a 54 jours

Ubisoft Halifax ferme après la syndicalisation : 71 emplois sacrifiés,

Pourquoi Ubisoft a-t-il fermé son studio d’Halifax juste après la syndicalisation de ses employés ?

Le studio canadien, spécialisé dans les adaptations mobiles comme Assassin’s Creed: Rebellion (10M de téléchargements mais revenus en chute libre), ferme brutalement après une décennie d’existence. Officiellement pour des « performances décevantes », la décision intervient trois semaines seulement après la certification du premier syndicat d’Ubisoft en Amérique du Nord – un timing qui soulève des questions. Entre échec commercial, restructuration controversée et historique tendu avec les mouvements sociaux, cette fermeture révèle les failles du modèle mobile de l’éditeur français.

A retenir :

  • 71 emplois supprimés : Fermeture brutale d’Ubisoft Halifax, studio derrière Assassin’s Creed: Rebellion (2017) et Rainbow Six Mobile, malgré 10M de téléchargements.
  • Échec économique flagrant : AC: Rebellion a perdu 68 % de ses revenus depuis 2020 (données internes), écrasé par des concurrents comme Fire Emblem Heroes (1,2 Md$ de revenus) ou AC: Jade (Behaviour/Tencent).
  • Syndicalisation record → fermeture express : 86 % des employés (61/71) votaient pour le syndicat Game & Media Workers Guild (CWA) en décembre 2025… avant l’annonce de fermeture 3 semaines plus tard.
  • Historique troublant : Ubisoft nie tout lien, mais des fermetures similaires ont suivi des tentatives de syndicalisation par le passé (ex. : Longtail Québec en 2009, 40 % de licenciements).
  • Stratégie mobile en crise : 3ᵉ studio fermé en 2 ans (après Casablanca et Montréal), malgré les partenariats avec Tencent. Le modèle free-to-play d’Ubisoft est-il viable ?
  • Réaction du CWA : Plainte imminente pour « pratique déloyale », avec référence au précédent Sega (2024) et ses 1,2 M$ d’indemnisation pour licenciement post-syndicalisation.

Un studio mobile sacrifié : l’échec cuisant d’Assassin’s Creed: Rebellion

Imaginez un jeu qui cumule 10 millions de téléchargements, mais dont les revenus s’effondrent année après année. C’est le paradoxe d’Assassin’s Creed: Rebellion, le RPG tactique au tour par tour développé par Ubisoft Halifax. Lancé en 2017 avec l’ambition de transposer l’univers des Assassins sur mobile, le titre a séduit une base de joueurs fidèle… sans jamais parvenir à la monétiser durablement. Selon les données Sensor Tower (2023), ses recettes ont chuté de 68 % depuis 2020, une hémorragie financière que même ses mises à jour régulières n’ont pu enrayer.

À titre de comparaison, Fire Emblem Heroes (Nintendo, 2017) a généré 1,2 milliard de dollars sur la même période, tandis qu’Assassin’s Creed: Jade – développé par Behaviour Interactive en partenariat avec Tencent – a su capter l’attention des joueurs asiatiques avec un modèle free-to-play bien plus agressif. « Rebellion a souffert d’un manque de clarté dans sa direction monétisation », confie un ancien employé sous couvert d’anonymat. « On oscillait entre un jeu premium et un free-to-play, sans jamais choisir. Résultat : les joueurs ne savaient pas à quoi s’attendre. »

Pourtant, le studio d’Halifax avait un passé glorieux. Fondé en 2015 après le rachat de Longtail Studios (créateur de la série Rocksmith), il était initialement spécialisé dans les jeux musicaux avant de pivoter vers le mobile sous l’impulsion d’Ubisoft. Une transition mal négociée, selon les analystes. « Ubisoft a imposé une stratégie mobile sans donner les moyens de rivaliser avec les géants du secteur », estime Nicolas Gaume, consultant en jeu vidéo. « Leur approche était trop timide, trop ‘occidentale’ pour un marché dominé par des acteurs comme Tencent ou NetEase. »


La fermeture d’Halifax s’inscrit dans une série noire pour Ubisoft : après Ubisoft Casablanca (2023) et les réductions d’effectifs à Montréal, c’est le troisième studio sacrifié en deux ans. Une hécatombe qui interroge sur la viabilité même du modèle mobile de l’éditeur, malgré ses partenariats stratégiques en Asie. « On ne peut pas se contenter de porter des licences existantes sur mobile sans innovation », résume un investisseur proche du dossier. « Soit Ubisoft se donne les moyens de concurrencer les leaders, soit il abandonne ce segment. »

Syndicalisation express, fermeture express : un timing trop parfait ?

