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« Ya no quedan junglas » : quand Ron Perlman s’aventure dans un thriller espagnol méconnu
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Il y a 87 jours

« Ya no quedan junglas » : quand Ron Perlman s’aventure dans un thriller espagnol méconnu

Un thriller espagnol sous-estimé où Ron Perlman incarne un antihéros tourmenté, entre vengeance et rédemption. Malgré des faiblesses scénaristiques, le film de Luis Gabriel Beristáin séduit par son atmosphère sombre et la performance magistrale de son acteur principal.

A retenir :

  • Ron Perlman, star de Hellboy et Sons of Anarchy, surprend dans un rôle dramatique inédit.
  • Premier long-métrage du réalisateur Luis Gabriel Beristáin, connu pour son travail sur Blade et Black Widow.
  • Une intrigue de vengeance sombre et poétique, inspirée du roman de Carlos Augusto Casas.
  • Disponible dès maintenant sur Amazon Prime Video, avec une distribution espagnole de haut niveau.
  • Un mélange de polar et de drame psychologique qui divise, mais ne laisse pas indifférent.

Ron Perlman : de l’ombre des motards à la lumière d’un thriller espagnol

Quand on évoque Ron Perlman, les images de Hellboy et de Jax Teller dans Sons of Anarchy s’imposent immédiatement. Pourtant, en 2024, l’acteur américain a choisi de s’éloigner des blockbusters pour s’immerger dans un projet bien plus intimiste : Ya no quedan junglas, un thriller espagnol réalisé par Luis Gabriel Beristáin. Ce film, adapté du roman éponyme de Carlos Augusto Casas, marque les débuts du réalisateur derrière la caméra, après une carrière prolifique en tant que directeur de la photographie pour des franchises comme Blade et Black Widow. Perlman y incarne Theo, un ancien soldat rongé par la culpabilité et la solitude, dont la vie bascule lorsque sa seule confidente, Olga, est assassinée.

Le choix de Perlman pour ce rôle n’est pas anodin. L’acteur, connu pour ses personnages charismatiques et souvent brutaux, apporte ici une vulnérabilité rare. Theo n’est pas un héros classique : c’est un homme brisé, dont les souvenirs d’une vie passée avec sa femme défunte et ses rencontres hebdomadaires avec Olga, une prostituée qu’il paie pour converser, peignent le portrait d’un être en quête de rédemption. La performance de Perlman, à la fois subtile et intense, rappelle ses rôles les plus marquants, comme celui de Enemy at the Gates (2001), où il incarnait un tireur d’élite soviétique. Pourtant, Ya no quedan junglas se distingue par son approche plus contemplative, presque philosophique, de la vengeance.

Un scénario inégal, mais une atmosphère envoûtante

Dès sa sortie en septembre 2024, Ya no quedan junglas a divisé la critique et le public. Le principal point de discorde ? Son scénario, qui peine à trouver un équilibre entre les différents arcs narratifs. Le film oscille entre polar psychologique, drame intimiste et thriller de vengeance, sans toujours réussir à fusionner ces genres de manière cohérente. Certains spectateurs ont reproché à l’intrigue de manquer de fluidité, notamment dans la construction des personnages secondaires, comme l’inspectrice Iborra (interprétée par Itziar Ituño, connue pour son rôle dans La Casa de Papel) ou Herodes, le tueur à gages qui traque Theo.

Pourtant, malgré ces faiblesses, le film séduit par son ambiance néo-noir, rappelant des œuvres comme Drive (2011) ou Nightcrawler (2014). Beristáin, en tant que directeur de la photographie expérimenté, utilise la lumière et les ombres pour créer une tension visuelle constante. Les scènes nocturnes, baignées dans une lueur bleutée, renforcent le sentiment de désespoir qui habite Theo. De plus, la bande-son, composée par Zacarías M. de la Riva, ajoute une dimension presque hypnotique au récit, mêlant des mélodies minimalistes à des rythmes électroniques discrets.

Le film bénéficie également d’un casting solide, avec des acteurs espagnols de renom. Megan Montaner (Elite) et Hovik Keuchkerian (Money Heist) apportent une profondeur supplémentaire aux personnages secondaires, tandis que Damián Alcázar et Karra Elejalde, deux figures incontournables du cinéma espagnol, ajoutent une touche de gravité à l’ensemble. Leur présence renforce la crédibilité du film, même lorsque le scénario vacille.

La vengeance comme moteur narratif : entre clichés et originalité

Le thème de la vengeance est un classique du cinéma, mais Ya no quedan junglas tente de le réinventer en y intégrant une dimension psychologique et sociale. Theo n’est pas un justicier en quête de justice : c’est un homme brisé qui cherche à donner un sens à sa vie à travers un acte de violence. Cette approche rappelle des films comme The Revenant (2015), où la vengeance devient une quête presque métaphysique. Pourtant, le film de Beristáin évite les pièges du mélodrame en ancrant son récit dans une réalité crue, où les personnages sont loin d’être des héros.

