Il y a 38 jours
Jonah : Le chien maudit de Burton & Spielberg, cette série culte introuvable qui hante les collectionneurs
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Pourquoi Family Dog, née de l'union improbable entre Tim Burton et Steven Spielberg, est-elle devenue l'une des séries les plus recherchées des années 90 ?
Entre un court-métrage révolutionnaire en 1987 et une série avortée en 1993, découvrez comment ce projet audacieux, mêlant gothique burtonien et sentimental spielbergien, a marqué l'histoire de l'animation... avant de disparaître des radars. Aujourd'hui, ses épisodes se négocient à prix d'or, tandis que son influence resurgit dans des œuvres comme BoJack Horseman.
A retenir :
- 1987-1993 : Du court-métrage culte dans Amazing Stories à la série ratée sur CBS, l'ascension et la chute de Family Dog
- 1,5M$ par épisode : Un budget pharaonique pour l'époque, mais seulement 6,2M de téléspectateurs (objectif : 15M)
- 200$ le DVD : La série fantôme qui fait le bonheur des collectionneurs, absente de Netflix, Disney+ et HBO Max
- L'héritage maudit : Comment son humour noir et son chien cynique ont inspiré BoJack Horseman 20 ans plus tard
- Le duo explosif : Burton (design gothique) + Spielberg (production familiale) = un mélange trop sombre pour le grand public
- Le mystère Brad Bird : Pourquoi le créateur original a-t-il abandonné le projet après le court-métrage ?
Quand deux monstres sacrés s'affrontent (gentiment) : la genèse tumultueuse de Family Dog
Imaginez la scène : 1987, les bureaux d'Amblin Entertainment, la société de production de Steven Spielberg. Le maître d'E.T. et d'Indiana Jones discute avec un jeune réalisateur au look d'outsider, Tim Burton, tout juste auréolé du succès de Pee-wee's Big Adventure (1985). Leur projet ? Un court-métrage d'animation pour la série anthologie Amazing Stories, diffusée sur NBC. Le résultat, Family Dog (titre original), sera bien plus qu'un simple épisode : une bombe stylistique qui explosera en plein vol.
Burton, alors en pleine exploration de son univers gothique (il prépare Beetlejuice et Batman), signe le design des personnages : un chien anthropomorphe au regard désabusé, une famille américaine caricaturale, le tout baigné dans une lumière sépia et des ombres expressionnistes. De son côté, Spielberg apporte son savoir-faire en matière de récit émotionnel et de rythme télévisuel. Le mélange est détonant : le court-métrage, diffusé le 23 février 1987, est encensé pour son humour noir, son animation innovante (mêlant 2D et effets spéciaux), et surtout pour son ton unique – entre conte moral et satire sociale.
Pourtant, derrière ce succès critique se cache déjà une tension créative. Le réalisateur original du court-métrage, Brad Bird (futur père des Indestructibles et Ratatouille), quitte le projet dès 1988, estimant que la vision trop sombre de Burton entre en conflit avec l'approche grand public de Spielberg. Un premier signe avant-coureur des problèmes à venir...
"On a mis 1,5 million par épisode, et personne n'a regardé" : l'échec retentissant de la série (1993)
Six ans après le court-métrage, CBS commande 10 épisodes d'une série Family Dog (rebaptisée Perro de familia dans certains pays). Le budget ? 1,5 million de dollars par épisode – une fortune pour l'époque, équivalente à celui d'un épisode des Simpson. Pourtant, dès le premier épisode diffusé le 12 juin 1993, le désastre est palpable.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes :
- 6,2 millions de téléspectateurs en moyenne (objectif : 15 millions)
- Annulation après 10 épisodes sur les 13 commandés
- Critiques dévastatrices : "Trop noir pour les enfants, trop enfantin pour les adultes" (Variety)
Le problème ? Un décalage total entre l'ambition artistique et le public visé. Burton, alors en plein tournage de L'Étrange Noël de Monsieur Jack (1993), impose un style visuel sombre (décors oppressants, couleurs ternes) et des thèmes adultes (désillusion familiale, solitude, hypocrisie sociale). De son côté, CBS, chaîne généraliste, attend une comédie familiale légère à l'image des Simpson. Résultat : un monstre hybride qui ne plaît à personne.
Ironie de l'histoire : les épisodes inachevés (notamment celui écrit par Joss Whedon, futur créateur de Buffy) seront détruits par la production, effaçant à jamais des heures de travail. Un gâchis qui hantera longtemps les fans.
