Il y a 71 jours
Megadimension : Le DLC de
h2
Un DLC aux promesses inégales : entre éclats de génie et opportunités manquées
A retenir :
- 10 mégaévolutions inédites qui transforment radicalement des Pokémon emblématiques comme Garchomp ou Tyranocif, avec des animations et des mécaniques de combat renouvelées.
- Luminalia Dimensional : une dimension parallèle qui recycle les décors existants, sauvée in extremis par des distorsions temporelles et des vagues de Pokémon agressifs.
- Un système de donuts tactique mais opaque, où les combinaisons de baies manquent de feedback clair, forçant les joueurs à consulter des guides externes.
- Un prix controversé (29,99 €) pour un contenu qui peine à justifier son investissement, malgré des idées fortes comme les défis chronométrés et les bonus temporaires.
- Des comparaisons douloureuses avec d’autres DLC comme The Legend of Zelda: Tears of the Kingdom, où l’intégration des mécaniques secondaires (cuisine, craft) était bien plus intuitive.
Des mégaévolutions qui sauvent (à peine) l’essentiel
Quand Game Freak a dévoilé Megadimension, le second DLC de Pokémon Légendes : Z-A, c’est d’abord par ses mégaévolutions inédites que le studio a cherché à capter l’attention. Et force est de constater que c’est là son seul vrai coup de maître. Garchomp se pare d’une armure cristalline aux reflets bleutés, Tyranocif arbore une crinière de feu spectaculaire, et Absol se transforme en une créature céleste aux ailes diaphanes. Ces designs, aussi créatifs qu’inattendus, ne se contentent pas d’être beaux : ils bouleversent les combats.
Prenez Méga-Garchomp, par exemple. Ses attaques de type Dragon gagnent en puissance, mais c’est surtout son nouvel effet passif – une réduction des dégâts subis après une attaque réussie – qui change la donne. Les joueurs compétitifs y voient déjà un game-changer pour les stratégies en ligne. Dommage que ces évolutions, au nombre de dix seulement, soient cantonnées à des quêtes annexes au scénario principal. Leur intégration narrative, presque artificielle, donne l’impression d’un pansement sur une jambe de bois : un moyen de masquer les lacunes du jeu de base plutôt que d’enrichir son lore.
Pour les collectionneurs, ces mégaévolutions justifient presque à elles seules l’achat. Pour les autres, elles ressemblent davantage à un appât marketing qu’à une véritable innovation. Et quand on sait que certaines, comme Méga-Lucario, étaient déjà présentes dans Pokémon X/Y (2013), la déception est d’autant plus amère.
Luminalia Dimensional : un miroir déformant (et décevant)
La promesse était alléchante : explorer une version alternative de Ciudad Luminalia, où les lois de la physique et du temps seraient bouleversées. Sur le papier, Megadimension avait tout pour devenir un voyage psychédélique dans l’univers Pokémon. Dans les faits, c’est surtout un copier-coller raté.
Les rues, les bâtiments, même les PNJ sont recyclés depuis le jeu de base, avec pour seule "originalité" des jeux d’échelle déstabilisants. Un immeuble devient soudain minuscule, une fontaine s’étire jusqu’au ciel… L’effet, loin d’être immersif, donne plutôt l’impression de parcourir un décor de théâtre mal assemblé. Incroyable : en 2024, un DLC à 30 € se contente de redimensionner des assets existants sans véritable travail de réinvention.
Heureusement, les distorsions temporelles sauvent (un peu) les meubles. Ces zones, où le temps s’accélère ou se fige, sont peuplées de Pokémon agressifs et de défis contre la montre. Affronter une horde de Staraptor en 60 secondes, tout en esquivant des météores, procure une adrénaline bienvenue. Mais ces moments, aussi intenses soient-ils, restent trop rares pour compenser la pauvreté globale de l’exploration.
À titre de comparaison, The Witcher 3 : Blood and Wine (2016) offrait avec Toussaint un territoire entièrement neuf, riche en quêtes et en ambiance. Ici, Megadimension ressemble davantage à un mod amateur qu’à une extension professionnelle.
"Donuts ou don’t ?" : quand la tactique vire à la corvée
Au cœur de Megadimension se trouve un système qui aurait pu être révolutionnaire : les donuts. Fabriqués par Anya à partir de combinaisons de baies, ces objets octroient des bonus temporaires (vitesse, résistance, soins) indispensables pour survivre aux défis de la dimension parallèle. Sur le papier, l’idée est brillante : une mécanique de préparation stratégique qui rappelle les potions de Dark Souls ou les repas de Breath of the Wild.
