Il y a 62 jours
Tales of the Shire : Le jeu hobbit qui a trompé tout le monde (et qui cache un trésor de douceur)
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Un jeu hobbit qui a su se réinventer après un départ chaotique
Tales of the Shire, développé par le célèbre Weta Workshop (connu pour son travail sur les films de Peter Jackson), a divisé la critique à sa sortie. Accusé d’être trop simpliste, ce simulateur de vie paisible inspiré de Stardew Valley mais ancré dans l’univers de la Comté a finalement séduit un public en quête de douceur. Avec des mises à jour régulières et une ambiance fidèle à Tolkien, il est passé d’un score catastrophique à des avis "très positifs" sur Steam. Découverte d’un jeu qui a su trouver sa voie, entre agriculture hobbit, recettes de la Terre du Milieu et rythme apaisant.
A retenir :
- Un départ difficile : 58/100 sur Metacritic côté presse et 3,8/10 côté joueurs à la sortie, avec des critiques pointant un manque de profondeur et d’ambition.
- Une réhabilitation surprise : 94 % d’avis "très positifs" sur Steam après des mises à jour (quêtes saisonnières, objets décoratifs) et une meilleure compréhension de son identité de cozy game.
- Un hommage assumé à la Comté : entre agriculture, pêche, cuisine tolkienienne et relations sociales, le jeu mise sur une expérience minimaliste mais immersive, loin des attentes d’un open-world épique.
- Comparaisons clés : moins libre que Stardew Valley mais plus fidèle à l’univers de Tolkien, avec un cadre rigide qui plaît ou déçoit selon les joueurs.
- Le paradoxe des attentes : développé par Weta Workshop, le studio a involontairement créé un décalage entre l’héritage cinématographique de la Terre du Milieu et la simplicité volontaire du jeu.
Un lancement raté, une renaissance inattendue
Quand Tales of the Shire est sorti en novembre 2023, les réactions furent sans appel. La presse lui a attribué un 58/100 sur Metacritic, tandis que les joueurs, encore plus sévères, lui ont donné un 3,8/10. Les reproches ? Un gameplay trop répétitif, des mécaniques simplistes, et surtout, une absence totale d’aventure dans un univers où l’on attendrait des quêtes épiques, des combats contre des orques ou au moins une exploration ambitieuse de la Terre du Milieu.
Pourtant, derrière ces critiques acerbes se cachait un malentendu fondamental. Tales of the Shire n’a jamais prétendu être un Elden Ring tolkienien ou un The Witcher 3 dans la Comté. Développé par Weta Workshop – le studio néozélandais derrière les effets spéciaux des films de Peter Jackson –, le jeu se voulait avant tout un hommage doux et contemplatif à l’univers des Hobbits. Une sorte de Stardew Valley où l’on cultive des champignons de la Vieille Forêt, où l’on pêche dans la Brandivine, et où l’on prépare des tartes aux mûres en écoutant des mélodies celtiques.
Et c’est précisément cette simplicité assumée qui a fini par séduire. Après quelques semaines, les avis sur Steam ont commencé à remonter, passant de "majoritairement négatifs" à "très positifs" (avec un score actuel de 94 % sur près de 3 000 évaluations). Les joueurs y ont trouvé ce qu’ils cherchaient sans le savoir : un refuge numérique, un jeu où l’on peut déconnecter sans pression, sans combats, sans quête de pouvoir. Juste le plaisir de vivre, à la manière d’un Hobbit.
Comme le souligne un avis Steam devenu viral : "Ce n’est pas un jeu pour ceux qui veulent sauver le monde. C’est un jeu pour ceux qui veulent oublier le leur." Une phrase qui résume à elle seule la philosophie de Tales of the Shire.
"Ce n’est pas Gollum, et tant mieux" : le pari risqué du cozy game tolkienien
La comparaison avec Le Seigneur des Anneaux : Gollum, sorti quelques mois plus tôt, est révélatrice. Là où ce dernier avait été massacré par la critique pour ses bugs, son gameplay maladroit et son scénario décousu, Tales of the Shire a choisi une voie radicalement opposée : celle de la sobriété. Pas de bugs majeurs, pas de promesses non tenues, juste une expérience cohérente, même si minimaliste.
Les mises à jour post-lancement ont joué un rôle clé dans cette réhabilitation. Les développeurs ont écouté la communauté et ajouté :
- des quêtes saisonnières pour varier les activités,
- de nouveaux objets décoratifs pour personnaliser son trou de Hobbit,
- des recettes supplémentaires inspirées des livres de Tolkien,
- des améliorations de l’IA pour rendre les NPCs plus attachants.
