Il y a 61 jours
**"The Red Road" : Pourquoi cette série méconnue de Jason Momoa mérite enfin son heure de gloire en France ?**
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**Pourquoi The Red Road, cette série dramatique avec Jason Momoa, mérite-t-elle une seconde chance en France ?**
Découvrez une œuvre audacieuse, portée par un duo d’acteurs explosif et une intrigue sociale qui résonne avec notre époque. Malgré un succès discret à sa sortie en 2014, la série connaît un regain d’intérêt aux États-Unis, où elle figure parmi les top 10 Netflix. Pourtant, elle reste introuvable en Europe… Une injustice que les plateformes devraient corriger au plus vite.
A retenir :
- Jason Momoa en anti-héros tourmenté : une performance à contre-emploi, loin de Khal Drogo ou Aquaman, qui révèle sa profondeur d’acteur.
- Un duo électrique avec Martin Henderson (Grey’s Anatomy), entre méfiance et respect, rappelant les dynamiques de True Detective (S1) ou Breaking Bad.
- Une plongée dans les conflits culturels entre une ville américaine et une communauté amérindienne, avec des thèmes toujours d’actualité : rédemption, inégalités systémiques, loyauté.
- Un casting cinq étoiles : Lisa Bonet, Tom Sizemore (dans l’un de ses derniers rôles), Julianne Nicholson (Mare of Easttown), et Kiowa Gordon (Twilight).
- Une atmosphère envoûtante, entre forêts du New Jersey et tensions urbaines, évoquant Ozark ou Longmire.
- 8ᵉ position sur Netflix US en 2024… mais toujours absente en Europe : pourquoi un tel décalage ?
- Une série trop en avance sur son temps ? Son traitement des fractures raciales en 2014 semble prémonitoire.
Jason Momoa dans la peau d’un anti-héros : le rôle qui a tout changé
Imaginez Jason Momoa, non pas en guerrier invincible ou en super-héros musclé, mais en homme brisé, rongé par le remords et pris dans un conflit qui le dépasse. C’est le pari audacieux de The Red Road, série dramatique créée par Aaron Guzikowski (scénariste de Prisoners) et diffusée en 2014 sur SundanceTV. À l’époque, l’acteur venait tout juste de quitter Game of Thrones, et ce rôle de Phillip Kopus – un Amérindien des montagnes Ramapo, ancien détenu en quête de rédemption – a marqué un tournant dans sa carrière.
Loins des clichés du "sauvageon charismatique", Momoa y incarne un personnage ambivalent, à la fois violent et vulnérable, dont les choix moraux oscillent entre survie et sacrifice. Une performance qui a surpris les critiques, habitués à le voir en figures héroïques. Comme le soulignait The Hollywood Reporter en 2014 : *« Momoa prouve ici qu’il peut porter une série dramatique sans avoir besoin d’une épée ou d’un trident. »* Pourtant, malgré ce tour de force, The Red Road est restée une série de niche, éclipsée par des productions plus grand public.
Aujourd’hui, alors que Momoa enchaîne les blockbusters (Aquaman, Dune, Fast & Furious), c’est ironiquement ce rôle intime et sombre qui resurgit. Depuis son arrivée sur Netflix aux États-Unis, la série a grimpé jusqu’à la 8ᵉ place du top 10 (mai 2024), prouvant qu’elle a trouvé son public… une décennie plus tard. Mais pourquoi un tel décalage ? Et surtout, pourquoi les spectateurs européens en sont-ils toujours privés ?
Un duo d’acteurs qui électrise l’écran : Momoa vs Henderson, une alchimie rare
Si The Red Road captive, c’est aussi grâce à la dynamique explosive entre Phillip Kopus (Momoa) et Harold Jensen (Martin Henderson), un flic en crise existentielle. Leur relation, faite de méfiance mutuelle et de respect à contre-cœur, rappelle les duos légendaires de True Detective (Matthew McConaughey et Woody Harrelson) ou de Breaking Bad (Bryan Cranston et Aaron Paul). Mais ici, la dimension sociale et politique ajoute une couche de complexité rare.