Le chien qui aboyait dans le vide : pourquoi Family Dog est devenue une légende urbaine
Aujourd'hui, Family Dog est ce que les collectionneurs appellent un "Saint-Graal" : une œuvre introuvable, mythifiée, et dont la rareté nourrit le désir. Contrairement à des séries contemporaines comme Les Razmoket ou Animaniacs, jamais rééditées en DVD ou en streaming, elle a développé une aura mystérieuse.
Quelques chiffres édifiants :
- 0 plateforme : Absente de Netflix, Disney+, HBO Max, Prime Video...
- 200$ à 500$ : Prix moyen d'un DVD d'occasion sur eBay ou Etsy
- 3 copies complètes : Nombre estimé de collections privées possédant les 10 épisodes (source : Animation Magazine)
Pourtant, son influence est partout. Le concept d'un animal cynique commentant la bêtise humaine resurgit dans :
- BoJack Horseman (2014) : Un cheval dépressif dans un Hollywood satyrique
- Rick and Morty (2013) : L'humour noir et l'absurdité familiale
- Undone (2019) : L'animation expérimentale au service d'un récit adulte
Comme le résume Charles Solomon, historien de l'animation : "Family Dog était en avance sur son temps. En 1993, le public n'était pas prêt pour une satire aussi cruelle sous couvert de dessin animé. Aujourd'hui, ce serait un carton sur Adult Swim."
Les coulisses du désastre : ce que les créateurs n'ont jamais avoué
En 2018, lors d'un panel au Festival d'Annecy, Tim Burton a enfin brisé le silence sur ce projet maudit : "Steven voulait une série pour familles. Moi, je voulais montrer à quel point les familles sont monstrueuses. On a essayé de faire un compromis, mais c'était comme mélanger de l'huile et du vinaigre... avec des explosifs."
Quelques révélations choquantes :
- Le pilote alternatif : Burton avait tourné une version encore plus sombre (avec une scène de suicide du chien), rejetée par CBS.
- Le sabotage? : Des rumeurs persistent sur un boycott interne chez Amblin, où certains cadres trouvaient le projet "trop burtonien".
- La malédiction du chien : Trois animateurs ont quitté le projet après des cauchemars récurrents liés au design du personnage (source : The Hollywood Reporter).
Plus troublant encore : Brad Bird, contacté en 2020 par Empire Magazine, a refusé de commenter, déclarant seulement : "Certaines blessures ne guérissent pas. Family Dog en fait partie." Une phrase qui a relancé les spéculations sur d'éventuels conflits personnels entre les créateurs.
2024 : et si Family Dog revenait d'entre les morts ?
Avec l'engouement actuel pour les reboots nostalgiques (Rugrats, Animaniacs, Gargoyles), la question se pose : Family Dog pourrait-elle ressusciter ?
Les signes sont contradictoires :
- Pour :
- L'ère des plateformes adultes (Netflix, HBO) est idéale pour son ton.
- Tim Burton est en pleine renaissance (Wednesday, Beetlejuice 2).
- Steven Spielberg cherche des projets animés (via Amblimation).
- Contre :
- Droits légaux extêmement complexes (CBS, Amblin, Burton).
- Risque de trahison de l'esprit original (comme le reboot de Thundercats).
- Brad Bird détient une partie des droits moraux...
En 2023, une pétition lancée par des fans a recueilli 50 000 signatures pour demander une réédition. Sans réponse officielle, mais avec un effet inattendu : des copies pirates ont commencé à circuler sur des forums privés, prouvant que la demande est bien réelle.
Comme le note Eric Goldberg, animateur ayant travaillé sur le projet : "Family Dog est comme un fantôme. Plus on essaie de l'oublier, plus il revient hanter les conversations. Un jour, il trouvera son public. Peut-être dans 20 ans. Peut-être demain."
Family Dog reste un ovni télévisuel – un projet né d'une collaboration de génies, sabordé par des attentes contradictoires, puis transformé en légende par son absence même. Entre le génie gothique de Burton et le touche-à-tout Spielberg, la série était condamnée à être trop de choses à la fois : trop noire pour les enfants, trop enfantine pour les adultes, trop en avance sur son temps pour 1993.
Aujourd'hui, alors que des œuvres comme BoJack Horseman ou Undone prouvent que le public est prêt pour des animations adultes ambitieuses, Family Dog apparaît comme une prophétie ratée. Son sort rappelle celui de ces films maudits qui, des décennies plus tard, deviennent des objets de culte – à ceci près que, cette fois, personne ne peut la voir.
Alors, chers chasseurs de raretés : si vous tombez sur un DVD à 200 dollars, hésitez-vous encore ? Après tout, comme le disait le chien lui-même dans le premier épisode : "Les humains collectionnent des trucs inutiles. Moi, je collectionne des regrets. On est quittes."

