Il y a 92 jours
**"This Monster Wants to Eat Me" : L’anime qui ose dévorer l’âme avant le corps**
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**"This Monster Wants to Eat Me" n’est pas un anime, c’est une expérience.**
À travers le parcours de Hinako, une jeune femme en quête de mort qui ne peut l’obtenir qu’en retrouvant l’envie de vivre, la série explore la dépression avec une franchise rare et une esthétique hypnotique. Entre bleus étouffants, performances vocales déchirantes et une relation aussi toxique que fascinante, cet anime défie les attentes – et séduit un public inattendu. Une plongée dans l’abîme qui, contre toute attente, laisse entrevoir des lueurs d’humanité.
A retenir :
- "This Monster Wants to Eat Me" : un anime qui transforme la quête de mort en une métaphore glaçante de la dépression, avec une prémisse aussi paradoxale que géniale.
- Une direction artistique obsédante : des teintes bleutées et des métaphores aquatiques qui plongent le spectateur dans l’esprit tourmenté de Hinako, entre Evangelion et poésie organique.
- Un duo vocal inoubliable : Reina Ueda (Hinako) et la voix de Shiori créent une tension audible, entre cris étouffés et silences éloquents.
- Entre horreur psychologique et éclairs d’espoir, la série évite le nihilisme pur en explorant une relation toxique aussi captivante que dérangeante.
- Un succès surprise : +47 % d’audience sur Crunchyroll en deux semaines, preuve qu’un public réclame des récits sombres, audacieux et sans concession.
Un postulat glaçant : mourir pour renaître
Imaginez un anime où l’héroïne ne rêve pas de sauver le monde, mais de disparaître. Où le "monstre" n’est pas une créature fantastique, mais une allégorie de la dépression, à la fois bourreau et sauveur. "This Monster Wants to Eat Me" (littéralement : *"Ce monstre veut me dévorer"*) part de cette idée folle : Hinako, une jeune femme brisée, ne peut obtenir la mort qu’en retrouvant le goût de vivre. Un paradoxe qui résume à lui seul l’audace de la série.
Ici, pas de dragons à terrasser ni de pouvoir magique à maîtriser. Le combat est intérieur, et l’ennemi, insaisissable. La série s’inspire clairement de récits comme Neon Genesis Evangelion (pour son exploration de la souffrance psychologique) ou Made in Abyss (pour son mélange d’innocence et d’horreur), mais elle pousse la métaphore plus loin : le monstre, c’est Hinako elle-même. Ou plutôt, c’est cette part d’elle qui la ronge, et que seule une rencontre toxique avec Shiori – une créature aussi envoûtante que dangereuse – pourrait peut-être exorciser.
Ce qui frappe dès les premiers épisodes, c’est le refus catégorique des facilités narratives. Pas de "moment réconfort" forcé, pas de personnage secondaire qui arrive comme un deus ex machina pour sauver Hinako. Même les rares éclats d’humour – souvent noirs et absurdes, comme les réactions surjouées des collègues de Hinako – servent à accentuer le contraste avec la noirceur ambiante. Une approche risquée, mais qui évite l’écueil du misérabilisme : la série ne se complaît pas dans la souffrance, elle l’analyse.
"Noyer" le spectateur : une esthétique au service de l’angoisse
Si "This Monster Wants to Eat Me" marque les esprits, c’est aussi grâce à une direction artistique implacable. Les décors, dominés par des bleus profonds et des gris étouffants, évoquent moins un monde réel qu’un cauchemar éveillé. Les scènes de désespoir sont souvent immergées – littéralement : Hinako est régulièrement représentée sous l’eau, ou dans des espaces où les limites entre liquide et air s’estompent. Une métaphore visuelle qui rappelle les séquences oniriques d’Evangelion, mais avec une poésie plus crue, presque viscérale.
Le son joue un rôle tout aussi crucial. Les silences pesants, les échos déformés et les bruits étouffés (comme des pas dans un couloir vide) créent une atmosphère oppressante, où le spectateur ressent l’isolement de Hinako. Même la musique, composée de mélodies minimalistes et de dissonances, évite toute dramatisation facile. Rien n’est là pour "embellir" la détresse – tout est conçu pour la rendre tangible.
À titre de comparaison, des œuvres comme Orange ou Your Lie in April abordent aussi la mélancolie, mais avec des moments de rédemption qui adoucissent le propos. Ici, aucune échappatoire. Même les rares scènes "légères" – une discussion anodine dans un café, un rire forcé – sont teintées d’une ironie tragique, comme si la série nous rappelait sans cesse : *"Ce répit est temporaire. La chute sera plus dure."*
Reina Ueda et Shiori : un duo vocal qui hante les esprits
La performance de Reina Ueda (Hinako) est tout simplement monumentale. Connue pour son travail dans My Happy Marriage ou Vivy: Fluorite Eye’s Song, elle pousse ici son art dans ses retranchements les plus sombres. Son interprétation oscille entre :
- L’apathie : une voix plate, presque mécanique, comme si Hinako parlait à travers un brouillard.
- Les sursauts de colère : des cris brisés, à mi-chemin entre la révolte et l’épuisement.
- Les silences : parfois, ce qu’elle ne dit pas est plus poignant que ses répliques.
