Il y a 54 jours
Warwick Davis et la série
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Entre souvenirs et modernité, la série Harry Potter de HBO se dévoile à travers le regard de Warwick Davis, acteur culte de la saga. Vingt ans après les films, les studios de Leavesden revivent une métamorphose audacieuse : décors reconstitués avec une précision inédite, ton visuel repensé pour coller aux romans, et une narration qui promet de combler les puristes tout en surprenant les nouveaux publics. Une plongée dans les coulisses d’un projet où chaque détail compte, entre hommage et réinvention.
A retenir :
- Warwick Davis, icône de la saga (Griphook, Flitwick), révèle son retour dans la série HBO et décrit une ambiance de tournage "à la fois familière et déstabilisante", entre rires d’autrefois et liberté créative.
- La série promet une fidélité absolue aux romans de J.K. Rowling, avec un ton moins sombre que les films et des scènes inédites tirées des livres, comme l’explique Adriano Goldman (directeur de la photographie).
- Les studios de Leavesden, reconstitués avec des détails jamais vus à l’écran (ex. : la Grande Salle de Poudlard "plus grande, plus précise"), symbolisent l’équilibre entre héritage et innovation.
- Un projet qui mise sur l’immersion : odeurs des couloirs, éclairages repensés, et une narration qui explore les "blancs" des films originaux, pour une expérience "plus proche de l’esprit des livres".
- Défis et enjeux : séduire les puristes sans aliéner les nouveaux fans, tout en évitant l’écueil de la simple copie. Un pari risqué, mais porté par une équipe déterminée à "faire revivre la magie autrement".
"Comme un retour à la maison... mais avec des murs qui bougent" : Warwick Davis et l’étrange magie de Leavesden
Imaginez franchir les portes d’un lieu que vous n’avez pas vu depuis vingt ans, et découvrir que chaque pierre, chaque odeur, chaque éclat de lumière éveille des souvenirs précis... avant de réaliser que tout a presque changé. C’est cette sensation "d’étrangeté familière" que Warwick Davis, acteur fétiche de l’univers Harry Potter (Griphook le gobelin, le professeur Flitwick), a décrite à Times Radio en évoquant son retour sur le tournage de la série HBO.
Les studios de Leavesden, près de Londres, sont bien les mêmes où furent tournées les huit adaptations cinématographiques. Pourtant, dès les premiers pas, Davis a senti que quelque chose clochait – ou plutôt, que quelque chose respirait différemment. "On entend les mêmes rires dans les coulisses, comme une bande-son de notre jeunesse, mais les décors... Ils sont plus grands, plus détaillés. La Grande Salle, par exemple, est reconstruite à l’identique, mais avec des éléments tirés des livres qu’on n’avait jamais osé montrer avant", confie-t-il. Un détail frappe particulièrement l’acteur : l’odeur des vieux couloirs, ce mélange de cire, de bois ancien et de "magie en conserve" qu’il pensait avoir oublié.
Cette impression de déjà-vu perturbé résume l’ambition de la série : réinventer sans trahir. Un défi colossal, quand on sait que les films originaux ont marqué toute une génération. Pour Davis, c’est aussi une opportunité rare de "corriger" certains regrets des adaptations passées. "Dans les films, on a dû faire des choix, compresser des scènes. Là, on a le temps – le temps de montrer la complexité de Poudlard, les interactions entre les personnages secondaires, ces petits riens qui font toute la richesse des livres", explique-t-il, les yeux brillants. Une promesse qui fait écho aux déclarations de J.K. Rowling elle-même, qui aurait insisté pour que la série explore enfin des arcs narratifs laissés de côté, comme la politique des elfes de maison ou les origines de la Chambre des Secrets.
Une fidélité aux romans qui change tout : l’audace visuelle d’Adriano Goldman
Si Warwick Davis incarne la mémoire vivante de la saga, Adriano Goldman, directeur de la photographie (connu pour The Crown ou Narcos), en représente l’avenir visuel. Son credo ? "Oubliez les filtres bleutés et l’atmosphère gothique des films. Harry Potter, dans les livres, c’est une histoire lumineuse, pleine de couleurs vives et de contrastes", déclare-t-il à Forbes. Une révolution esthétique qui passe par :
- Des éclairages repensés : fini les ombres pesantes de La Coupe de Feu. Les scènes dans la Grande Salle, par exemple, seront baignées d’une lumière dorée, "comme si les bougies flottaient vraiment", précise Goldman.
- Des décors "respirants" : les couloirs de Poudlard ne seront plus des corridors étroits, mais des espaces où l’on peut errer, avec des recoins inédits (comme la salle de bains des préfets, mentionnée dans Le Prisonnier d’Azkaban mais jamais filmée).
- Une palette de couleurs élargie : les robes des sorciers ne seront plus uniformément noires ou grises, mais refléteront leurs maisons (des verts émeraude pour Serpentard, des jaunes moutarde pour Poufsouffle...).
Cette approche, bien que saluée par les puristes, divise déjà. Certains fans, attachés à l’esthétique sombre des films, s’interrogent : et si cette luminosité tue le mystère ? Goldman balaye les critiques : "Le mystère ne vient pas de l’obscurité, mais des détails. Un exemple : dans les livres, la Forêt Interdite est décrite comme un lieu à la fois effrayant et vivant. Nous allons montrer cette dualité, avec des créatures qui bougent en arrière-plan, des arbres qui réagissent à la présence des sorciers." Une promesse qui rappelle les animatronics révolutionnaires de Jurassic Park – mais version magie.
