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Andrew Garfield dans
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Il y a 63 jours

Andrew Garfield dans

Pourquoi Boy A (2007), le drame méconnu d’Andrew Garfield, est un chef-d’œuvre à (re)découvrir gratuitement sur Plex TV ?

Avant Spider-Man et Hacksaw Ridge, Garfield livrait une performance brute et bouleversante dans ce film indépendant acclamé (86% sur Rotten Tomatoes), explorant la rédemption et la culpabilité à travers un ancien détenu en quête de normalité. Réalisé par John Crowley et adapté du roman de Jonathan Trigell, Boy A se distingue par son réalisme sans fard, une photographie oppressante signée Rob Hardy, et un plan-séquence de 4 minutes qui marque les esprits. Malgré une nomination aux BAFTA, le film est resté dans l’ombre… jusqu’à aujourd’hui, où il resurgit accessible gratuitement sur Plex TV. Une occasion rare de plonger dans un drame social et psychologique, bien loin des blockbusters.

A retenir :

  • Boy A (2007) : le rôle qui a révélé le talent dramatique d’Andrew Garfield, bien avant Spider-Man et Hacksaw Ridge.
  • Un drame psychologique et social acclamé (86% sur Rotten Tomatoes), nommé aux BAFTA, mais éclipsé par le cinéma grand public.
  • Disponible gratuitement sur Plex TV – une pépite à voir avant qu’elle ne disparaisse des plateformes.
  • Une performance crue de Garfield, un plan-séquence de 4 minutes haletant, et une fin sans concession.
  • Comparaisons avec The Woodsman (2004) et Fish Tank (2009) : un réalisme qui frappe, entre espoir et désillusion.
  • Un film low-budget (3M£) mais techniquement audacieux, porté par une photographie signée Rob Hardy (Devs, The Wonder).
  • Pourquoi ce film mérite une redécouverte aujourd’hui ? Analyse d’un joyau du cinéma britannique indépendant.

Un rôle qui a tout changé : Garfield avant Spider-Man

Quand on évoque Andrew Garfield, les images de Spider-Man ou du soldat Desmond Doss dans Hacksaw Ridge viennent souvent en tête. Pourtant, c’est dans un petit drame britannique, Boy A (2007), que l’acteur a prouvé pour la première fois son étendue dramatique. À seulement 24 ans, il incarne Jack Burridge, un jeune homme libéré après une longue peine de prison, cherchant désespérément à se réinsérer dans une société qui le rejette. Pas de costume, pas d’effets spéciaux : juste une caméra proche, des silences lourds, et une tension palpable.

Le film, adapté du roman éponyme de Jonathan Trigell, est une plongée dans l’Angleterre ouvrière, où chaque regard en coin, chaque porte qui claque, rappelle à Jack son passé. Garfield y joue avec une fragilité troublante, oscillant entre l’envie de renaître et la peur d’être démasqué. Une performance qui a marqué les critiques – le New York Times parlait d’une « interprétation d’une maturité surprenante » – et qui lui a ouvert les portes de Hollywood. Pourtant, malgré un accueil critique excellent (86% sur Rotten Tomatoes) et une nomination aux BAFTA pour le meilleur scénario adapté, Boy A est resté un film confidentiel, presque un secret bien gardé.


Pourquoi un tel oubli ? Le film est sorti en 2007, une année chargée en blockbusters (Harry Potter et l’Ordre du Phénix, Transformers, Pirates des Caraïbes 3). Avec son budget modeste (3 millions de livres) et son sujet inconfortable, il n’a jamais eu sa chance en salles hors du Royaume-Uni. Une injustice que la plateforme Plex TV permet aujourd’hui de réparer, en le proposant gratuitement (avec publicités). Une aubaine pour les cinéphiles, car ce genre de pépites disparaissent souvent des catalogues sans prévenir.

"Un héros malgré lui" : la scène culte en plan-séquence

Si Boy A se distingue, c’est aussi grâce à des choix de mise en scène audacieux. La scène du sauvetage dans la rivière, où Jack devient malgré lui un héros local, est tournée en un plan-séquence de 4 minutes. Pas de montage, pas de musique enjouée : juste le souffle court de Garfield, l’eau glacée, et le poids du destin qui bascule. Une prouesse technique rare pour un film indépendant, qui rappelle le réalisme brut d’un Ken Loach ou la tension sourde de Fish Tank (2009), autre perle du cinéma britannique.

Cette séquence est symbolique : Jack, marqué par son passé, se retrouve malgré tout célébré pour un acte de bravoure. Mais le film refuse le happy ending facile. Comme le souligne le réalisateur John Crowley (qui signera plus tard Brooklyn) dans une interview pour The Guardian : « Boy A n’est pas une histoire de rédemption classique. C’est une question : et si on vous donnait une seconde chance, mais que le monde refusait de vous l’accorder ? » Une ambiguïté qui rend le film d’autant plus poignant.


Autre atout majeur : la photographie. Signée Rob Hardy (qui travaillera ensuite sur Devs ou The Wonder), elle baigne le film dans une lumière terne et réaliste, renforçant l’impression d’enfermement. Les décors – usines désaffectées, HLM grises – deviennent des personnages à part entière, reflétant l’isolement de Jack. Un parti pris esthétique qui tranche avec les couleurs saturées des productions hollywoodiennes, et qui rappelle pourquoi le cinéma indépendant britannique des années 2000 était si audacieux.