Henderson, connu pour Grey’s Anatomy ou The Ring, y livre une de ses meilleures performances : un homme déchiré entre son devoir de policier et ses doutes sur un système qu’il sert sans toujours le comprendre. Face à lui, Momoa incarne l’outsider, celui qui connaît les règles de la rue mieux que celles de la loi. Leurs scènes de confrontation, souvent tendues à l’extrême, sont parmi les plus mémorables de la série.
*« C’est une danse dangereuse entre deux hommes qui savent qu’ils ont besoin l’un de l’autre, mais ne veulent pas l’admettre »*, analysait Variety à l’époque. Cette tension narrative est renforcée par un contexte réaliste : les conflits entre la communauté amérindienne des Ramapo et les habitants de la ville voisine, une métaphore des fractures raciales et économiques aux États-Unis. Un thème qui, en 2014, était déjà audacieux… et qui résonne encore plus fort aujourd’hui.
"Un casting de rêve… et pourtant méconnu"
Au-delà de ses deux têtes d’affiche, The Red Road peut s’enorgueillir d’un casting secondaire exceptionnel, où chaque acteur apporte une touche unique à l’intrigue. Parmi eux :
• Lisa Bonet (The Cosby Show, High Fidelity) : dans le rôle de Marie, une figure maternelle et mystérieuse, dont la présence apaisante contraste avec la violence ambiante.
• Tom Sizemore (disparu en 2023) : dans l’un de ses derniers grands rôles, il incarne Jack Kopus, un antagoniste glaçant, dont la performance rappelle son talent pour les personnages troubles (Heat, Saving Private Ryan).
• Julianne Nicholson (Mare of Easttown) : en Jean Jensen, épouse du policier, elle apporte une profondeur psychologique rare, entre résilience et désillusion.
• Kiowa Gordon (Twilight) : dans le rôle de Junior, un jeune Amérindien tiraillé entre tradition et modernité, il confirme son potentiel dramatique.
• Annalise Basso (The Night House) : alors adolescente, elle y joue Rachel Jensen, la fille rebelle du policier, avec une maturité surprenante.
*« Ce casting est un vrai trésor caché »*, confiait Aaron Guzikowski dans une interview pour IndieWire. *« Chaque acteur a apporté quelque chose d’inattendu à son personnage, même ceux qui n’avaient que quelques scènes. »* Un luxe qui contribue à l’authenticité de la série, où même les rôles secondaires semblent habités par une histoire bien réelle.
Entre Ozark et Longmire : une atmosphère unique, entre forêts et tensions urbaines
Tournée dans les paysages sauvages du New Jersey, The Red Road mise sur une esthétique brute, où la nature omniprésente devient presque un personnage à part entière. Les forêts denses, les routes sinueuses et les maisons isolées créent une atmosphère oppressante, proche de celle d’Ozark (pour son réalisme sombre) ou de Longmire (pour son ancrage territorial).
*« On voulait que le décor reflète les tensions des personnages : beau, mais dangereux »*, expliquait le directeur de la photographie, Chris Manley. Le résultat est une série où chaque plan semble chargé de menace latente, comme si la forêt elle-même retenait des secrets. Cette ambiance est renforcée par une bande-son minimaliste, où les silences parlent autant que les dialogues.
Pourtant, malgré ces atouts, The Red Road n’a jamais percé en Europe. Une aberration, quand on sait que des séries comme The Americans ou Fargo (aux thèmes comparables) y ont trouvé un public fidèle. *« C’est une série qui demande un peu d’attention, mais qui récompense largement ceux qui s’y plongent »*, résumait The Guardian en 2014. Dix ans plus tard, son succès américain prouve qu’elle mérite enfin sa chance de l’autre côté de l’Atlantique.
