Il y a 39 jours
Animal Crossing: New Horizons – Le cauchemar technique du mode 12 joueurs (et pourquoi Nintendo devrait rougir)
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12 joueurs sur une île ? Un exploit technique… ou un calvaire ?
La mise à jour 3.0 d’Animal Crossing: New Horizons promettait une révolution : jouer à 12 sur une même île. Pourtant, entre déconnexions à répétition, erreurs de synchronisation et latences insupportables, l’expérience tourne au cauchemar. Même avec la Nintendo Switch 2, les joueurs doivent ruser – désactiver les interactions, communiquer via Discord, organiser des reconnexions "militaires" – pour espérer profiter de cette fonctionnalité. Un comble pour un jeu censé incarner la détente, transformé en épreuve de patience. Pire : ces bugs persistent six ans après la sortie, révélant les limites criantes de l’infrastructure en ligne de Nintendo.A retenir :
- 1h25 de lutte pour réunir 12 joueurs : un record de persévérance (et de frustration) face aux bugs récurrents du mode multijoueur.
- Des solutions de contournement dignes d’un raid : Discord obligatoire, interactions désactivées, atterrissages coordonnés… La communauté invente ses propres règles pour survivre.
- La Nintendo Switch 2 ne sauve pas la mise : malgré ses performances, latences et ralentissements graphiques gâchent l’expérience, même sur la nouvelle console.
- Un paradoxe glaçant : un jeu conçu pour la détente exige une logistique digne d’un eSport. Les joueurs paient le prix d’une infrastructure en ligne dépassée depuis des années.
12 joueurs sur une île : l’utopie qui vire au cauchemar
Imaginez la scène : une plage ensoleillée, des amis réunis autour d’un feu de camp, des échanges de meubles et des parties de pêche endiablées. C’est la promesse tenue par la mise à jour 3.0 d’Animal Crossing: New Horizons, sortie en novembre 2021, qui portait le nombre de joueurs simultanés de 8 à 12. Sur le papier, une avancée majeure pour ce jeu où le partage et la créativité collective sont rois. Pourtant, dans les faits, cette fonctionnalité s’apparente davantage à un parcours du combattant qu’à une partie de plaisir.
Les témoignages pleuvent sur Reddit et les forums spécialisés : déconnexions en cascade, erreurs "2-718-0" (le célèbre code d’erreur des sessions multijoueurs), synchronisations interminables… Certains joueurs rapportent avoir mis plus d’une heure à réunir leur groupe, quand d’autres abandonnent purement et simplement après plusieurs tentatives infructueuses. "On a cru que la Switch 2 réglerait le problème, mais même avec elle, c’est la galère. Nintendo n’a toujours pas compris comment faire du multijoueur en 2024", résume Léo, un joueur français interrogé sur Discord.
Le pire ? Ces problèmes ne datent pas d’hier. Dès la sortie du jeu en mars 2020, les joueurs pointaient du doigt une infrastructure en ligne archaique, héritée des limitations de la Switch originale. Pourtant, malgré les plaintes répétées et les mises à jour successives, Nintendo semble incapable de stabiliser l’expérience. Un constat d’autant plus amer que la communauté reste extrêmement active, avec des îles toujours plus créatives et des événements organisés quotidiennement.
"On a réussi !"… Après 1h25 de calvaire
1h25. C’est le temps qu’il a fallu à un groupe de joueurs pour enfin voir s’afficher 12 avatars sur la même île. Un exploit qui tient presque du miracle, tant les embûches étaient nombreuses : reconnexions ratées, erreurs serveur, et surtout, l’incroyable instabilité du GameChat de Nintendo, qui rend toute communication in-game impossible. Résultat ? Les joueurs ont dû basculer sur Discord pour coordonner leurs actions, désactiver toute interaction (menus, dialogues, échanges d’objets) pour éviter de faire planter la session, et atterrir un par un, comme des parachutistes en mission secrète.
"À un moment, on a cru que c’était fichu. Le jeu nous a éjectés trois fois de suite parce que deux joueurs avaient ouvert leur inventaire en même temps. On a fini par se mettre d’accord : plus personne ne bouge, plus personne ne parle, on se contente de regarder l’écran en priant pour que ça tienne", raconte Marine, une joueuse belge. Une victoire à la Pyrrhus, où le soulagement le dispute à l’absurdité : après des années d’attente, New Horizons offre enfin son mode 12 joueurs… à condition de transformer une partie détente en opération commando.
Pire encore : une fois la session lancée, les problèmes persistent. Les joueurs rapportent des latences variables (jusqu’à 5 secondes de décalage), des objets qui apparaissent ou disparaissent aléatoirement, et des ralentissements graphiques lors des pics d’activité – un comble pour une console comme la Switch 2, censée incarner le fer de lance technologique de Nintendo. "On dirait que le jeu n’a tout simplement pas été optimisé pour gérer autant de monde. C’est comme si Nintendo avait ajouté la fonctionnalité sans tester son impact sur les serveurs", critique Thomas, un streamer spécialisé dans ACNH.
Nintendo Switch 2 : un bandage sur une jambe de bois ?
