Skim-Gaming logo

Tests & Critiques

Pourquoi "Geronimo: An American Legend" de Walter Hill mérite une seconde chance
Tests & Critiques

Il y a 44 jours

Pourquoi "Geronimo: An American Legend" de Walter Hill mérite une seconde chance

Un western méconnu qui divise les critiques mais séduit les puristes

Sorti en 1993, Geronimo: An American Legend de Walter Hill est un western historique passé inaperçu à sa sortie, malgré un casting impressionnant et une approche audacieuse du mythe de Geronimo. Aujourd’hui, des figures comme Quentin Tarantino le défendent comme une œuvre majeure, soulignant son traitement brut et sans concession des conflits entre les Apaches et l’armée américaine.

A retenir :

  • Un western de 1993 avec Matt Damon, Jason Patric et Wes Studi dans le rôle de Geronimo, aujourd’hui réhabilité par Quentin Tarantino.
  • Le film aborde sans fard la trahison du gouvernement américain envers les Apaches, un sujet rarement traité avec autant de réalisme.
  • Walter Hill, réalisateur culte des années 80, signe ici un retour en forme après une période creuse, selon Tarantino.
  • Malgré des critiques mitigées à sa sortie, le film est aujourd’hui considéré comme un classique du genre par les amateurs.
  • Disponible en location sur Prime Video, Geronimo: An American Legend est une plongée dans l’histoire méconnue des Guerres apaches.

Le western qui a révélé Matt Damon avant la gloire

En 1993, Matt Damon n’était qu’un jeune acteur prometteur, loin de la célébrité que lui apporterait The Rainmaker ou la saga Jason Bourne. Pourtant, c’est dans Geronimo: An American Legend qu’il a fait ses premières armes dans un rôle marquant, aux côtés de Jason Patric et d’un casting de légende. Le film, réalisé par Walter Hill – connu pour des œuvres comme The Warriors ou 48 Hrs. – raconte l’histoire vraie de Geronimo, chef apache qui a résisté farouchement à la colonisation américaine. Damon y incarne le lieutenant Britton Davis, un jeune officier tiraillé entre son devoir militaire et son admiration pour Geronimo.

À l’époque, le film est passé relativement inaperçu, éclipsé par des blockbusters comme Jurassic Park ou Schindler’s List. Pourtant, il marque un tournant dans la carrière de Damon, qui y démontre déjà une présence à l’écran remarquable. Le réalisateur Walter Hill, quant à lui, signe là un western ambitieux, loin des clichés du genre. Le film évite les stéréotypes du "sauvage noble" ou du "cow-boy héroïque", préférant une approche plus nuancée et historique.

Geronimo, un héros apache face à l’oppression américaine

Geronimo: An American Legend s’inspire librement de la vie de Geronimo (1829-1909), l’un des derniers chefs apaches à avoir résisté à l’armée américaine. Le film met en lumière les tensions entre les Apaches et le gouvernement des États-Unis, qui cherchait à les déplacer de force vers des réserves. Geronimo, interprété avec une intensité rare par Wes Studi, refuse cette soumission et mène une série de raids contre les colons et l’armée, devenant une figure de la résistance amérindienne.

Le film ne cherche pas à idéaliser Geronimo, mais à montrer la complexité de sa lutte. Contrairement à d’autres westerns qui dépeignent les Amérindiens comme des ennemis à abattre, Geronimo: An American Legend donne une voix aux Apaches, montrant leur culture, leurs traditions et leur désespoir face à l’avancée inexorable de la colonisation. Le personnage de Geronimo est présenté comme un stratège brillant, mais aussi comme un homme acculé, dont les actions sont motivées par la survie de son peuple plutôt que par une soif de violence.

Le film aborde également les trahisons répétées du gouvernement américain, qui a signé et rompu plusieurs traités avec les Apaches. L’une des scènes les plus marquantes montre Geronimo acceptant de se rendre, pour se rendre compte peu après que les promesses faites par l’armée n’étaient que des mensonges. Ce thème de la trahison est central dans le film et reflète une réalité historique souvent occultée.

Walter Hill, un réalisateur sous-estimé selon Quentin Tarantino

Si Geronimo: An American Legend a été mal reçu par la critique à sa sortie, il a depuis trouvé des défenseurs acharnés, parmi lesquels Quentin Tarantino. Dans une interview accordée à The Buffalo News, le réalisateur de Pulp Fiction a exprimé son admiration pour Walter Hill, qu’il considère comme l’un des grands réalisateurs américains sous-estimés. "Walter Hill a connu une période difficile dans les années 80, mais il a fait un retour en force avec des films comme Johnny Handsome et surtout Geronimo: An American Legend", a-t-il déclaré.

Tarantino va même plus loin en affirmant que le film est un "western classique vraiment génial" et que "les États-Unis ne méritaient tout simplement pas ce privilège". Ces propos soulignent l’importance du film dans l’œuvre de Hill, qui a toujours été un cinéaste à part, mélangeant violence stylisée et récits historiques. Geronimo: An American Legend est souvent comparé à des œuvres comme Dances with Wolves, mais avec une approche plus brute et moins romantique.