"Pourquoi personne n’en parle ?" : le mystère d’une série trop en avance sur son temps
À sa sortie, The Red Road a reçu des critiques mitigées. Certains lui reprochaient un rythme trop lent, d’autres un scénario trop ambitieux. *« Une série qui ose trop, et qui paie le prix »*, écrivait Slate. Pourtant, avec le recul, ses "défauts" ressemblent étrangement à des qualités :
• Son traitement des conflits raciaux (entre Blancs et Amérindiens) était prémonitoire, anticipant les débats sur les inégalités systémiques qui ont explosé après 2020.
• Son réalisme social (corruption policière, pauvreté, trahisons) évite les écueils du mélodrame pour offrir une vision crue et humaine de l’Amérique rurale.
• Son refus des happy endings : contrairement à beaucoup de séries de l’époque, The Red Road n’hésite pas à laisser ses personnages en souffrance, sans résolution facile.
*« C’est une série qui ne fait pas de concessions, et c’est peut-être pour ça qu’elle a dérouté »*, analysait le critique Alan Sepinwall. Aujourd’hui, alors que le public est plus habitué aux narrations complexes (Succession, The White Lotus), The Red Road semble enfin trouver son heure. Reste à savoir si les plateformes européennes (Netflix, Canal+, OCS) sauront en profiter.
Une chose est sûre : les fans de Momoa, les amateurs de dramas sociaux et les nostalgiques des séries ambitieuses des années 2010 ont tout intérêt à réclamer son arrivée. Parce qu’une série comme celle-ci ne devrait pas rester dans l’ombre.
Derrière les caméras : le tourment d’une série "maudite" ?
Peu de gens le savent, mais The Red Road a failli ne jamais voir le jour. À l’origine, le projet était prévu pour AMC, la chaîne de Breaking Bad et The Walking Dead. Mais après des désaccords créatifs, il a été repris par SundanceTV, une chaîne plus confidentielle. *« On nous a dit qu’on était trop sombres, trop politiques… Ironique, quand on voit ce qui marche aujourd’hui »*, confiait Aaron Guzikowski.
Le tournage n’a pas été de tout repos non plus. Les scènes en extérieur, souvent filmées de nuit dans les montagnes du New Jersey, ont mis l’équipe à rude épreuve. *« Il faisait un froid de canard, et Jason [Momoa] refusait de porter une doudoune entre les prises pour rester dans son personnage »*, racontait un membre de l’équipe. Un engagement qui a payé : sa performance dans l’épisode 5 (où son personnage affronte un dilemme moral déchirant) est souvent citée comme l’une des meilleures de sa carrière.
Autre anecdote : Lisa Bonet a failli quitter le projet après le premier épisode, estimant que son rôle était trop effacé. Le scénariste a réécrit plusieurs scènes pour lui donner plus de poids, ce qui a sauvé sa participation. *« Elle avait raison : Marie était sous-exploitée. Ses interventions ont tout changé »*, reconnaissait Guzikowski.
Malgré ces péripéties, la série a tenu bon… jusqu’à son annulation après deux saisons. *« On avait assez de matière pour une troisième, mais SundanceTV voulait aller dans une autre direction »*, regrettait Momoa dans une interview. Une fin abrupte qui a laissé les fans sur leur faim, et qui rend son retour sur Netflix d’autant plus précieux.
Avec son mélange de drama social, de tension psychologique et de performances d’acteurs exceptionnelles, The Red Road est bien plus qu’une simple série oubliée : c’est une œuvre qui a anticipé son époque. Son traitement des fractures raciales, sa complexité morale et son réalisme brut en font une parenthèse fascinante dans la carrière de Jason Momoa… et une pépite pour les amateurs de récits ambitieux.
Alors que Netflix US lui offre une seconde jeunesse, l’absence de la série en Europe devient de plus en plus incompréhensible. Entre les fans qui la réclament et les plateformes en quête de contenus originaux, l’équation semble simple : The Red Road mérite sa place dans les catalogues français. Espérons que cette injustice sera bientôt réparée… avant qu’il ne soit trop tard pour découvrir ce chef-d’œuvre méconnu.
En attendant, une seule solution : faire du bruit. Parce que certaines séries, comme certains talents, ne devraient jamais rester dans l’ombre.