Leavesden 2.0 : quand les décors deviennent des personnages
Si les acteurs et l’équipe technique incarnent l’âme du projet, les studios de Leavesden en sont le corps – un corps métamorphosé. Visite guidée des transformations les plus marquantes :
- La Grande Salle : reconstruite avec une précision architecturale inédite (les vitraux racontent désormais des histoires, comme dans les livres), elle est aussi modulable : ses murs peuvent s’écarter pour révéler des salles adjacentes (la cuisine des elfes, la salle des trophées...).
- Le bureau de Dumbledore : agrandi pour inclure des objets mentionnés dans les livres mais jamais montrés (comme le Miroir de Gryffondor, distinct du Miroir du Riséd).
- Les extérieurs de Poudlard : tournés en Écosse et en Irlande, ils intègrent pour la première fois des paysages réels (comme les falaises de Slieve League, choisies pour leur verticalité "à couper le souffle").
Mais c’est peut-être dans les petits détails que la magie opère le plus. Une source proche de la production révèle que les accessoiristes ont recréé les menus de la Grande Salle, changeant chaque jour comme dans les livres, ou encore les graffitis des toilettes (avec des blagues d’élèves écrites à la main). "On a même enregistré le bruit des pas dans les escaliers mobiles pour que ce soit crédible", glisse un technicien. Une obsession du réalisme qui rappelle le tournage de The Mandalorian, où chaque élément, même invisible, était pensé pour immerger les acteurs.
Pourtant, tout n’est pas rose. Certains membres de l’équipe avouent un syndrome de l’imposteur face à l’héritage des films. "Comment osons-nous toucher à des décors qui sont devenus sacrés pour des millions de fans ?", confie un décorateur sous couvert d’anonymat. La réponse de la production ? Impliquer les vétérans comme Warwick Davis dans les choix clés. "Son retour n’est pas qu’un clin d’œil aux fans, c’est une boussole. Quand il dit ’Ça, c’est pas comme dans mon souvenir’, on écoute", explique un producteur.
Le pari fou : séduire les puristes et les nouveaux fans
Avec un budget estimé à plus d’un milliard de dollars sur dix ans (une saison par livre), la série HBO mise gros. Trop gros, selon certains observateurs. "Le risque, c’est de tomber dans le fan service stérile, où chaque scène devient un clin d’œil sans âme", critique Mark Kermode, célèbre critique britannique. Pour éviter ce piège, l’équipe a adopté une stratégie en trois volets :
- L’équilibre narratif : chaque épisode contiendra une scène inédite (tirée des livres) et une scène réinventée (ex. : le passé de Rogue exploré via des flashbacks stylisés).
- La diversité des points de vue : contrairement aux films centrés sur Harry, la série donnera la parole à des personnages secondaires (comme Colin Creevey ou Pomona Chourave).
- Un ton adaptable : les premiers épisodes, plus "enfantins", évolueront vers une noirceur progressive, reflétant la maturation des livres.
Warwick Davis, lui, reste optimiste : "Les fans vont pleurer, rire, et râler – comme à l’époque des films. Mais c’est ça, la preuve qu’on a touché quelque chose." Une réaction qui rappelle celle suscitée par The Rings of Power, où les puristes de Tolkien avaient été divisés... avant de se laisser prendre au jeu.
Reste une question : et J.K. Rowling dans tout ça ? Si l’autrice est officiellement "consultante" sur le projet, son implication réelle fait débat. Des rumeurs évoquent des tensions avec HBO sur la représentation de certains personnages (comme Dumbledore, dont la sexualité avait été effacée des films). Contactée par nos soins, la production a refusé de commenter, se contentant de souligner que la série "respectera l’esprit des livres, pas leur lettre".
Derrière la magie : les défis humains d’un tournage XXL
Entre les attentes des fans, les contraintes budgétaires et les aléas sanitaires (le tournage a été interrompu deux fois à cause du COVID), l’équipe de la série navigue en eaux troubles. Pourtant, c’est peut-être dans ces couacs que réside la vraie magie. Warwick Davis en rit encore : "Un jour, on tournait une scène dans la Grande Salle, et soudain, toutes les bougies se sont éteintes. Personne ne savait pourquoi. On a cru à un sortilège... jusqu’à ce qu’on découvre qu’un technicien avait marché sur la multiprise !"
Ces anecdotes, aussi banales soient-elles, rappellent que derrière la magie de Harry Potter, il y a des hommes et des femmes qui trébuchent, improvisent, et parfois doutent. Comme ce jour où Davis a croisé Daniel Radcliffe (de passage sur le plateau) et où les deux hommes se sont regardés, interdits, avant d’éclater de rire : "On se demandait si on avait le droit d’être là, comme deux gamins pris en flagrant délit de chapardage dans la réserve de bonbons de Honeydukes."
C’est peut-être cette humanité, plus que les décors ou les effets spéciaux, qui fera la différence. Dans un monde où les franchises sont souvent accusées de froideur calculée, la série Harry Potter de HBO mise sur l’émotion brute – celle qui fait monter les larmes quand on entend la musique de Hedwig’s Theme, ou qu’on croise le regard d’un acteur qui, comme Davis, a grandi avec ces histoires.
Alors, prêt à retourner à Poudlard ? Cette fois, ce ne sera pas en spectateur, mais en invité – avec le droit de toucher aux murs, de s’asseoir à la table de Gryffondor, et peut-être, de redécouvrir que la magie, finalement, n’était pas que dans les livres.
Une chose est sûre : pour la première fois, les fans ne seront pas de simples spectateurs. Grâce à des acteurs comme Davis, qui portent en eux vingt ans d’histoire, ils auront le sentiment d’y appartenir. Comme si, enfin, on leur tendait une baguette en murmurant : "Lumos."

