Il y a 36 jours
Watch Dogs : L’héritage d’une série qui a osé défier GTA… avant de disparaître
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Une ascension fulgurante, une chute brutale : le destin contrasté de Watch Dogs
En 2014, Ubisoft lançait Watch Dogs, une ambition démesurée : créer un rival crédible à Grand Theft Auto en mêlant piratage high-tech, infiltration urbaine et open-world dynamique. Malgré un premier opus critiqué mais vendu à plus de 10 millions d’exemplaires, la série a connu son apogée avec Watch Dogs 2 (2016), salué pour son gameplay affiné et son multijoueur innovant. Pourtant, Legion (2020) a tout fait s’effondrer : un concept trop ambitieux, des personnages sans âme, et un échec commercial qui a scellé le sort de la franchise. Aujourd’hui, entre rumeurs d’annulation et projet de film en suspens, Watch Dogs incarne le paradoxe d’une licence qui a marqué son époque… avant de disparaître des radars.
A retenir :
- 10 millions de ventes pour le premier Watch Dogs (2014) malgré des critiques mitigées – preuve d’un appétit des joueurs pour une alternative à GTA.
- Watch Dogs 2 (2016) : le meilleur épisode de la série, avec un multijoueur encore actif aujourd’hui (2 000 joueurs quotidiens sur Steam).
- Legion (2020) : le fiasco qui a tout changé – 56 % de critiques positives sur Steam, abandon du support après 14 mois, et un mode en ligne mort-né.
- Ubisoft a-t-il abandonné la licence ? Aucune annonce officielle, mais aucun nouveau jeu en développement depuis 2020.
- Un film en préparation depuis 2016 (par New Regency, les producteurs d’Assassin’s Creed) pourrait relancer la franchise… si le projet aboutit.
- Pourquoi un tel déclin ? Entre manque d’innovation, concurrence écrasante (GTA, Cyberpunk) et fatigue des open-world Ubisoft, l’analyse d’un échec stratégique.
2014 : Watch Dogs, le pari fou d’Ubisoft contre GTA
Il était une fois un rêve démesuré. En 2014, Ubisoft dévoilait Watch Dogs, un jeu qui promettait rien de moins que de réinventer l’open-world urbain. L’idée ? Plonger les joueurs dans un Chicago futuriste, où le hacking devenait une arme aussi puissante qu’un pistolet, le tout avec un réalisme graphique jamais vu (à l’époque). Le studio misait gros : un budget colossal, une campagne marketing agressive, et une ambition claire – détrôner Grand Theft Auto.
Pourtant, dès sa sortie, les critiques furent mitigées. Les joueurs reprochaient au titre son gameplay répétitif, des missions secondaires trop similaires, et un monde ouvert qui, malgré sa beauté, manquait de vie organique. Pire : les promesses techniques (comme les graphismes "next-gen") furent revues à la baisse, provoquant un scandale parmi les early adopters. Malgré tout, le jeu s’est vendu à plus de 10 millions d’exemplaires (source : VGChartz), prouvant qu’il y avait bien un public pour une alternative moderne à GTA.
Le vrai atout de Watch Dogs ? Son univers. Entre cybercriminalité, surveillance de masse et révolte sociale, le jeu touchait à des thèmes actuels et percutants, portés par un héros ambigu : Aiden Pearce, un hacker vengeur au passé trouble. Malgré ses défauts, le titre posait les bases d’une franchise prometteuse… à condition de corriger ses erreurs.
2016 : Watch Dogs 2, l’épisode qui a tout sauvé (ou presque)
Deux ans plus tard, Ubisoft Montréal revenait avec Watch Dogs 2, et cette fois, tout a changé. Exit le Chicago grisâtre, place à un San Francisco coloré et vivant, où chaque quartier avait son identité, ses mèmes culturels (les hipsters de Silicon Valley, les gangs des bas-fonds), et une ambiance sonore qui collait parfaitement à l’esprit hacker activiste du jeu.
Mais le vrai bond en avant, c’était le gameplay. Fini les combats maladroits du premier opus : ici, le hacking était roi. Pirater un drone de livraison pour distraire les gardes, faire exploser une canalisation à distance, ou infiltrer un réseau en temps réel… Les possibilités étaient presque infinies, et surtout, fun. Sans oublier le multijoueur, une révolution : le mode invasion, où un joueur pouvait s’infiltrer dans la partie d’un autre pour le pirater, est devenu culte.