Le 12 décembre 2025, les employés d’Ubisoft Halifax font l’histoire en devenant les premiers du groupe en Amérique du Nord à se syndiquer, sous la bannière du Game & Media Workers Guild of Canada (CWA). Le vote est sans appel : 61 des 71 salariés (soit 86 %) appuient la création du syndicat, un taux exceptionnel dans une industrie souvent réticente à l’organisation collective. Parmi eux, on compte 32 % de développeurs, 25 % d’artistes, 18 % de testeurs et 13 % de designers (chiffres CWA).

Trois semaines plus tard, le 2 janvier 2026, Ubisoft annonce la fermeture du studio. « Une coïncidence », assure la direction, qui invoque une « restructuration globale » et des « revenus insatisfaisants ». Pourtant, l’histoire se répète : en 2008-2009, une tentative de syndicalisation chez Longtail Québec (alors propriété de Gérard Guillemot, cofondateur d’Ubisoft) s’était soldée par des licenciements massifs (40 % des effectifs, selon le rapport Game Worker Unity, 2021). « Ubisoft a une longue tradition d’écrasement des velléités syndicales », accuse Marie-Josée Legault, professeure en droit du travail à l’UQAM.

Le CWA n’a pas tardé à réagir. Dans un communiqué cinglant, le syndicat dénonce « une représaille déguisée » et annonce préparer une plainte pour « pratique déloyale de travail » auprès du Canada Industrial Relations Board. « Nous explorons toutes les voies légales », déclare Emma Kinema, porte-parole du CWA. « La fermeture d’un studio rentable [ndlr : avant 2020] juste après une syndicalisation massive, c’est du jamais vu. » Le syndicat s’appuie sur un précédent récent : en 2024, Sega of America avait été condamné à verser 1,2 million de dollars pour avoir licencié des employés après leur adhésion à un syndicat.

Du côté d’Ubisoft, on maintient la version officielle. « Cette décision difficile fait partie d’un plan de recentrage sur nos franchises phares et nos studios les plus performants », explique un porte-parole. « Le marché du mobile est extrêmement compétitif, et nous devons allouer nos ressources là où elles auront le plus d’impact. » Une justification qui laisse sceptique Jason Schreier, journaliste chez Bloomberg : « Quand un studio ferme trois semaines après une syndicalisation, même les plus naïfs ont des doutes. Ubisoft aurait pu reclasser ces employés ailleurs. Ils ont choisi la manière forte. »

Rocksmith vs Assassin’s Creed : l’échec d’une reconversion forcée

À l’origine, Ubisoft Halifax était un studio de jeux musicaux. Rachat de Longtail Studios en 2015, il doit son existence au succès de Rocksmith (2014), un jeu révolutionnaire qui permettait d’apprendre la guitare avec un vrai instrument. « On était des pionniers, des passionnés », se souvient Marc-André Jutras, ancien lead designer. « Ubisoft nous a achetés pour notre expertise en audio et en gameplay innovant. Puis ils nous ont forcés à faire du mobile. »

Le virage s’opère en 2016, avec le lancement d’Assassin’s Creed: Rebellion. Problème : l’équipe, habituée aux jeux premium, doit s’adapter aux contraintes du free-to-play. « On nous demandait de créer un jeu ‘engageant’ mais sans les budgets marketing des gros acteurs », confie une source interne. Résultat ? Un titre trop complexe pour le grand public mobile, trop léger pour les fans hardcore d’Assassin’s Creed. « C’était un jeu ni fait ni à faire », résume Thomas Bidaux, analyste chez ICO Partners.

