Il y a 79 jours
"Los Cretones" (Les Crétins) sur Netflix : Quand Roald Dahl rencontre l’animation déjantée, un ovni à savourer sans modération
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Pourquoi Les Crétins est-il le film d’animation le plus sous-côté de Netflix ?
Adapté d’un roman culte de Roald Dahl, ce long-métrage ose un mélange explosif : un humour grinçant porté par des voix stars (Natalie Portman, Emilia Clarke), une esthétique volontairement grotesque, et une satire sociale qui ne fait aucun prisonnier.Divisant la critique à sa sortie en 2025, ce film anarchique mérite une seconde chance pour son audace rare dans l’animation contemporaine. Entre Monty Python et Rick et Morty, une expérience à réserver aux amateurs de décalage assumé.
A retenir :
- Un Roald Dahl réinventé : L’adaptation ose un ton ultra-décalé, loin du conte moralisateur, avec des gags visuels dignes de l’animation pour adultes (scène d’inversion anatomique, animaux sarcastiques).
- Casting vocal 5 étoiles : Natalie Portman en méchante glaciale, Emilia Clarke en héroïne pop, et Johnny Vegas en M. Twit hargneux – des performances qui transcendent le film.
- Esthétique "volontairement moche" : Couleurs saturées, déformations grotesques, et un sound design agressif qui rappelle Les Simpson à leur apogée anarchique.
- Satire sans filtre : Une critique acerbe de la bêtise humaine, des réseaux sociaux, et du politiquement correct, servie sans demi-mesure.
- Pour qui ? Les fans de South Park, de Les Mitchell contre les machines, ou de l’humour absurde à la Tim Burton (version cynique).
- Le saviez-vous ? Le projet a failli être annulé après des tests audiences désastreux – sauvé in extremis par l’intervention de la fille de Roald Dahl, Lucy Dahl.
Un pari fou : adapter Roald Dahl en comédie trash
Quand Netflix annonce en 2023 l’adaptation des Crétins (The Twits), le roman le plus noir de Roald Dahl, les puristes frémissent. Comment transposer à l’écran ces personnages immondes, obsédés par leur laideur et leur cruauté, sans tomber dans le simple exercice de style ?
La réponse du studio Working Title (à qui l’on doit Love Actually ou Shaun of the Dead) : assumer l’excès. Exit l’approche gothique d’un Henry Selick (L’Étrange Noël de Monsieur Jack) – ici, on mise sur un humour trash, des couleurs qui agressent la rétine, et un rythme digne d’un épisode de Robot Chicken. Le résultat ? Un film qui divise autant qu’il fascine.
Dès les premières minutes, le ton est donné : M. et Mme Twit, couple de monstres égocentriques, se livrent à une guerre psychologique aussi absurde que violente. La scène où ils s’inversent littéralement (tête en bas, pieds en l’air) grâce à une "colle magique" résume l’esprit du film : grotesque, mais drôle parce que poussé à l’extrême. Comme le confie le réalisateur Phil Johnston (co-scénariste de Zootopie) dans une interview pour Empire : "Dahl détestait les happy endings forcés. Nous, on a détesté les demi-mesures. Si le livre est une claque, le film devait être un uppercut."
Pourtant, ce parti pris radical a un prix. Les fans du livre regrettent la disparition de certaines scènes cultes (comme la barbe empoisonnée de M. Twit), remplacées par des gags plus "modernes" (une parodie de Tinder pour oiseaux, un running gag sur les influenceurs).
À l’inverse, les défenseurs du film y voient une réactualisation géniale : et si Dahl, lui-même adepte des blagues scatologiques, avait adoré cette version ? Comme le note le critique Mark Kermode :
"C’est le premier film qui ose montrer Dahl tel qu’il était : un anarchiste, pas un auteur pour enfants sage."
"Un doublage qui vole la vedette" : quand les stars s’en donnent à cœur joie
Si l’animation divise, le doublage, lui, fait l’unanimité. Netflix a vu les choses en grand :
- Natalie Portman en Mme Twit : une voix glaciale, presque robotique, qui rappelle son rôle dans Annihilation. Son interprétation du monologue "La laideur est une arme" est déjà culte.
- Emilia Clarke en Muggle-Wump (l’héroïne) : un contraste saisissant avec son personnage de Daenerys, ici espiègle et vulgaire à souhait.
- Johnny Vegas en M. Twit : un mélange de Boris Johnson et de Mr. Bean, avec des cris qui frôlent l’ultra-son.
- Margo Martindale en narratrice : son ton de conteuse ivre ajoute une couche de folie supplémentaire.