Face à elle, la voix de Shiori – à la fois envoûtante et prédatrice – crée un contraste hypnotique. Leur dynamique rappelle celle de Light et L dans Death Note, mais en version psychologique et intime : Shiori n’est ni tout à fait une ennemie, ni une alliée. Elle est le miroir déformant de Hinako, une présence qui attire et repousse à la fois. Leurs dialogues, souvent chuchotés ou entrecoupés de pauses, donnent l’impression d’assister à une thérapie qui tourne au cauchemar.
"Tu veux mourir ? Alors vis d’abord."
Cette réplique, lancée par Shiori avec un mélange de douceur et de cruauté, résume à elle seule la tension centrale de la série. Et c’est cette ambiguïté qui rend leur relation si captivante.
"Un anime trop sombre pour réussir" ? Les chiffres disent le contraire
Quand "This Monster Wants to Eat Me" a été annoncé, beaucoup ont prédit un échec. *"Trop niche. Trop déprimant. Trop expérimental."* Pourtant, les chiffres de Crunchyroll ont rapidement prouvé le contraire : +47 % d’audience en deux semaines, une croissance rare pour un anime aussi peu conventionnel. Plusieurs raisons expliquent ce succès inattendu :
- Un public en quête d’authenticité : après des années de shonen et d’isekai formatés, les spectateurs réclament des récits adultes et ambitieux.
- L’effet "bouche-à-oreille" : les réseaux sociaux ont été inondés de discussions sur la série, avec des hashtags comme #ThisMonsterWantsToEatMe ou #AnimeDépressif devenant viraux.
- Une esthétique "instagrammable" : malgré sa noirceur, la série offre des visuels frappants (les plans sous l’eau, les jeux de lumière) qui séduisent les amateurs de cinématographie.
Pourtant, tous les critiques ne sont pas convaincus. Certains, comme Anime News Network, soulignent un rythme parfois inégal, avec des épisodes où la lourdeur thématique étouffe le récit. D’autres, à l’instar du youtubeur Gigguk, estiment que la série "frôle le pretentious bait" – un anime qui mise trop sur son côté "profond" pour masquer des faiblesses narratives. Un débat qui montre, en tout cas, que la série ne laisse personne indifférent.
Derrière les monstres : l’histoire méconnue d’un anime "maudit"
Saviez-vous que "This Monster Wants to Eat Me" a failli ne jamais voir le jour ? À l’origine, le projet était un visual novel indépendant, développé par une petite équipe japonaise spécialisée dans les récits psychologiques. Le studio Lay-duce (connu pour Classroom of the Elite) a repris le concept en 2022, mais avec un budget serré et des contraintes créatives fortes.
Le réalisateur, Tatsuya Yoshihara (qui a travaillé sur Monogatari), a insisté pour garder une liberté totale sur les choix esthétiques – d’où les plans expérimentaux et les séquences abstraites qui ont divisé la production. *"On m’a dit que c’était trop sombre pour le public japonais. J’ai répondu que c’était justement pour ça qu’il fallait le faire"*, confiait-il dans une interview pour Famitsu.
Autre détail intriguant : le design de Shiori a été inspiré par des légendes urbaines japonaises, notamment celle de la "Femme aux longs cheveux noirs" (Kurokami Onna), une entité qui hante les rivières et attire ses victimes par sa beauté. Une référence qui explique son allure à la fois séduisante et terrifiante, et son lien obsessionnel avec l’eau.
Entre horreur et espoir : un équilibre précaire
Le génie de "This Monster Wants to Eat Me" réside dans sa capacité à jouer avec les attentes. Juste quand on croit que la série va basculer dans le nihilisme pur, un détail – un sourire fugace, un geste de tendresse malgré tout – rappelle que l’humanité persiste, même dans les ténèbres.
Prenez la scène du 4ème épisode, où Hinako et Shiori partagent un repas. Rien de spectaculaire, juste deux personnages qui mangent en silence. Pourtant, la façon dont Shiori observe Hinako, comme si elle guettait une faille, et la réaction de cette dernière – un mélange de méfiance et de soulagement – en fait l’un des moments les plus intenses de la série. Une scène qui prouve que l’horreur, ici, n’est pas dans le gore ou les jumpscares, mais dans l’ambiguïté des relations humaines.
C’est cette dualité qui rend la série si fascinante. D’un côté, on a envie de fuir ce monde étouffant. De l’autre, on est hypnotisé par la beauté tragique de Hinako et Shiori, deux âmes perdues qui se cherchent sans se trouver. Un peu comme dans Paranoia Agent de Satoshi Kon, où la frontière entre réalité et hallucination s’efface – sauf qu’ici, le vrai monstre, c’est la dépression elle-même.
"This Monster Wants to Eat Me" n’est pas un anime pour se divertir. C’est une expérience, à la fois douloureuse et envoûtante, qui reste longtemps après le générique de fin. En refusant les facilités, en plongeant sans filet dans les abîmes psychologiques, la série prouve qu’il existe encore une place pour des récits audacieux et sans concession dans l’animation japonaise.
Reste une question : la conclusion saura-t-elle honorer cette audace ? Avec un dernier épisode prévu pour décembre 2024, les spéculations vont bon train. Certains espèrent une lueur d’espoir pour Hinako ; d’autres craignent un dénouement aussi cruel que le reste. Une chose est sûre : peu importe la fin, cet anime aura déjà marqué les esprits – comme une cicatrice qu’on ne peut s’empêcher de toucher.
Et si, finalement, le vrai monstre n’était pas Shiori, mais notre propre peur de regarder la souffrance en face ?

