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**Andor & Rogue One : Comment Tony Gilroy a sauvé Star Wars de lui-même**
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Il y a 73 jours

**Andor & Rogue One : Comment Tony Gilroy a sauvé Star Wars de lui-même**

Un outsider qui a tout changé

Quand Disney rachète Star Wars en 2012, la saga sombre dans une crise d’identité : trop de nostalgie, pas assez d’audace. C’est là qu’intervient Tony Gilroy, scénariste oscarisé (Michael Clayton) et non-fan assumé. Son regard froid, presque chirurgical, va transformer deux projets en échecs annoncés – Rogue One (2016) et Andor (2022) – en œuvres révolutionnaires. Comment ? En osant ce que personne n’avait fait : traiter l’Empire comme un régime fasciste crédible, et la rébellion comme une lutte sale, bureaucratique et désespérée. Résultat : des critiques dithyrambiques (96% pour Andor sur Rotten Tomatoes), et une franchise enfin adulte.

A retenir :

  • Le sauveur de Rogue One : Gilroy réécrit 40% du film en 5 semaines, ajoutant la scène culte de Dark Vador et imposant un ton war movie – pour un budget de reshoots estimé à 15M$.
  • Andor, l’anti-Star Wars : Tournée en décors réels (Londres, Écosse) avec un budget de 15M$/épisode, la série bannit les fonds verts et adopte une esthétique années 70, inspirée du cinéma politique de Costa-Gavras.
  • Un réalisme politique inédit : L’Empire y est montré comme une machine administrative impitoyable, où les héros meurent sans gloire – une rupture totale avec le space opera traditionnel.
  • Le détail qui tue : Gilroy intègre des rushs inédits de 1977 (Un Nouvel Espoir) dans Andor pour créer un pont méta entre les époques, prouvant que la cohérence narrative prime sur les effets spéciaux.

**L’homme qui n’aimait pas Star Wars (et c’est tant mieux)**

En 2012, quand Disney acquiert Lucasfilm pour 4,05 milliards de dollars, l’objectif est clair : relancer Star Wars à un rythme industriel. Problème ? Les premiers films post-rachats (Le Réveil de la Force, Les Derniers Jedi) peinent à concilier nostalgie et innovation. Les fans râlent, les critiques s’interrogent : et si la magie de la saga était définitivement perdue ?

C’est dans ce contexte que Tony Gilroy entre en scène. Scénariste oscarisé pour Michael Clayton (2007) et spécialiste des thrillers politiques (Syriana, Duplicity), il n’a aucun attachement émotionnel à Star Wars. Une singularité dans un univers où les réalisateurs sont souvent des fanboys (J.J. Abrams, Rian Johnson). Pour Gilroy, la galaxie lointaine n’est pas un temple sacré, mais un terrain de jeu narratif à réinventer. Son approche ? "Traiter Star Wars comme un film sur la guerre, pas comme un conte de fées spatial."

Son premier défi : Rogue One (2016), un spin-off centré sur le vol des plans de l’Étoile de la Mort. À l’origine, le projet, confié à Gareth Edwards (Godzilla, Rogue One), accumule les problèmes : montage confus, troisième acte trop classique, personnages peu charismatiques. Les test screenings sont catastrophiques. Disney panique et fait appel à Gilroy en urgence.


**Rogue One : 5 semaines pour tout sauver**

En à peine un mois et demi, Gilroy réécrit 40% du scénario, selon The Hollywood Reporter. Son diagnostic ? "Le film manquait de tension politique et de réalisme. Il fallait montrer que la rébellion est une organisation désorganisée, pas une armée de héros." Parmi ses ajouts majeurs :

  • La scène d’ouverture sur la planète Jedha, où l’on voit l’Empire écraser une révolte civile – un prologue qui fixe le ton dark du film.
  • Le massacre des rebelles par Dark Vador dans le final, initialement absent du script. Gilroy insiste : "Si Vador est là, il doit être terrifiant. Pas un méchant de cartoon."
  • La mort de tous les héros, un choix radical pour une franchise habituée aux happy ends.