Dans la pratique, c’est une autre paire de manches. D’abord, parce que les recettes optimales se répètent à l’infini. Une Baie Sitrus (restauration) + une Baie Tamato (attaque) devient vite la combinaison par défaut, réduisant la diversité à une routine. Ensuite, et c’est bien plus grave, le jeu ne donne aucune indication claire sur les effets exacts des mélanges. Résultat : les joueurs sont condamnés à tâtonner ou à consulter des guides en ligne – une aberration pour un DLC payant.
Pire encore, certains bonus semblent déséquilibrés. Un donut boostant la vitesse peut rendre un combat trivial, tandis qu’un autre, censé améliorer la défense, s’avère presque inutile contre les boss. Game Freak a-t-il testé ces mécaniques ? On peut en douter. À côté, le système de cuisine de Tears of the Kingdom, où chaque ingrédient avait un effet visible et logique, fait figure de modèle du genre.
Le comble ? Ces donuts, présentés comme centraux, finissent par être optionnels. Une fois les bonnes combinaisons trouvées (grâce à la communauté, bien sûr), on peut ignorer le système pour le reste de l’aventure. Un gaspillage de potentiel qui résume bien les défauts de Megadimension : des idées fortes, mais mal exploitées.
Derrière les mégaévolutions : le syndrome du "contenu low-cost"
À 29,99 €, Megadimension se positionne dans la fourchette haute des DLC. Pour ce prix, que propose-t-il ? Environ 10 heures de contenu (dont 3 de cinématiques), une poignée de nouveaux Pokémon, et des mécaniques qui peinent à se renouveler. Le pire ? Une bonne partie de ce contenu était déjà présente dans le jeu de base, simplement recolorée ou réarrangée.
Prenez les quêtes secondaires. La plupart consistent à récolter des objets ou à battre des Pokémon en time attack – des activités que l’on retrouve dès le chapitre 1 de Légendes : Z-A. Même les récompenses (des baies rares, des CT) sont identiques à celles du jeu original. Où est la valeur ajoutée ?
Les joueurs les plus critiques pointent aussi du doigt l’absence de vrai scénario. L’histoire, centrée sur un paradoxe temporel impliquant Giratina, se résume à une série de combats et de dialogues sans véritable enjeu narratif. Aucun nouveau personnage marquant, aucune révélation sur le lore de la région de Kalos… Juste une excuse pour enchaîner les affrontements.
Sur les réseaux, les avis sont sans appel : "Pour 30 balles, j’attendais mieux qu’un mod de Skyrim des années 2010." (Reddit) "Les mégaévolutions sont cool, mais le reste est du remplissage pur et simple." (Twitter) "Game Freak a encore réussi à vendre du vent en boîte." (Forum https://JeuxVideo.com)
Face à ces critiques, Nintendo et Game Freak restent silencieux. Pourtant, la comparaison avec d’autres DLC récents est accablante :
- Hogwarts Legacy : L’Héritage de Poudlard (2023) proposait des donjons inédits et une intrigue développée pour 15 € de moins.
- Elden Ring : L’Ombre de la Terre (2024) offrait un territoire géant, des boss mémorables, et des mécaniques de gameplay profondes pour un prix similaire.
- Animal Crossing : Happy Home Paradise (2021) transformait radicalement l’expérience de base avec un mode créatif complet.
Le mot de la fin : un DLC pour les puristes (et encore…)
Alors, Megadimension vaut-il ses 30 € ? Tout dépend de ce que vous en attendez.
- Si vous êtes un compétiteur avide de nouvelles mégaévolutions pour vos combats en ligne, oui – mais à condition d’accepter de payer cher pour un contenu très niche.
- Si vous aimez explorer des mondes riches et originaux, fuyez : Luminalia Dimensional est une coquille vide.
- Si vous cherchez une aventure narrative captivante, passez votre chemin : le scénario est anecdotique.
- Si vous adorez optimiser des builds via des systèmes complexes (comme les donuts), vous risquez d’être frustré par le manque de transparence.
Au final, Megadimension ressemble à ces extensions de jeu mobile : quelques pépites noyées dans un océan de contenu recyclé. Dommage, car avec un peu plus d’ambition, ce DLC aurait pu être mémorable. En l’état, il reste oubliable – à l’image de ces donuts dont on se lasse après deux bouchées.

