Il y a 74 jours
MLBB féminin : Vivian & Chel (Team Vitality) parlent développement & égalité
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L’essor fulgurant de l’esport féminin dans Mobile Legends: Bang Bang (MLBB) ne passe plus inaperçu. Avec des audiences records (1,37 million de téléspectateurs aux Jeux d’Asie du Sud-Est 2023) et l’arrivée de structures occidentales comme Team Vitality, le paysage évolue. Portées par des figures comme Vivian et Chel, les joueuses brisent les barrières d’un milieu encore dominé par les hommes, tout en visant l’excellence. Leur parcours, marqué par des victoires en compétitions mixtes et un héritage issu de Bigetron Era, prouve que le talent n’a pas de genre. Mais quels défis restent à surmonter pour une égalité réelle ?
A retenir :
- MLBB féminin en plein essor : 1,37M de téléspectateurs aux Jeux d’Asie du Sud-Est 2023, un record pour l’esport féminin.
- Team Vitality hérite du palmarès de Bigetron Era (3 titres en 4 éditions de l’MLBB Women’s Invitational, dont 2025) et domine la scène.
- Vivian, doyenne de l’équipe depuis 2019, nommée aux GamingonPhone Awards 2025 : une reconnaissance rare pour une joueuse.
- L’expérience en compétitions mixtes (MDL Indonesia) a renforcé leur niveau, bien au-delà du circuit féminin.
- Chel et Cinny, sœurs et piliers de l’équipe : "Chaque tournoi est une chance de prouver qu’on peut rivaliser avec les meilleurs".
- Un modèle pour l’égalité des genres dans l’esport, mais des défis persistent : visibilité, sponsors, et reconnaissance.
MLBB féminin : une révolution en marche
En 2023, les Jeux d’Asie du Sud-Est ont marqué un tournant pour l’esport féminin. Avec 1,37 million de téléspectateurs pour le tournoi Mobile Legends: Bang Bang (MLBB), un record a été battu, prouvant que l’audience est bel et bien là. Pourtant, ce phénomène ne se limite plus à l’Asie : des structures occidentales comme Team Vitality investissent désormais ce terrain, autrefois marginalisé. Leur roster, sacré champion de l’MLBB Women’s Invitational 2025, incarne cette dynamique. Mais comment en est-on arrivé là ?
Tout a commencé avec des compétitions locales, souvent ignorées des médias. Puis, peu à peu, des joueuses comme Vivian ou Chel ont forcé les portes d’un milieu ultra-compétitif, dominé par les hommes. Leur secret ? Une expérience unique : avoir évolué dans des tournois mixtes, comme la MDL Indonesia, où elles ont dû s’adapter à un rythme et une pression bien supérieurs. "Affronter des équipes masculines en tier-two, ça change tout : les stratégies, la rapidité d’exécution, même la gestion du stress", confie Vivian, doyenne de l’équipe depuis 2019. Une immersion qui a forgé leur mental, bien au-delà des attentes.
Team Vitality : l’héritage d’une dynastie
Quand Team Vitality rachète l’équipe féminine de Bigetron Era en 2024, puis l’intégralité de la structure en mai 2025, c’est bien plus qu’une simple transaction. C’est l’acquisition d’un palmarès exceptionnel : trois victoires en quatre éditions de l’MLBB Women’s Invitational, dont le dernier sacre en juillet 2025, et une deuxième place en 2024. Un héritage qui pèse, mais aussi qui motive.
Pourtant, bien avant l’arrivée de Vitality, ce roster existait déjà. Forgé dès 2019, il a écumé les compétitions, accumulant une expérience inestimable. "On a commencé sans rien, juste avec la passion du jeu", se souvient Chel, arrivée en 2021 avec sa sœur Cinny. "Rejoindre Bigetron, puis Vitality, c’était un rêve. Mais on ne veut pas s’arrêter là. Chaque tournoi est une occasion de prouver qu’on peut rivaliser avec les meilleurs, peu importe le genre."
Leur parcours est d’autant plus remarquable qu’il brise un plafond de verre. Dans un milieu où les joueuses sont souvent cantonnées à des rôles secondaires, elles ont su s’imposer par leur niveau de jeu, leur stratégie, et leur résilience. Une performance qui n’a pas échappé aux observateurs : Vivian a même été nommée parmi les finalistes des GamingonPhone Awards 2025 dans la catégorie « Mobile Esports Player of the Year ». Une première pour une joueuse, et une reconnaissance qui fait date.
"On veut être jugées sur notre jeu, pas sur notre genre"
Pour Vivian, cette nomination est à la fois une fierté et une responsabilité. "Être reconnue à ce niveau, c’est incroyable. Mais c’est aussi une preuve que les mentalités évoluent. On ne veut plus être les ‘filles qui jouent bien pour des filles’. On veut être jugées sur notre jeu, point final.", déclare-t-elle, sans détour. Une position partagée par Chel, qui voit dans chaque compétition une opportunité de défier les stéréotypes.
Pourtant, le chemin est encore long. Malgré leurs performances, les joueuses doivent souvent faire face à des préjugés tenaces. "Certains pensent encore qu’on est là parce qu’on est des femmes, pas parce qu’on mérite notre place", soupire Chel. Un constat amer, mais qui ne les décourage pas. Bien au contraire : "Chaque victoire, chaque bon résultat, c’est une réponse à ces doutes. Et ça motive les jeunes joueuses à se lancer."
Leur détermination est d’autant plus admirable qu’elle s’inscrit dans un contexte plus large. Celui d’un esport féminin en pleine croissance, mais encore trop souvent relégué au second plan. Les sponsors sont moins nombreux, les salaires inégaux, et la visibilité médiatique reste limitée. Pourtant, des structures comme Team Vitality montrent la voie, en investissant dans des rosters féminins avec la même ambition que pour leurs équipes masculines.
Derrière les écrans : le prix de la gloire
Ce que le public ne voit pas, ce sont les sacrifices derrière ces performances. Les entraînements intensifs, parfois jusqu’à 12 heures par jour. Les critiques sur les réseaux sociaux, où certains n’hésitent pas à remettre en cause leur légitimité. Ou encore la pression de représenter toute une communauté, celle des joueuses qui rêvent de percer.
"Parfois, c’est dur", avoue Vivian. "On nous demande d’être parfaites, parce qu’une erreur de notre part serait utilisée pour dire que ‘les filles ne sont pas faites pour ça’. Mais on tient bon. Parce qu’on sait qu’on ouvre la voie." Un combat qui dépasse le simple cadre du jeu, et qui touche à une question plus large : celle de la place des femmes dans l’esport.
Pourtant, malgré les obstacles, l’espoir est permis. Les audiences grandissent, les compétitions se multiplient, et des modèles comme Lemon ou Oura (des légendes du MLBB masculin) soutiennent publiquement leurs consœurs. "Leur soutien, ça compte énormément", souligne Chel. "Ça montre que le talent n’a pas de genre, et que la communauté est prête à évoluer."
Et demain ? Vers une égalité réelle ?
Alors, l’esport féminin est-il en train de gagner sa place ? Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les audiences explosent, les performances sont là, et des structures comme Team Vitality misent gros sur ces athlètes. Pourtant, des défis subsistent.
"Il faut plus de visibilité, plus de soutien financier, et surtout, arrêter de nous traiter comme une curiosité", résume Vivian. Un appel qui résonne comme un manifeste. Car si le MLBB féminin a déjà accompli des pas de géant, le combat pour l’égalité est loin d’être terminé. Mais une chose est sûre : avec des joueuses comme elle, l’avenir s’annonce radieux.

