Il y a 84 jours
Game of Thrones : Un historien médiéval démolit la bataille de la Néra (et lui attribue un 3/10 !)
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Pourquoi la bataille de la Néra dans Game of Thrones est-elle un désastre historique selon un expert ?
A retenir :
- Le médiéviste Dr. Michael Fulton attribue un 3/10 à la bataille de la Néra, critiquant son manque de réalisme historique.
- L’assaut frontal contre les portes de Port-Réal est une erreur stratégique majeure : les sièges médiévaux évitaient les goulots d’étranglement.
- Les flèches enflammées, spectaculaires mais inefficaces en champ ouvert, sont un cliché hollywoodien selon l’expert.
- Les défenseurs abandonnent leurs positions surélevées pour un combat rapproché, une décision "absurde" d’un point de vue tactique.
- Les assiégeants se réfugient contre les murs, une erreur fatale : les défenseurs auraient dû utiliser pierres ou huile bouillante.
- Comparaison accablante : Le Seigneur des Anneaux obtient un 1/10 pour sa bataille des Champs du Pelennor.
La série Game of Thrones a révolutionné la fantasy à l’écran, notamment grâce à ses batailles épiques, mêlant violence brutale et spectacle visuel. Pourtant, derrière ces scènes grandioses se cachent parfois des libertés scénaristiques qui font grincer les dents des historiens. Dr. Michael Fulton, spécialiste des stratégies de siège médiévales à l’Université de York, a passé au crible l’une des confrontations les plus marquantes de la série : la bataille de la Néra (saison 2, épisode 9, La Guerre des Cinq Rois). Son verdict, publié sur Insider, est sans appel : 3/10, une note sévère qui place la série devant Le Seigneur des Anneaux (1/10 pour les Champs du Pelennor), mais loin derrière des œuvres comme The Last Duel (8/10) ou Kingdom of Heaven (7/10).
Des portes grandes ouvertes : une erreur tactique impardonnable
Dès les premières minutes de la bataille, Fulton relève une aberration stratégique : l’assaut frontal des troupes de Stannis Baratheon contre les portes de Port-Réal. Dans la réalité médiévale, une porte entrouverte n’était jamais la cible principale d’un siège. Les assiégeants privilégiaient les brèches créées par des sapements (galeries creusées sous les murs) ou des engins de siège comme les béliers, protégés par des tortues (abris mobiles en bois). Ici, les soldats de Stannis chargent tête baissée vers un goulot d’étranglement, une tactique qui aurait décimé leurs rangs sous les flèches et les projectiles.
Mais le pire reste la réaction des défenseurs. Au lieu d’exploiter leur avantage depuis les remparts, ils abandonnent leurs positions surélevées pour un combat rapproché. « Une décision contraire à toute logique militaire », s’indigne Fulton. Les chroniques médiévales, comme celles du siège de Harfleur (1415) ou de Rouen (1418-1419), montrent que les assiégés évitaient les sorties inutiles, sauf en cas de supériorité écrasante ou pour briser un blocus. Ici, rien ne justifie cette erreur grossière.
Pourquoi un tel choix scénaristique ? Fulton émet une hypothèse : « Game of Thrones privilégie le spectacle à la crédibilité. Une bataille en champ clos est plus facile à filmer et à mettre en scène qu’un siège long et méthodique. » Un compromis compréhensible, mais qui sacrifie le réalisme.
Flèches enflammées et autres fantasmes hollywoodiens
Autre cible de l’expert : les volées de flèches enflammées lancées depuis les remparts. Si cette image est devenue un cliché du cinéma (de Braveheart à Le Roi Arthur), elle était rarement employée lors des sièges médiévaux. « Les flèches incendiaires servaient à cibler des structures en bois ou des toits de chaume », explique Fulton. Or, à Port-Réal, les projectiles tombent sur un champ de bataille dégagé, sans aucun objectif inflammable à proximité. « Un gaspillage de ressources », résume-t-il, avant d’ajouter : « Les assiégeants auraient pu les réutiliser contre les défenses en bois de la ville, si elles avaient existé. »
L’expert souligne une autre incohérence : les assiégeants, sous le feu des archers, se réfugient contre la base des murs, pensant y trouver une protection. « Une erreur fatale », selon Fulton. Les défenseurs auraient simplement dû lâcher des pierres ou de l’huile bouillante depuis les créneaux, une tactique courante et bien plus efficace. Les récits des sièges de Château-Gaillard (1203-1204) ou de Constantinople (1453) décrivent cette méthode avec une précision macabre : les pierres écrasaient les crânes, tandis que l’huile bouillante faisait fondre les armures et la chair. « Une occasion manquée pour les scénaristes d’ajouter un réalisme cruel à la bataille », regrette-t-il.
"Le feu grégeois ? Même pas en rêve !"