Résultat : un jeu qui, sans devenir révolutionnaire, a su trouver son public. Celui des amateurs de cozy games, ces jeux où le stress est banni au profit de la détente. Un créneau porteur, comme l’ont montré les succès de Animal Crossing, Cozy Grove ou encore Spiritfarer.
Pourtant, tous les joueurs ne sont pas convaincus. Certains regrettent un manque de liberté par rapport à Stardew Valley : "Ici, on ne peut pas épouser qui on veut, ni construire sa ferme comme on l’entend. Tout est très cadré, comme si on suivait un scénario prédéfini", note un joueur sur Reddit. Un choix délibéré des développeurs, qui ont préféré rester fidèles à l’esprit de la Comté – un lieu où la tradition prime sur l’individualisme.
Weta Workshop et le piège des attentes : quand le cinéma rencontre le jeu vidéo
L’un des problèmes majeurs de Tales of the Shire vient peut-être de son studio. Weta Workshop, c’est avant tout une légende du cinéma : les créatures du Seigneur des Anneaux, les décors de Avatar, les effets spéciaux d’Alita… Autant de projets où l’ambition visuelle et la grandeur épique sont rois. Or, un cozy game, par définition, repose sur l’intimité et la modestie.
Les joueurs attendaient-ils inconsciemment un jeu à la hauteur des paysages grandioses de la Nouvelle-Zélande (qui a servi de décor aux films) ? Probablement. À la place, ils ont découvert un jeu où l’on passe son temps à désherber des carottes et à discuter avec Sam Gamegie (oui, il est bien là, mais en version très discrète). Un choc des cultures, en quelque sorte.
Pourtant, cette simplicité n’est pas un défaut, mais un choix artistique. Comme l’explique un développeur dans une interview à IGN : "Nous voulions recréer la sensation de lire ‘Le Hobbit’ pour la première fois : cette impression de chaleur, de sécurité, de petits bonheurs. Pas une guerre, pas une quête héroïque. Juste la vie, telle que Tolkien la décrivait dans la Comté."
C’est d’ailleurs cette fidélité à l’esprit des livres qui a convaincu les puristes. Les recettes de cuisine sont tirées des appendices du Seigneur des Anneaux, les chansons sont des reprises de mélodies inventées par Tolkien lui-même, et même les dialogues reprennent des expressions typiques des Hobbits ("Bon appétit, et gardez un peu de place pour le dessert !").
Stardew Valley vs. Tales of the Shire : deux philosophies du "cozy"
La comparaison avec Stardew Valley est inévitable, mais elle révèle deux approches radicalement différentes du simulateur de vie.
Stardew Valley, créé par Eric Barone (alias ConcernedApe), est un jeu où la liberté est reine. On peut :
- se marier avec le personnage de son choix (même le mystérieux Krobus),
- construire sa ferme comme on l’entend,
- explorer des donjons,
- ou même ignorer totalement l’histoire principale.
Tales of the Shire, à l’inverse, est beaucoup plus dirigé. Les saisons imposent un rythme, les relations sociales sont limitées (on ne peut pas épouser qui on veut, par exemple), et l’exploration se cantonne à la Comté et ses alentours immédiats. Une différence qui s’explique par la volonté de rester fidèle à l’univers de Tolkien : dans les livres, les Hobbits ne quittent presque jamais leur région, et leur vie est rythmée par des traditions immuables.
Pour certains, c’est une force : "Enfin un jeu qui respecte l’esprit de Tolkien au lieu de tout exagérer !", s’enthousiasme un fan sur les forums. Pour d’autres, c’est une limite : "Si je voulais un jeu où on ne fait que suivre des règles, j’irais jouer à The Sims."
Le vrai point fort de Tales of the Shire, c’est son atmosphère. La bande-son, composée par Tom Salta (qui a travaillé sur Prince of Persia et Halo), est un chef-d’œuvre de douceur, mêlant violons celtiques et flûtes envoûtantes. Les paysages, bien que moins spectaculaires que dans les films, regorgent de détails charmants : les fumées des cheminées au coucher du soleil, les marchés animés de Grand’Cave, ou encore les feux d’artifice lors des fêtes.
