Il y a 66 jours
**"Christopher Lloyd, tueur en série glaçant : quand Doc Brown devient un monstre dans *I Am Not a Serial Killer*"**
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Un Christopher Lloyd méconnu, aussi terrifiant que génial
Qui aurait cru que Doc Brown, l’excentrique savant de Retour vers le futur, deviendrait un jour un tueur en série glaçant ? Dans I Am Not a Serial Killer (2016), Christopher Lloyd, alors âgé de 78 ans, livre une performance minimaliste et terrifiante, à des années-lumière de ses rôles cultes. Adapté du roman de Dan Wells, ce thriller psychologique mêle humour noir et tension sourde, porté par un duo d’acteurs explosif : Lloyd face à Max Records (Where the Wild Things Are). Un film indépendant, tourné avec un budget serré, qui prouve qu’un bon scénario et des interprétations fortes peuvent rivaliser avec les blockbusters. Disponible sur Prime Video, c’est une pépite méconnue à découvrir… si vous osez.
A retenir :
- Christopher Lloyd incarne un tueur en série dans un rôle à contre-emploi radical, loin de Retour vers le futur ou La Famille Addams.
- Un thriller psychologique minimaliste, où l’angoisse naît des silences et des regards, avec un budget de seulement 2 millions de dollars.
- Le duo Lloyd-Records crée une dynamique électrisante, entre fascination morbide et terreur pure, comparée à The Sixth Sense.
- The Guardian et IndieWire saluent un film qui "transforme le banal en cauchemar", grâce à une mise en scène épurée.
- Disponible sur Prime Video, ce film prouve que Lloyd, même à 87 ans, reste un maître du contre-emploi.
"Doc Brown" en version monstre : quand Christopher Lloyd réinvente le tueur en série
Il y a des rôles qui marquent à jamais la carrière d’un acteur, et puis il y a ceux qui les réinventent. Pour Christopher Lloyd, Bill Crowley dans I Am Not a Serial Killer (2016) appartient clairement à la deuxième catégorie. Après avoir incarné des personnages haut en couleur – du savant fou de Retour vers le futur à l’oncle Fétide de La Famille Addams –, l’acteur plonge ici dans un registre glacial, presque clinique. Pas de cris, pas de gestes ampoulés : juste une présence inquiétante, où chaque sourire en coin semble cacher des décennies de secrets inavouables.
Le film, adapté du roman éponyme de Dan Wells, suit John Wayne Cleaver (Max Records), un adolescent obsédé par les tueurs en série et travaillant dans une morgue familiale. Quand des meurtres mystérieux secouent sa petite ville, John se retrouve fasciné par son voisin, Bill Crowley, un vieil homme trop poli, trop calme… et peut-être trop intéressé par les cadavres. Ce qui aurait pu être un slasher basique devient, sous la direction de Billy O’Brien, une étude psychologique où l’horreur naît de l’ordinaire.
Lloyd, alors âgé de 78 ans, y livre une performance épurée, presque théâtrale dans son économie de moyens. Comme le souligne IndieWire, il "prouve qu’on peut encore glacer le sang sans quitter son fauteuil". Une antithèse totale de ses rôles précédents, mais qui rappelle son talent pour les personnages ambigus, comme dans The Dream Team (1989) ou Clue (1985). Ici, pas de folie exubérante : juste une froideur calculée, où chaque mot, chaque pause, semble piégé.
Pourtant, le choix de Lloyd n’était pas évident. Le réalisateur Billy O’Brien a expliqué dans une interview à Screen Daily qu’il cherchait un acteur capable de jouer "un monstre sans en avoir l’air". Après avoir envisagé des noms comme Ian McKellen ou Christopher Plummer, c’est finalement Lloyd qui a été retenu pour son ability à mélanger chaleur apparente et menace sous-jacente. Un pari risqué, mais payant : le film, bien que peu médiatisé, est devenu culte parmi les amateurs de cinéma indépendant.
Un thriller psychologique où l’angoisse naît du quotidien
Tourné avec un budget modeste (2 millions de dollars), I Am Not a Serial Killer mise tout sur l’atmosphère plutôt que sur les effets spéciaux. Le film s’inspire des thrillers des années 70, comme The Ice Storm (1997) d’Ang Lee, où la tension vient de l’inaction autant que de l’action. Les scènes clés – un dîner trop poli, une conversation dans une morgue trop silencieuse – reposent sur des détails : une fourchette qui grince, un couteau qui reflète la lumière, un sourire qui dure une seconde de trop.
Cette approche minimaliste divise la critique. Certains, comme The Hollywood Reporter, trouvent le rythme "trop lent", tandis que d’autres, à l’image de The Guardian, saluent un film qui "transforme le banal en cauchemar". Ce qui est sûr, c’est que I Am Not a Serial Killer ne ressemble à aucun autre thriller. Pas de jump scares, pas de poursuites effrénées : juste une angoisse sourde, qui s’installe progressivement, comme une maladie.
Le scénario, signé Billy O’Brien et Dan Wells, joue avec les codes du genre pour mieux les subvertir. John, le protagoniste, n’est pas un héros classique : c’est un adolescent tourmenté, socialement maladroit, et surtout, obsédé par les tueurs en série. Sa relation avec Crowley oscille entre admiration morbide et terreur pure, un équilibre fragile qui rappelle les dynamiques de The Sixth Sense (1999) ou Frailty (2001). Pourtant, contrairement à ces films, I Am Not a Serial Killer refuse les révélations spectaculaires. La vérité éclate sans fanfare, comme un coup de poignard dans le dos.