Fulton va plus loin en critiquant l’absence de feu grégeois, une arme redoutable utilisée lors des sièges byzantins. « Dans un univers où la magie existe (avec le feu valyrien), pourquoi ne pas avoir intégré cette arme historique ? », s’interroge-t-il. Le feu grégeois, un mélange napalm-like projeté via des siphons, était impossible à éteindre avec de l’eau et aurait ajouté une dimension terrifiante et réaliste à la bataille. « Même sans magie, les Byzantins l’utilisaient déjà au VIIe siècle », rappelle-t-il.
Autre détail qui agace l’historien : l’absence de machines de siège comme les trébuchets ou les balistes. « Stannis Baratheon est censé être un stratège méthodique, pourtant il néglige les outils essentiels d’un siège », note Fulton. Les trébuchets, capables de lancer des projectiles de 100 kg à plus de 200 mètres, auraient pu réduire les murs en miettes en quelques jours. « Dans la réalité, un siège comme celui de Port-Réal aurait duré des mois, avec des phases de négociations, de famine et de maladies », précise-t-il. La bataille en une nuit relève du fantasme pur.
Et si Tyrion Lannister avait lu Salluste ?
Fulton reserve une critique particulière à la stratégie défensive de Tyrion Lannister. « Il est supposé être un génie tactique, yet il commet des erreurs de débutant », souligne-t-il. Par exemple, les chaînes tendues pour bloquer la rivière sont une bonne idée, mais leur placement est trop visible. « Dans la réalité, on les aurait camouflées ou placées plus en amont pour surprendre la flotte ennemie », explique Fulton, citant les tactiques navales de la guerre de Cent Ans.
Autre problème : l’absence de contremesures contre les échelles d’assaut. « Les défenseurs auraient dû enduire les murs de graisse ou y accrocher des filets pour les rendre glissantes », précise-t-il. Une technique utilisée lors du siège de Jérusalem (1187), où Saladin avait ordonné de recouvrir les remparts de boue et de fumier pour empêcher les croisés de grimper. « Tyrion, avec ses ressources, aurait pu faire bien mieux », conclut Fulton, non sans une pointe d’ironie.
Le réalisme historique, un luxe pour les séries fantasy ?
Face à ces critiques, une question s’impose : une série comme Game of Thrones doit-elle sacrifier le spectacle pour le réalisme ? Fulton nuance son propos : « Je ne demande pas une reconstitution historique parfaite, mais un minimum de cohérence. The Last Kingdom ou Vikings montrent qu’on peut allier divertissement et crédibilité. »
Il cite en exemple la bataille de la Bastille dans The Witcher (saison 1), où les assiégeants utilisent des tunnels de sape et des catapultes de manière plausible. « Même Le Seigneur des Anneaux, avec son 1/10, a des excuses : Tolkien décrivait des batailles épiques et mythiques, pas réalistes », ajoute-t-il. Game of Thrones, en revanche, se veut ancrée dans un pseudo-médiéval, ce qui rend ses erreurs plus frustrantes pour les puristes.
Pourtant, Fulton reconnaît un point fort : la psychologie des personnages. « Les dialogues de Tyrion ou de Stannis reflètent bien les dilemmes moraux des chefs de guerre médiévaux », admet-il. « Mais quand la stratégie et la logistique sont aussi mal traitées, c’est difficile à avaler. »
Ce que la série aurait pu faire (et pourquoi elle ne l’a pas fait)
Alors, comment améliorer la bataille de la Néra tout en gardant son rythme cinématographique ? Fulton propose quelques pistes :
- Des phases de siège étalées : Montrer les préparatifs (construction de trébuchets, creusement de sapes) aurait ajouté du suspense.
- Un usage limité des flèches enflammées : Les réserver pour cibler les tentes ou les réserves de nourriture des assiégeants.
- Des contre-attaques nocturnes : Les sortiessurprise, comme lors du siège d’Orléans (1429), auraient pu être un tournant dramatique.
- La famine comme arme : Montrer les ravages de la disette parmi les assiégés aurait renforcé l’enjeu humain.
Mais Fulton comprend les contraintes de la série : « Un siège réaliste aurait nécessité plusieurs épisodes, un budget colossal et un rythme plus lent. Game of Thrones est avant tout du divertissement, pas un documentaire. »
Reste une question : et si ces erreurs étaient volontaires ? Certains fans théorisent que les scénaristes ont exagéré les faiblesses tactiques pour souligner l’arrogance de Stannis ou l’improvisation désespérée de Tyrion. « C’est une piste intéressante, mais ça ne tient pas », rétorque Fulton. « Même un mauvais général médiéval aurait évité ces bourdes. »
Pour les fans, ces incohérences n’enlèvent rien à l’émotion. Pour les historiens, elles rappellent que Hollywood a encore du chemin à parcourir avant de maîtriser l’art de la guerre… médiévale.