Pendant ce temps, Behaviour Interactive (Montréal) signait un partenariat avec Tencent pour développer Assassin’s Creed: Jade, un free-to-play optimisé pour le marché chinois. « Ils ont compris ce qu’Ubisoft Halifax n’a jamais saisi : sur mobile, il faut soit viser un niche ultra-précise, soit dominer par la masse », explique Serge Hascoët, ancien directeur créatif d’Ubisoft. Avec Jade, Behaviour a choisi la seconde option : un jeu simplifié, ultra-monétisé, et adapté aux attentes locales (collaborations avec des influenceurs, événements limités).

Ironie de l’histoire : alors qu’Ubisoft Halifax fermait ses portes, Behaviour annonçait l’embauche de 200 nouveaux employés pour soutenir AC: Jade. « C’est toute la stratégie mobile d’Ubisoft qui est remise en question », conclut Nicolas Gaume. « Soit ils investissent massivement, soit ils abandonnent. Les demi-mesures, ça ne marche plus. »

Et maintenant ? Les employés d’Halifax face à l’incertitude

Pour les 71 salariés d’Ubisoft Halifax, l’avenir est sombre. Ubisoft a promis des « aides à la reconversion », mais dans une industrie où les studios ferment les uns après les autres, les opportunités se font rares. « Certains vont tenter leur chance à Montréal ou Toronto, mais le marché est saturé », explique Emma Kinema (CWA). « D’autres songent à quitter l’industrie. »

Quelques lueurs d’espoir, cependant : le syndicat négocie avec d’autres studios locaux pour des embauches groupées. « Nous avons des contacts avec des entreprises comme Behaviour ou EA Montréal », révèle une source proche du dossier. Par ailleurs, une cagnotte solidaire a été lancée sur GoFundMe, collectant plus de 150 000 $ en 48 heures.

Côté juridique, la bataille s’annonce longue. Le CWA prépare une plainte pour « pratique antisyndicale », mais les procédures peuvent durer des années. « Même si on gagne, l’argent ne remplacera pas les emplois perdus », souligne Marie-Josée Legault. « L’objectif, c’est d’envoyer un message clair : les représailles contre les syndicats ont un coût. »

Quant à Assassin’s Creed: Rebellion, son avenir est incertain. Ubisoft n’a pas encore annoncé de fermeture des serveurs, mais sans équipe dédiée, les mises à jour risquent de s’arrêter. « C’est la fin d’une aventure », regrette un joueur historique sur Reddit. « Un jeu qui avait tant de potentiel, tué par la cupidité et l’incompétence. »

La fermeture d’Ubisoft Halifax laisse un goût amer. Officiellement, c’est l’échec d’un modèle économique – Assassin’s Creed: Rebellion, malgré ses qualités, n’a jamais trouvé son public payant. Officieusement, le timing avec la syndicalisation interroge. 86 % des employés unis sous une bannière commune, puis 71 licenciements trois semaines plus tard : la coïncidence est trop grosse. Cette affaire révèle deux réalités cruelles. D’abord, Ubisoft peine à s’imposer sur mobile, malgré ses licences phares. Ensuite, l’éditeur français reste allergique aux syndicats, comme le prouve son historique. Entre restructuration nécessaire et méthode musclée, la frontière est ténue. Une chose est sûre : après Casablanca, Montréal et maintenant Halifax, la stratégie d’Ubisoft doit évoluer… ou risquer de voir ses talents partir ailleurs.
L'Avis de la rédaction
Par Celtic
"Rebellion, c’était comme essayer de faire un RPG tactique avec des gonades de free-to-play en 2017 : Ubisoft a cru pouvoir mélanger l’ADN des Assassins à un modèle économique apathique, et le résultat ? Un jeu qui a survécu par pur dogmatisme, comme un zombie qui refuse de mourir parce qu’il a encore un peu de cerveau… mais plus de volonté. Halifax, tu nous as fait rêver avec Rocksmith, puis tu nous as balancé un AC mobile qui sentait le désespoir et le manque de tonton à la direction. Dommage, parce que même un jeu aussi croquignolesque que Rebellion méritait mieux qu’une mort par restructuration syndicale. Ubisoft, t’as encore des leçons à apprendre sur l’art de ne pas tout foirer."
Article rédigé par SkimAI
Révisé et complété par Celtic

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