C’est cette attention aux petits riens qui fait toute la différence. Comme le dit un autre joueur : "Ce jeu ne vous donnera pas d’adrénaline, mais il vous apaisera. Et en 2024, c’est peut-être ce dont on a le plus besoin."
Derrière les fourneaux de la Comté : quand Weta Workshop cuisine Tolkien
Saviez-vous que les recettes de Tales of the Shire sont directement inspirées des notes de Tolkien ? Dans les appendices du Seigneur des Anneaux, l’auteur détaille avec précision la gastronomie hobbit : les sept repas par jour, les tartes aux champignons, les bières de Gingerbrand… Le jeu reprend ces éléments avec une fidélité remarquable.
Par exemple, la fameuse "Tarte aux Mûres de Bilbon" est une référence directe au chapitre "Un Festin Inattendu" du Hobbit, où Bilbo offre des mûres à ses invités nains. De même, le "Ragoût de Conejo" (un plat à base de lapin) est mentionné dans Le Retour du Roi, quand Sam et Frodo mangent chez les Halfelins.
Les développeurs sont allés encore plus loin en collaborant avec des chefs néo-zélandais pour recréer ces plats en version réelle. Une série de vidéos, publiée sur les réseaux sociaux du jeu, montre même comment préparer un "Gâteau de Miel de Beorn" ou des "Pommes de Terre Farcies façon Hobbit". Une touche qui a ravi les fans, comme en témoigne ce commentaire : "Non seulement on peut cuisiner dans le jeu, mais en plus on a les vraies recettes ! Weta a encore frappé."
Cette immersion culinaire est renforcée par le système de quêtes liées à la nourriture. Par exemple, si vous aidez Rosie Cotton (la femme de Sam) à préparer un banquet, vous débloquerez des recettes spéciales. Une mécanique qui encourage à explorer et interagir, sans jamais tomber dans la frustration.
Et maintenant ? Un avenir entre modestie et ambition
Alors, Tales of the Shire mérite-t-il un contenu additionnel plus ambitieux, ou son charme réside-t-il justement dans sa modestie ? La question divise.
D’un côté, certains joueurs rêvent d’une extension qui permettrait d’explorer Fondcombe ou la Forêt Noire, avec des mécaniques de voyage plus poussées. De l’autre, les puristes craignent que cela ne trahisse l’esprit du jeu. Comme le note un modérateur sur le subreddit dédié : "Si on commence à ajouter des combats ou des quêtes épiques, on perd ce qui fait l’âme de Tales of the Shire. C’est un jeu sur la paix, pas sur la guerre."
Les développeurs, eux, semblent privilégier la qualité à la quantité. Dans une récente interview, ils ont évoqué des projets de :
- nouvelles fêtes saisonnières (comme un festival des lanternes inspiré de la Fête des Lumières de Minas Tirith),
- mini-jeux coopératifs (pour cuisiner ou construire à plusieurs),
- une meilleure personnalisation des trous de Hobbits.
Reste une question : ce jeu trouvera-t-il son public sur console ? Pour l’instant disponible uniquement sur PC, une sortie sur Nintendo Switch (la plateforme reine des cozy games) semble évidente, mais rien n’a été confirmé. Une occasion manquée, selon certains : "Ce jeu est fait pour la Switch. Jouer à Tales of the Shire en mode portable, allongé dans son canapé… Ce serait le paradis."
Tales of the Shire est un jeu qui a su transformer son échec initial en une réussite inattendue. En refusant de céder aux attentes d’un open-world tolkienien ambitieux, il a trouvé sa voie : celle d’un havre de paix numérique, où l’on prend le temps de vivre, comme un vrai Hobbit. Entre recettes fidèles à Tolkien, bande-son envoûtante et mises à jour attentives, il prouve qu’un jeu n’a pas besoin d’être révolutionnaire pour marquer les esprits.
Alors, à qui s’adresse-t-il ? Pas aux fans de Dark Souls ou de The Witcher, clairement. Mais à ceux qui cherchent un moment de douceur dans un monde souvent trop bruyant. Ceux qui, comme Bilbo, ont envie de "rentrer chez eux, mettre la bouilloire sur le feu, et oublier les dragons pour un temps".
Et si c’est exactement ce que vous recherchez, alors Tales of the Shire est fait pour vous. Après tout, comme le disait Tolkien lui-même : "Dans un trou dans le sol vivait un hobbit. Pas un trou humide, sale, rempli de vers… mais un trou-comfortable, et c’est là que commence notre histoire."