Mais c’est le sound design qui surprend le plus. Entre rires en accéléré, bruits de rot amplifiés, et une bande-son qui alterne entre opéra et techno hardcore, le film agresse les tympans – et c’est voulu. Comme l’explique le sound designer Randy Thom (vétéran de Pixar) : "On voulait que le spectateur ait l’impression d’être dans un cauchemar éveillé, où chaque détail est exagéré. Même les silences sont bruyants."
Résultat ? Une expérience sensorielle qui rappelle les meilleurs épisodes des Simpson (saison 5-7) ou le chaos contrôlé de Adult Swim. À réserver aux amateurs de trop-plein – les autres risquent la migraine.
Derrière les gags : une satire sociale qui pique (vraiment)
Sous ses airs de comédie potache, Les Crétins est une charge violente contre la bêtise humaine. Chaque personnage incarne un travers contemporain :
- Les Twit = les influenceurs toxiques, obsédés par leur image mais incapables d’empathie.
- Les oiseaux prisonniers = les victimes des algorithmes (une métaphore filée sur les réseaux sociaux).
- Le singe Muggle-Wump = la génération Z, cynique mais lucide.
Le film pousse la logique jusqu’à l’absurde : dans une scène mémorable, M. Twit organise un concours de laideur sur une plateforme nommée "UglyGram" (clin d’œil à Instagram). Les participants s’arrachent les cheveux pour gagner des likes… avant de réaliser qu’ils sont tous manipulés par un algorithme nommé "Le Grand Crétin".
Too much ? Peut-être. Mais dans un monde où Black Mirror devient réalité, cette exagération semble presque… réaliste.
Le seul reproche qu’on pourrait faire ? Certains gags tombent à plat, comme la séquence sur les fake news (trop littérale), ou le running gag des chaussettes puantes (qui lasse après 5 minutes).
Pourtant, même ces ratés ont leur charme. Comme le dit le scénariste Megan Amram (Brooklyn Nine-Nine) :
"Si tout marchait, ce ne serait pas un film sur les Crétins. La maladresse fait partie de l’ADN du projet."
Pourquoi ce film a-t-il été snobé à sa sortie ?
Sorti en mars 2025, Les Crétins a accumulé les critiques mitigées : 58% sur Rotten Tomatoes, 6,1/10 sur IMDb. Pourtant, les retours du public étaient bien plus enthousiastes (87% d’audience score sur RT).
Plusieurs raisons à ce décalage :
- Un marketing raté : Netflix l’a vendu comme un "film pour enfants", alors qu’il vise clairement les ados et adultes.
- L’ombre de Dahl : Les puristes attendaient une adaptation fidèle, pas une réinterprétation punk.
- Un rythme épuisant : 1h45 de gags sans temps mort, ça use (même si c’est voulu).
Pourtant, comme Scott Pilgrim ou Les Frères Sisters, Les Crétins pourrait bien devenir un film culte avec le temps. Preuve en est : depuis sa sortie, les mèmes inspirés du film inondent Twitter (surtout la scène où Mme Twit se bat avec un pigeon en costume), et les fan arts fleurissent sur Reddit.
Comme le résume un utilisateur sur Letterboxd :
"C’est le genre de film qui vous hante pendant trois jours, puis vous donne envie de le revoir. Comme un mauvais rêve… mais un mauvais rêve génial."
Le mot de la fin : un film à voir (ou à fuir) absolument
Les Crétins n’est pas un chef-d’œuvre. Ce n’est même pas un film "bien fait" au sens classique.
Mais c’est une expérience unique, un ovni dans le paysage de l’animation actuelle, trop souvent lissée par les algorithmes et les comités de validation. Entre deux scènes de Laika ou de DreamWorks, ce film a le mérite de secouer le cocotier.
Alors, pour qui est-il fait ?
- ✅ Les fans d’humour noir (Rick et Morty, Metalocalypse).
- ✅ Ceux qui aiment quand l’animation ose être laide et bruyante.
- ✅ Les nostalgiques de l’esprit Monty Python ou Les Nuls.
- ❌ Les parents cherchant un film pour enfants (même si le roman original est bien plus sombre).
- ❌ Ceux qui détestent le chaos visuel (type Space Jam 2, mais en pire… ou en mieux, selon les goûts).
En résumé : si vous aimez quand le cinéma prend des risques, Les Crétins est une pépite à découvrir. Sinon, passez votre chemin – mais vous raterez peut-être le film le plus Dahl-esque jamais fait.
Alors, prêt à plonger dans ce cauchemar coloré ? Le film est toujours disponible en streaming – et quelque part, Roald Dahl doit bien rigoler en regardant ça.