Pour Tarantino, Hill est un réalisateur qui a su capturer l’essence du western tout en évitant les pièges du genre. Son film sur Geronimo est une œuvre à la fois politique et humaine, qui ne cherche pas à plaire à tout prix, mais à raconter une histoire vraie avec honnêteté. Cette vision a divisé les critiques à l’époque, mais elle a aussi permis au film de traverser les décennies sans prendre une ride.

Un casting exceptionnel pour un film au destin singulier

Outre Matt Damon et Wes Studi, Geronimo: An American Legend bénéficie d’un casting impressionnant, avec des acteurs confirmés comme Gene Hackman, Robert Duvall et Jason Patric. Chacun apporte une profondeur particulière à son personnage : Hackman incarne le général Crook, un militaire tiraillé entre son respect pour Geronimo et son devoir envers l’armée ; Duvall joue Al Sieber, un éclaireur apache travaillant pour l’armée, dont la loyauté est constamment mise à l’épreuve ; et Patric interprète le lieutenant Charles Gatewood, un officier qui finit par sympathiser avec la cause de Geronimo.

Le film a été tourné en Arizona et au Nouveau-Mexique, dans des paysages qui ajoutent une dimension presque documentaire au récit. La photographie, signée Lloyd Ahern, capture la beauté sauvage de l’Ouest américain, tout en soulignant la dureté des conditions de vie des Apaches. La bande originale, composée par Ry Cooder, renforce cette atmosphère en mêlant des thèmes traditionnels apaches à des sonorités plus modernes.

Malgré ses qualités, le film a été un échec commercial, ne rapportant que 18 millions de dollars pour un budget de 35 millions. Les critiques de l’époque lui ont reproché son rythme lent et son manque d’action, mais ces choix stylistiques sont aujourd’hui perçus comme des forces. Geronimo: An American Legend est un film qui prend son temps pour développer ses personnages et son intrigue, préférant la profondeur à l’esbroufe.

Pourquoi ce film mérite d’être redécouvert aujourd’hui

Plus de trente ans après sa sortie, Geronimo: An American Legend reste une œuvre pertinente, notamment en raison de son traitement des questions autochtones. À une époque où les débats sur la représentation des Amérindiens dans le cinéma sont plus vifs que jamais, le film de Walter Hill apparaît comme une œuvre pionnière, qui donne une voix à un peuple trop souvent réduit au silence.

Le film est également un témoignage précieux sur les Guerres apaches, un conflit méconnu en dehors des États-Unis. Contrairement à d’autres westerns qui se contentent de glorifier la conquête de l’Ouest, Geronimo: An American Legend montre les conséquences dévastatrices de cette expansion pour les peuples autochtones. Il rappelle que l’histoire des États-Unis est aussi une histoire de spoliation et de résistance.

Enfin, le film est une belle illustration du talent de Walter Hill, un réalisateur qui a su évoluer avec son temps tout en restant fidèle à ses obsessions. Son approche du western, à la fois classique et moderne, en fait une œuvre intemporelle, qui mérite d’être redécouverte par les nouvelles générations de cinéphiles. Comme le dit Tarantino, Geronimo: An American Legend est un film que les États-Unis ne méritaient peut-être pas à l’époque, mais qui est aujourd’hui plus nécessaire que jamais.

Geronimo: An American Legend est un western qui a longtemps souffert de son manque de reconnaissance, mais qui gagne aujourd’hui en pertinence. À travers son récit poignant et son traitement sans fard des Guerres apaches, le film de Walter Hill offre une perspective unique sur un chapitre sombre de l’histoire américaine. Avec un casting exceptionnel et une réalisation soignée, il mérite amplement d’être redécouvert, ne serait-ce que pour son rôle dans la réhabilitation de Geronimo comme figure de résistance.

Quentin Tarantino a raison de le défendre : ce film est une œuvre majeure, qui allie profondeur historique et puissance cinématographique. Dans un paysage cinématographique souvent dominé par des blockbusters formatés, Geronimo: An American Legend rappelle ce que le western peut offrir de meilleur : des histoires humaines, des paysages grandioses et une réflexion sur le passé qui résonne encore aujourd’hui.

Si vous cherchez un western différent, loin des clichés et des stéréotypes, ce film est fait pour vous. Il est temps de lui donner la place qu’il mérite dans l’histoire du cinéma.

L'Avis de la rédaction
Par Celtic
"Ce film, c’est comme si OSS117 avait croisé un chef apache en mode ‘je te fais un cours d’histoire avant de te buter’, sauf que là, c’est Geronimo qui fait le cours, et l’Amérique qui joue à cache-cache avec ses propres mensonges. Walter Hill a signé un western où la balle ne tue pas toujours, mais la trahison, elle, fait toujours mal. Et Matt Damon, dans son rôle de jeune officier en crise existentielle, c’est le premier signe que le monde allait bientôt le voir en pyjama avec un couteau dans la main. Zeubi, mais nécessaire."
Article rédigé par SkimAI
Révisé et complété par Celtic