Max Records vs Christopher Lloyd : un duo explosif entre innocence et monstruosité
Si Lloyd vole la vedette, Max Records (connu pour Where the Wild Things Are) n’est pas en reste. Son interprétation de John Wayne Cleaver est un mélange détonant d’innocence enfantine et de pulsions sombres. John n’est pas un simple témoin : c’est un anti-héros, un jeune homme qui comprend les tueurs parce qu’il craint de devenir l’un d’eux. Sa relation avec Crowley est donc double : à la fois mentor-monstre et proie-prédateur.
Les scènes entre les deux acteurs sont électrisantes. Que ce soit lors d’un dîner tendu, où Crowley parle de "la beauté de la mort" avec un sourire paternel, ou dans la morgue, où John découvre peu à peu l’étendue de ses crimes, chaque échange est chargé d’une tension palpable. Comme le note Film Comment, leur alchimie rappelle celle de Anthony Hopkins et Jodie Foster dans Le Silence des agneaux, mais avec une dimension plus intime, presque familiale.
Pourtant, contrairement à Hannibal Lecter, Crowley n’est pas un génie diabolique. C’est un homme ordinaire, dont la monstruosité réside précisément dans sa normalité. Lloyd joue cette ambiguïté à la perfection : un instant, on le croit vulnérable ; l’instant d’après, on comprend qu’il est sans pitié. Une performance qui lui a valu des éloges, notamment de la part de Stephen King, qui a tweeté en 2016 : "Christopher Lloyd dans I Am Not a Serial Killer est aussi effrayant que normale. C’est ça, le vrai frisson."
Cette dualité est renforcée par la photographie du film, signée Robbie Ryan (American Honey, The Favourite). Les plans serrés sur les visages, les jeux d’ombres dans la morgue, et les couleurs désaturées créent une atmosphère oppressante, où même les scènes en plein jour semblent menaçantes. Comme si la caméra elle-même savait ce que Crowley cache.
Un film culte méconnu, à redécouvrir sur Prime Video
Sorti en 2016, I Am Not a Serial Killer n’a pas eu l’impact commercial de Retour vers le futur ou de La Famille Addams. Pourtant, avec le recul, il apparaît comme l’un des rôles les plus audacieux de Christopher Lloyd. Un film qui ose prendre son temps, qui ose être ambigu, et qui ose faire de son monstre un homme charmant.
Disponible aujourd’hui sur Prime Video, il mérite une redécouverte, d’autant plus que le cinéma indépendant de ce type se fait rare. Entre thriller psychologique, comédie noire et drame familial, le film défie les attentes, et c’est précisément ce qui le rend si captivant. Comme le résume Birth.Movies.Death : "C’est un film sur la peur de devenir ce qu’on étudie, et sur l’horreur de réaliser que le monstre pourrait être votre voisin."
Et Lloyd, dans tout ça ? Il prouve, une fois de plus, qu’il est bien plus qu’un acteur culte des années 80. À 87 ans (en 2024), il continue de surprendre, de terrifier, et de fasciner. Peut-être que, finalement, Doc Brown avait toujours un côté sombre…
"Derrière les caméras : comment un roman pour ados est devenu un thriller adulte"
Peu de gens le savent, mais I Am Not a Serial Killer est à l’origine un roman young adult écrit par Dan Wells en 2009. L’idée de base ? Un adolescent sociopathe qui travaille dans une morgue et tente de ne pas devenir un tueur. Un concept qui aurait pu virer au gore adolescent, mais que Wells a traité avec une profondeur psychologique rare.
Quand le réalisateur Billy O’Brien (connu pour Isolation, un film d’horreur irlandais) a découvert le livre, il a immédiatement vu son potentiel cinématographique – à condition de le noircir. "Le roman avait une touche d’humour noir, mais pour le film, je voulais quelque chose de plus glacial, presque kubrickien", expliquait-il à Dread Central. Le résultat ? Un scénario qui gomme les aspects "ado" pour se concentrer sur la relation toxique entre John et Crowley.
Le tournage, réalisé en 23 jours seulement dans le Minnesota, a été un défi. Avec un budget serré, l’équipe a dû improviser : la morgue du film est en réalité un entrepôt reconverti, et certaines scènes ont été tournées dans des maisons abandonnées. "On n’avait pas les moyens de se payer des décors, alors on a cherché des lieux qui avaient déjà une âpre réalité", racontait le chef décorateur David Bryan.
Un autre détail surprenant : le titre original du film devait être The Killer Inside Me (comme le roman de Jim Thompson), avant que les producteurs ne réalisent qu’un film du même nom était sorti en 2010 avec Casey Affleck. Le choix final, I Am Not a Serial Killer, est ironique : car au fond, tout le monde ment dans ce film. Même le titre.
I Am Not a Serial Killer n’est pas un film pour les amateurs de frissons faciles. C’est une œuvre exigeante, qui demande au spectateur de plonger dans l’inconfort, de douter de chaque personnage, et surtout, de remettre en question sa propre fascination pour le mal. Christopher Lloyd y livre une performance inoubliable, rappelant que les meilleurs monstres sont souvent ceux qui sourisent le plus gentiment.
Si vous aimez les thrillers où l’horreur naît de l’ambiguïté plutôt que des effets spéciaux, si vous êtes fasciné par les anti-héros tourmentés et les méchants charmants, alors ce film est fait pour vous. Et maintenant qu’il est disponible sur Prime Video, il n’y a plus d’excuse pour ne pas le découvrir. Juste une question : oserez-vous regarder jusqu’au bout ?

