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Entre escalade stérile et survie édulcorée, DON’T NOD signe un drame spatial aussi ambitieux qu’inabouti
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Un voyage spatial qui perd son orbite
Avec Aphelion: Perséfone, DON’T NOD tente de réinventer le drame scientifique en mêlant escalade vertigineuse et survie contemplative. Pourtant, malgré une bande-son envoûtante signée Olivier Derivière et une collaboration avec l’Agence Spatiale Européenne, le jeu s’enlise dans des mécaniques répétitives et un scénario aux trous béants. Une aventure courte (4-5h) qui, comme sa planète glacée, peine à trouver sa chaleur.
A retenir :
- Dualité décevante : L’alternance entre l’escalade dynamique d’Ariane (inspirée de Jusant) et la survie méthodique de Thomas manque cruellement de profondeur, avec des énigmes simplistes et une exploration sans enjeu.
- Une bande-son qui porte le jeu : Les compositions au piano et violoncelle d’Olivier Derivière (Remember Me, A Plague Tale) sauvent l’immersion, contrastant avec des graphismes inégaux et un level design monotone.
- Scénario en apesanteur : Entre incohérences scientifiques (une planète glacée soudain habitable) et un drame amoureux prévisible, le récit peine à convaincre, loin des standards narratifs de Vampyr ou Banishers.
- Absence de menace crédible : Le seul "ennemi", une créature stealth aux mécaniques basiques, rappelle les limites du jeu face à des titres comme The Callisto Protocol ou Dead Space (remake 2023).
- Pour qui ? Réservé aux inconditionnels de DON’T NOD ou aux amateurs de récits spatiaux contemplatifs – à condition d’accepter ses faiblesses techniques et narratives.
Perséfone : un miroir brisé des ambitions de DON’T NOD
Le 28 avril 2026, DON’T NOD pose le pied sur Perséfone, une exoplanète glacée présentée comme le dernier espoir de l’humanité. Après Life is Strange, Vampyr, ou encore Banishers: Ghosts of New Eden, le studio français mise cette fois sur un drame spatial mêlant escalade vertigineuse et survie extrême. Sur le papier, la promesse est alléchante : incarner tour à tour Ariane, biologiste agile, et Thomas, ingénieur en détresse, dans une quête désespérée pour coloniser ce monde hostile. Pourtant, dès les premières heures, le rêve se lézarde.
Le problème ? Une dualité mal exploitée. Les segments d’Ariane, censés évoquer l’adrénaline de Jusant (2023), se résument à une enchaînement de glissades sur glace et d’énigmes basiques (ajuster des fréquences, activer des mécanismes). Le système de cabestrant, bien que fluide, devient rapidement une routine. Quant à Thomas, sa survie se limite à une gestion simpliste des ressources (oxygène, soins), où les "piliers de sauvetage" – censés ajouter de la tension – transforment chaque erreur en simple checkpoint. "On dirait un tutoriel qui n’en finit pas", résume un joueur sur Steam, soulignant l’absence de progression ou de défis mémorables.
L’ennemi invisible : l’ennui
Le plus surprenant ? L’absence totale de menace crédible. Le seul adversaire du jeu, une créature stealth, se contente de mécaniques de furtivité dignes d’un projet étudiant : détourner son attention avec des bruits, se cacher dans l’ombre. Rien à voir avec la terreur tactique d’un The Callisto Protocol (2022) ou l’équilibre horreur/action du remake de Dead Space. Pire : les rares séquences de tension se résument à des courses contre la montre aussi prévisibles que peu inspirées. "J’ai cru à un bug quand j’ai réalisé qu’il n’y avait qu’un seul type d’ennemi", confie un testeur.
Le pire ? Même l’exploration, pourtant au cœur de l’expérience, tombe à plat. Les glyphes à collecter, présentés comme des clés narratives, n’apportent aucune profondeur au lore. Les paysages, bien que parfois sublimes (notamment les aurores boréales de Perséfone), se répètent rapidement, donnant l’impression de tourner en rond dans un décor de carton-pâte. Une sensation renforcée par des dialogues maladroits et un drame amoureux qui frôle le mélodrame spatial.
Quand la musique cache les failles
Heureusement, Aphelion a un atout majeur : sa bande-son. Signée par Olivier Derivière (Remember Me, A Plague Tale), elle transforme chaque scène en une expérience sensorielle. Les thèmes au piano et violoncelle, tantôt mélancoliques, tantôt urgents, portent les (rares) moments émotionnels du jeu. Les ambiances sonores – craquement de la glace, grésillements des combinaisons, vents glaciaux – achèvent de plonger le joueur dans l’hostilité de Perséfone. "C’est la seule raison pour laquelle j’ai terminé le jeu", avoue un critique.
Pourtant, même ce point fort ne suffit pas à masquer les incohérences narratives. Malgré une collaboration avec l’ESA pour un cadre "réaliste", le scénario accumule les invraisemblances : une planète glacée soudainement habitable, des technologies futuristes jamais expliquées, des retournements prévisibles. À côté, des titres comme Vampyr (2018) ou Banishers (2024) faisaient preuve d’une cohérence bien supérieure, prouvant que DON’T NOD peut mieux faire.
Derrière Perséfone : l’ombre de projets abandonnés
Saviez-vous qu’Aphelion était à l’origine conçu comme un jeu coopératif ? Des rumeurs internes évoquent un projet bien plus ambitieux, où deux joueurs auraient dû collaborer en temps réel pour survivre. Une idée abandonnée faute de temps (et de budget), qui explique peut-être la sensation de jeu tronqué qui persiste. Même la collaboration avec l’ESA, censée apporter un réalisme scientifique, se limite à quelques détails anecdotiques – comme les noms des modules spatiaux, directement inspirés de missions réelles.
Autre détail révélateur : le jeu était initialement prévu pour 2025, avant d’être repoussé de près d’un an. Un délai qui n’a visiblement pas suffi à peaufiner les animations parfois rigides ou les bugs d’affichage (textures qui clignotent, collisions imprécises). "On sent que DON’T NOD a dû faire des choix douloureux", analyse un développeur sous couvert d’anonymat, pointant du doigt des coupes dans le scénario et des niveaux supprimés.
Aphelion: Perséfone reste un OVNI fascinant – non pas par sa qualité, mais par son potentiel gaspillé. Entre les mécaniques répétitives, le scénario troué et l’absence de défis, difficile de ne pas voir ce jeu comme une occasion manquée. Pourtant, pour ceux qui accepteront ses défauts, il offre quelques moments de grâce : une bande-son sublime, des paysages glacés à couper le souffle, et cette étrange mélancolie qui colle à l’univers de DON’T NOD.
À jouer en une soirée, comme on regarde un film de science-fiction moyen – avec l’espoir secret que le studio corrige un jour ses erreurs via un DLC ou une suite. En l’état, Perséfone est une planète qui brille de loin, mais se révèle bien froide et stérile une fois qu’on y pose le pied.