La sortie de la Nintendo Switch 2 en mars 2024 aurait dû marquer un tournant. Avec son processeur plus puissant et sa mémoire vive augmentée, la console promettait de fluidifier les sessions multijoueurs, notamment pour des jeux gourmands comme Animal Crossing. Pourtant, les retours des joueurs sont sans appel : "Aucune différence". Les déconnexions restent fréquentes, les erreurs de synchronisation persistent, et les temps de chargement lors des arrivées/départs de joueurs sont toujours aussi longs.
Pourquoi un tel échec ? Plusieurs hypothèses circulent. La première : Nintendo aurait sous-estimé la charge serveur nécessaire pour gérer 12 joueurs simultanés, surtout lorsque ceux-ci interagissent avec des objets ou des décors complexes. La seconde : le code du jeu, conçu à l’origine pour 8 joueurs maximum, n’aurait pas été correctement réécrit pour supporter cette augmentation. Enfin, certains experts pointent du doigt l’architecture en ligne de Nintendo, historiquement en retard sur ses concurrents (Sony et Microsoft) et jamais vraiment modernisée depuis l’ère Wii U.
"C’est un problème systémique chez Nintendo. Ils excellent sur le plan créatif, mais leur infrastructure en ligne est restée bloquée dans les années 2010. Regardez Splatoon 3 ou Mario Kart 8 Deluxe : les mêmes soucis de latence et de déconnexions reviennent sans cesse. Avec la Switch 2, ils avaient l’occasion de tout repenser… mais visiblement, ils ont préféré bricoler", analyse Julien, un développeur indépendant interrogé par nos soins.
La communauté à la rescousse (encore)
Face à l’incompétence apparente de Nintendo, les joueurs ont dû inventer leurs propres règles. Voici quelques-unes des "astuces" les plus courantes, partagées sur les forums et les serveurs Discord :
- Désactiver les sauvegardes automatiques : elles ralentissent le jeu et augmentent les risques de crash.
- Limiter les déplacements brusques : courir ou changer de zone trop vite peut déclencher des erreurs de synchronisation.
- Atterrir un par un : chaque joueur doit attendre que le précédent soit totalement chargé avant de rejoindre l’île.
- Éviter les interactions simultanées : pas de menus ouverts en même temps, pas d’échanges d’objets groupés.
- Utiliser Discord pour communiquer : le GameChat de Nintendo est trop instable pour coordonner quoi que ce soit.
Résultat ? Une organisation quasi militaire, où chaque session doit être préparée à l’avance, avec des rôles attribués et des consignes strictes. "On a créé un Google Doc avec la checklist à suivre pour éviter les bugs. C’est triste, mais sans ça, c’est ingérable", explique Élodie, modératrice d’un serveur ACNH français. Certains groupes vont même jusqu’à limiter le nombre d’objets placés sur l’île pour réduire la charge, ou à désactiver les effets visuels (comme les feux d’artifice) pour stabiliser les FPS.
Ironie du sort : ces contournements transforment Animal Crossing, jeu censé incarner la liberté et la créativité, en une expérience ultra-contrôlée. "Au final, on passe plus de temps à gérer les bugs qu’à profiter du jeu. C’est comme organiser un pique-nique en calculant la trajectoire des fourmis pour éviter qu’elles ne montent dans le panier", résume Léo, amer.
Et maintenant ? L’attente (encore et toujours)
Alors, que faire ? Les joueurs les plus optimistes espèrent une mise à jour corrective de la part de Nintendo, même si l’histoire montre que la firme japonaise a rarement réagi rapidement à ce type de problèmes. D’autres misent sur des solutions communautaires, comme des outils tiers (à utiliser avec prudence) pour stabiliser les connexions. Enfin, certains ont tout simplement baissé les bras, retournant à des sessions à 8 joueurs – ou pire, abandonnant définitivement le multijoueur.
"Je ne comprends pas comment un jeu aussi populaire peut être aussi mal supporté. On dirait que Nintendo considère que tant qu’on achète leurs jeux, ils n’ont pas à se soucier du reste. Mais à force, même les fans les plus fidèles vont lâcher l’affaire", s’inquiète Marine. Un avis partagé par beaucoup, d’autant que des alternatives comme Palia ou Stardew Valley (avec son mode multijoueur bien plus stable) commencent à attirer les déçus d’ACNH.
Reste une question : pourquoi Nintendo persiste-t-il à négliger son infrastructure en ligne ? Entre le manque de transparence, l’absence de communication sur les correctifs, et une politique de mises à jour minimalistes, les joueurs ont de quoi se sentir abandonnés. Pourtant, avec un peu de volonté, la situation pourrait s’améliorer. Après tout, même Among Us – un jeu bien moins gourmand – a su gérer des parties à 15 joueurs sans soucis. Alors, Animal Crossing, lui, ne le pourrait pas ?
En attendant, une chose est sûre : si vous voulez tenter l’expérience du mode 12 joueurs, prévoyez du temps, de la patience, et un bon stock de café. Car entre les bugs, les reconnexions et les contournements, votre île paradisiaque risque de ressembler davantage à un chantier de construction qu’à un havre de paix.
La balle est dans le camp de Nintendo : soit la firme prend enfin le taureau par les cornes et modernise son infrastructure, soit elle risque de voir sa communauté, pourtant fidèle, se tourner vers des horizons plus stables. En 2024, on ne devrait plus avoir à choisir entre jouer avec ses amis… ou jouer sans bugs.