Le coût des reshoots ? 15 millions de dollars, une peccadille pour Disney. Le résultat ? Un film sombre, tendu, adulte, qui obtient 94% sur Rotten Tomatoes et devient le meilleur Star Wars depuis l’Empire contre-attaque pour beaucoup de critiques. Preuve que parfois, il faut un outsider pour secouer une franchise.

Mais Gilroy ne s’arrête pas là. En 2018, alors que Disney cherche à développer des séries pour sa plateforme Disney+, il propose un projet fou : une préquelle sur Cassian Andor, le personnage de Diego Luna dans Rogue One. Pas un spin-off classique, mais une plongée dans les rouages de la rébellion, loin des Jedi et des sabres laser.


**Andor : le Star Wars que personne n’attendait (et dont tout le monde avait besoin)**

Contrairement à Rogue One, où Gilroy a dû composer avec des contraintes de postproduction, Andor (2022) lui offre une liberté créative totale. Et il en profite pour casser tous les codes de la saga :

  • Adieu les fonds verts : La série est tournée en décors réels (Londres, Écosse, et même une ancienne base militaire britannique), avec un budget pharaonique de 15 millions par épisode – soit plus que certains films Star Wars.
  • Une esthétique "années 70" : Inspiré par des films comme Les Trois Jours du Condor ou Z (Costa-Gavras), Gilroy impose des éclairages naturels, des costumes usés, et une photographie granulaire qui rappelle le cinéma de la Nouvelle Hollywood.
  • Un Empire crédible : Fini les méchants en carton. Ici, l’Empire est une bureaucratie monstrueuse, où les fonctionnaires discutent des quotas de production comme dans Brazil (Terry Gilliam). Les rebelles, eux, sont des idéologues divisés, prêts à se trahir pour un bout de pain.

Le plus surprenant ? Gilroy va jusqu’à réutiliser des rushs inédits de 1977 (Un Nouvel Espoir) pour intégrer des pilotes X-Wing dans la diégèse d’Andor. Un clin d’œil méta qui prouve que la cohérence narrative prime sur les effets spéciaux tape-à-l’œil.

Résultat : Andor devient la série Star Wars la mieux notée de l’histoire (96% sur Rotten Tomatoes, devant The Mandalorian). Pour The Verge, c’est "le premier projet Star Wars à traiter l’Empire comme un régime fasciste crédible, et non comme un méchant de cartoon." Même George Lucas, pourtant critique envers les nouveaux films, aurait "adoré" la série, selon des rumeurs de Hollywood Reporter.


**Le secret de Gilroy : traiter Star Wars comme un thriller politique, pas comme un space opera**

Alors, quelle est la recette de Gilroy ? En réalité, elle tient en trois principes :

  1. Le réalisme avant tout : Pas de destins héroïques, pas de Jedi pour sauver la situation. Dans Andor, les personnages meurent sans gloire, trahis par leurs alliés ou écrasés par la machine impériale. Comme dans Le Parrain, la violence est brutale et soudaine.
  2. La politique comme moteur narratif : Gilroy s’inspire de ses propres films (Syriana, Duplicity) pour montrer les jeux de pouvoir au sein de la rébellion. Les débats sur la stratégie, les trahisons, les compromis moraux occupent autant de place que les scènes d’action.
  3. L’esthétique au service de l’immersion : Exit les décors numériques aseptisés. Gilroy veut que le public sentent la crasse des planques rebelles, la transpiration des espions. Dans Andor, même les vaisseaux impériaux ont des traces de rouille.

Pourtant, son approche divise. Certains fans lui reprochent d’avoir "tué la magie" de Star Wars. Comme le résume un utilisateur de Reddit : "Où sont les Jedi ? Où est l’espoir ? Andor, c’est juste déprimant." Gilroy assume : "Star Wars, ce n’est pas que des héros en cape. C’est aussi une guerre sale, où des gens ordinaires se battent pour survivre."