Un des moments les plus marquants du film est la relation entre Theo et Olga. Leur dynamique, à la fois tendre et tragique, est au cœur du récit. Olga, interprétée par Natti Natasha, n’est pas une simple victime : c’est une femme qui a choisi sa vie et qui, malgré les apparences, trouve une forme de réconfort dans ses échanges avec Theo. Leur relation, bien que transactionnelle, est empreinte d’une humanité qui contraste avec la froideur du monde qui les entoure. Ce choix narratif permet au film d’éviter les clichés du "sauveur blanc" ou de la "prostituée au grand cœur", en offrant une représentation plus nuancée de ces personnages.

Cependant, le film peine parfois à se détacher des codes du genre. La poursuite entre Theo, Iborra et Herodes, bien que bien filmée, manque d’originalité. Les scènes d’action, bien que rares, semblent presque superflues dans un récit qui mise davantage sur l’introspection. Pourtant, c’est dans ces moments de calme que Ya no quedan junglas brille le plus, notamment grâce aux dialogues ciselés et aux silences éloquents qui ponctuent les échanges entre les personnages.

Un réalisateur entre deux mondes : du blockbuster au cinéma d’auteur

Luis Gabriel Beristáin est un nom qui ne dira peut-être rien au grand public, mais son travail derrière la caméra a marqué plusieurs blockbusters hollywoodiens. Après avoir collaboré avec des réalisateurs comme Guillermo del Toro (Blade II, 2002) et Cate Shortland (Black Widow, 2021), Beristáin a décidé de passer à la réalisation avec Ya no quedan junglas. Ce choix n’est pas anodin : le film reflète une volonté de s’éloigner des productions commerciales pour explorer des thèmes plus personnels et introspectifs.

Dans une interview accordée à Variety, Beristáin a expliqué que ce projet était une manière de "retrouver l’essence du cinéma". Il a souligné l’importance de travailler avec des acteurs capables de porter des émotions complexes, comme Ron Perlman, dont il a salué la capacité à incarner des personnages à la fois durs et vulnérables. Cette collaboration entre un réalisateur en quête de reconnaissance et un acteur habitué aux rôles iconiques donne au film une dimension presque expérimentale, comme si Beristáin testait les limites de son propre style.

Le résultat est un film qui oscille entre le cinéma d’auteur et le thriller grand public. Si Ya no quedan junglas ne révolutionne pas le genre, il offre une vision rafraîchissante de la vengeance, loin des explosions et des courses-poursuites. Beristáin y explore des thèmes universels – la solitude, la culpabilité, la rédemption – à travers le prisme d’un récit sombre et poétique. Cette approche rappelle des films comme Prisoners (2013) de Denis Villeneuve, où la violence physique cède la place à une tension psychologique plus subtile.

Un film à voir (ou à éviter) ? Le verdict

Ya no quedan junglas n’est pas un film parfait. Son scénario, parfois décousu, et son rythme inégal peuvent décevoir les amateurs de thrillers traditionnels. Pourtant, il mérite d’être vu pour plusieurs raisons. D’abord, pour la performance de Ron Perlman, qui prouve une fois de plus qu’il est bien plus qu’un simple "dur à cuire". Ensuite, pour l’atmosphère envoûtante créée par Beristáin, qui transforme chaque plan en une œuvre d’art visuelle. Enfin, pour son approche audacieuse de la vengeance, qui évite les écueils du genre pour offrir une réflexion plus profonde sur la condition humaine.

Le film est désormais disponible sur Amazon Prime Video, ce qui en fait une option idéale pour une soirée cinéma à la maison. Si vous êtes amateur de thrillers psychologiques ou de drames intimistes, Ya no quedan junglas pourrait bien vous surprendre. En revanche, si vous cherchez un film d’action pur et dur, passez votre chemin : ce n’est pas le propos de Beristáin. Comme l’a déclaré Perlman lui-même dans une interview : "Ce film parle de ce qui se passe quand un homme n’a plus rien à perdre, sauf son humanité." Et c’est précisément cette humanité qui rend Ya no quedan junglas si captivant.

Ya no quedan junglas est un film qui divise, mais qui ne laisse pas indifférent. Malgré ses défauts scénaristiques, il offre une expérience cinématographique unique, portée par une performance remarquable de Ron Perlman et une réalisation soignée de Luis Gabriel Beristáin. Ce thriller espagnol, désormais disponible sur Amazon Prime Video, mérite d’être découvert pour son ambiance néo-noir et sa réflexion sur la vengeance et la rédemption.

Si le cinéma indépendant et les récits psychologiques vous intéressent, ce film est une pépite à ne pas manquer. En revanche, si vous cherchez un divertissement léger, passez votre chemin. Ya no quedan junglas est une œuvre qui demande à être comprise, voire décryptée, et qui récompense ceux qui osent s’y plonger.

Enfin, n’oubliez pas que le film est accessible gratuitement pendant 30 jours avec l’essai d’Amazon Prime. Une occasion parfaite pour découvrir ce thriller méconnu, qui pourrait bien devenir un futur classique du cinéma espagnol.

L'Avis de la rédaction
Par Celtic
"Ya no quedan junglas" est un thriller espagnol qui se distingue par son ambiance néo-noir et son approche contemplative de la vengeance. Ron Perlman y incarne un ancien soldat brisé, cherchant rédemption à travers la violence. Le film, bien que parfois décousu, séduit par son atmosphère envoûtante et ses dialogues ciselés. Un must pour les amateurs de thrillers psychologiques, mais pas pour les fans d'action pure.
Article rédigé par SkimAI
Révisé et complété par Celtic

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