Entre The Woodsman et Fish Tank : un film à part

Boy A n’est pas le premier film à explorer la réinsertion après l’incarcération. On pense notamment à The Woodsman (2004), avec Kevin Bacon dans le rôle d’un ancien pédophile cherchant à reconstruire sa vie. Mais là où The Woodsman verse parfois dans le mélodrame, Boy A reste ancré dans un réalisme social glaçant. Pas de musique larmoyante, pas de discours moralisateurs : juste des silences, des regards fuyants, et une société qui juge avant de comprendre.

Le film partage aussi des points communs avec Fish Tank (2009) d’Andrea Arnold – même cadre ouvrier, même tension sourde, même jeunesse en perdition. Mais là où Fish Tank se concentre sur une adolescente en révolte, Boy A explore la culpabilité masculine, et la difficulté de reconstruire une identité après l’erreur. Deux films complémentaires, qui montrent comment le cinéma britannique a su capturer les fractures sociales des années 2000.


Pourtant, Boy A a aussi ses défauts. Certains critiques, comme Peter Bradshaw du Guardian, ont pointé un rythme parfois inégal, notamment dans la première moitié, où l’exposition du passé de Jack peut sembler trop elliptique. D’autres ont regretté que le film évite délibérément de révéler trop tôt la nature du crime de Jack, ce qui peut frustrer certains spectateurs. Mais ces choix narratifs sont aussi ce qui rend le film unique : Boy A ne cherche pas à plaire, mais à déranger, à questionner.

"On m’a offert ce rôle comme un cadeau empoisonné" – Garfield se confesse

Dans une rare interview pour Empire Magazine en 2016, Garfield a révélé que Boy A avait été un tournant personnel autant que professionnel : « Je sortais de drama school, et on m’a proposé ce rôle comme un cadeau empoisonné. J’avais peur de ne pas être à la hauteur, de trahir l’histoire. Mais John [Crowley] m’a poussé à plonger dans l’inconfort. Résultat : j’ai compris que jouer, c’était aussi se briser. »

Cette vulnérabilité transparaît à l’écran. Contrairement à ses rôles ultérieurs, où Garfield a souvent dû porter des masques (l’humour de Spider-Man, la foi de Desmond Doss), ici, il est à nu. Une performance qui a marqué des réalisateurs comme Martin Scorsese, qui aurait, selon les rumeurs, recommandé Garfield à Mel Gibson pour Hacksaw Ridge après avoir vu Boy A.


Le film a aussi eu un impact inattendu sur la carrière de son réalisateur. John Crowley, alors peu connu, a été repéré par les studios après ce projet. Il enchaînera avec Closed Circuit (2013) puis Brooklyn (2015), prouvant que le cinéma indépendant peut être un tremplin… à condition qu’on s’en souvienne.

Pourquoi le voir (ou le revoir) aujourd’hui ?

À l’ère des reboots et des franchises, Boy A rappelle qu’il existe encore des films qui osent prendre des risques. C’est un film sur la seconde chance, mais aussi sur l’impossibilité d’échapper à son passé. Une thématique universelle, traitée sans sentimentalisme.

De plus, avec la montée des débats sur la réinsertion des détenus et les peines perpétuelles (notamment aux États-Unis), le film prend une résonance nouvelle. Comme le note la sociologue Loïc Wacquant dans Les Prisons de la misère, « le système carcéral ne prépare pas à la réinsertion, il fabrique des récidivistes ». Boy A illustre cette idée avec une justesse rare.

Enfin, pour les fans de Garfield, c’est l’occasion de redécouvrir un acteur avant la gloire, dans un rôle qui a tout changé. Et pour les autres, c’est la promesse d’un film qui reste en tête bien après le générique – comme une cicatrice qu’on ne peut s’empêcher de toucher.

Boy A n’est pas un film facile. Il ne console pas, ne donne pas de réponses toutes faites. Mais c’est précisément ce qui en fait une œuvre nécessaire. À une époque où le cinéma se noie dans les effets spéciaux et les scénarios prévisibles, ce drame rappelle que les meilleures histoires sont souvent celles qui dérangent.

Alors, avant que Plex TV ne le retire de son catalogue (car oui, les licences expirent), profitez-en : c’est gratuit, c’est bouleversant, et c’est peut-être l’une des meilleures performances d’Andrew Garfield. Un film qui, comme son héros, mérite une seconde chance.

L'Avis de la rédaction
Par Celtic
Ah, Boy A, ce petit bijou britannique qui a dû se contenter d’être le Dark Souls des salles obscures : un jeu de rôle social brut, où chaque dialogue est un boss final à enlever les larmes. Garfield y joue un Jack Burridge plus apathique qu’un PNJ oublié dans un Final Fantasy abandonné, mais avec une intensité qui donne envie de lui tendre une bière et de lui dire : "Tonton, on a tous nos démons, mais toi t’as l’avantage d’avoir un plan-séquence pour les exorciser." Le film est un zeubi qui refuse de se faire disrupter par les blockbusters, et c’est pour ça qu’il reste une utopie accessible , un endroit où le cinéma indépendant peut encore se permettre de regarder la société en face sans filtre. Okey, on le voit sur Plex, mais attention : après ça, les films à 200 millions de dollars vont vous sembler aussi croquignolesques qu’un Gundam en plastique.
Article rédigé par SkimAI
Révisé et complété par Celtic