**L’héritage Gilroy : et si Star Wars avait enfin grandi ?**

Avec Rogue One et Andor, Tony Gilroy a prouvé une chose : Star Wars peut être adulte sans renier son âme. Son influence se voit déjà dans les projets futurs :

  • The Acolyte (2024), la nouvelle série de Leslye Headland, promet un retour aux intrigues politiques et un ton plus sombre.
  • Skeleton Crew (2024), avec Jude Law, devrait explorer les conséquences sociales de la guerre civile galactique.
  • Même The Mandalorian s’essaye désormais à des épisodes plus lents et caractérisés, comme le chapitre "The Foundling" (S3).

Pourtant, Gilroy reste prudent. Dans une interview à Empire Magazine, il avertit : "Star Wars ne doit pas devenir une série de drames politiques. Il faut garder l’équilibre. Mais oui, le public est prêt pour des histoires plus matures."

Son prochain défi ? La saison 2 d’Andor, prévue pour août 2024, qui promettrait de lier directement les événements de la série à ceux de Rogue One. Et peut-être, enfin, de réconcilier les fans avec une saga qui a longtemps oublié qu’elle pouvait être à la fois épique et intelligente.


**Derrière les caméras : comment Gilroy a imposé sa vision (malgré Disney)**

Un détail peu connu : Gilroy a failli quitter Andor en 2020, après des désaccords avec Disney sur le rythme de la série. Les executives voulaient "plus d’action, moins de dialogues". Sa réponse ? Il leur a projeté des scènes de Le Parrain et de Seven, en disant : "Voilà le tempo que je veux. Si vous ne voulez pas de ça, trouvez quelqu’un d’autre." Disney a cédé.

Autre anecdote : pour les scènes de torture dans Andor, Gilroy a travaillé avec d’anciens officiers des services secrets britanniques pour rendre les interrogatoires réalistes. Résultat ? Des séquences si glaçantes que certaines ont été censurées dans certains pays.

Enfin, saviez-vous que le personnage de Mon Mothma (interprétée par Genevieve O’Reilly) était à l’origine un rôle secondaire ? Gilroy a insisté pour en faire une figure centrale, inspirée par Margaret Thatcher et Angela Merkel : "Je voulais montrer une femme politique qui manipule les hommes sans qu’ils s’en rendent compte."

Tony Gilroy a fait ce que personne n’osait faire : dépoussiérer Star Wars sans le trahir. En traitant l’Empire comme un régime totalitaire et la rébellion comme une guerre sale, il a redonné une dimension humaine à une saga devenue trop lisse. Rogue One et Andor ne sont pas des accidents, mais la preuve que Star Wars peut grandir sans perdre son âme.

Reste une question : Disney osera-t-il poursuivre sur cette voie ? Avec la saison 2 d’Andor et les nouveaux projets en développement, une chose est sûre – l’ère Gilroy a marqué la franchise à jamais. Et ça, même les Sith ne pourraient pas l’effacer.

L'Avis de la rédaction
Par Nakmen
Gilroy, c’est le Dark Souls de Star Wars : tu penses que c’est trop dur au début, mais une fois que t’as compris les codes, t’es accro. Rogue One, c’était son Bloodborne , brutal, sombre, et avec un boss final (Vador) qui te claque un uppercut dans la gueule. Et Andor ? Son Disco Elysium : pas de sabres laser, juste des dialogues qui te font réfléchir comme un jeu où tu peux choisir d’être un philosophe ou un voleur. Disney a eu peur au début, mais bon, ils ont fini par réaliser que le "space opera" peut aussi être un thriller… comme si Metal Gear Solid avait eu lieu dans la galaxie lointaine, très lointaine.
Article rédigé par SkimAI
Révisé et complété par Nakmen

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