Aujourd’hui encore, Watch Dogs 2 reste actif sur Steam, avec plus de 2 000 joueurs quotidiens (chiffres 2024). Un exploit pour un jeu sorti en 2016, et la preuve que Ubisoft avait trouvé la bonne formule. Pourtant, au lieu de capitaliser sur ce succès, le studio a choisi une voie radicalement différente pour le troisième opus… avec des conséquences désastreuses.
2020 : Legion, le jeu qui a tué la franchise
Watch Dogs: Legion devait être le coup de maître. Un Londres dystopique sous surveillance totale, un système de recrutement révolutionnaire ("jouez n’importe quel citoyen"), et une ambition narrative sans précédent. Sur le papier, c’était le jeu ultime pour les fans de cyberpunk. Dans les faits ? Un désastre.
Le problème n°1 : l’absence de protagoniste attachant. Dans Watch Dogs 2, Marcus Holloway et son groupe DedSec donnaient une âme au jeu. Ici, les personnages étaient générés aléatoirement, avec des dialogues répétitifs et des motivations floues. Résultat ? Les joueurs ne s’attachaient à personne, et l’histoire perdait tout son impact.
Autre échec cuisant : le multijoueur. Alors que Watch Dogs 2 avait un mode invasion adulé, Legion proposait un open-world partagé… mais vide. Les serveurs étaient peu peuplés, les interactions limitées, et le contenu rapidement épuisé. Ubisoft a abandonné le support en janvier 2022, à peine 14 mois après la sortie – un record de rapidité pour une licence AAA.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 56 % de critiques positives sur Steam (11 000 avis), des ventes en dessous des attentes, et une communauté qui a déserté en quelques mois. Pire, le jeu est sorti à 60 € dans un état inachevé, avec des bugs persistants et un manque flagrant de contenu. Comparé à GTA Online, qui génère des millions par jour grâce à son modèle live-service, Legion a été un échec stratégique.
"On a tué le chien de garde" : les coulisses d’un abandon
Comment une franchise aussi prometteuse a-t-elle pu s’effondrer aussi vite ? Plusieurs facteurs expliquent ce déclin.
D’abord, la concurrence. En 2020, Watch Dogs: Legion est sorti la même année que Cyberpunk 2077 (malgré ses bugs) et Assassin’s Creed Valhalla. Deux mastodontes qui ont capté l’attention des joueurs, laissant Legion dans l’ombre. Sans compter GTA Online, toujours aussi dominant.
Ensuite, la fatigue des open-world Ubisoft. Après Assassin’s Creed, The Division, et Far Cry, les joueurs commençaient à se lasser des mondes ouverts répétitifs, des quêtes secondaires copiées-collées, et des microtransactions invasives. Legion n’a pas su se différencier assez.
Enfin, il y a eu les choix créatifs discutables. Selon des rumeurs internes (rapportées par Kotaku en 2021), le développement de Legion aurait été chaotique, avec des changements de direction constants et un manque de vision claire. Certains employés auraient même qualifié le projet de "frankenstein", un mélange d’idées sans cohérence.
Résultat ? Ubisoft a silencieusement enterré la licence. Aucun Watch Dogs 4 n’a été annoncé, et les rumeurs parlent même d’une annulation pure et simple des projets futurs. Une fin triste pour une série qui, à son apogée, osait défier les géants.
Et maintenant ? Le film comme dernier espoir
Ironie du sort, alors que les jeux Watch Dogs semblent morts et enterrés, un autre média pourrait leur donner une seconde vie : le cinéma.
Annoncée dès 2016, l’adaptation du premier Watch Dogs est toujours en développement chez New Regency (le studio derrière Assassin’s Creed). Peu de détails ont filtré, mais des rumeurs évoquent un scénario centré sur Aiden Pearce, avec une esthétique cyberpunk réaliste. Si le film voit le jour (prévu pour 2025-2026), il pourrait relancer l’intérêt pour la franchise… à condition qu’Ubisoft saisisse l’opportunité.
En attendant, les fans se raccrochent à Watch Dogs 2, toujours aussi joué, ou à des mods communautaires qui tentent de sauver Legion. Certains espèrent même un remaster du deuxième opus, comme ce fut le cas pour Prince of Persia ou Splinter Cell.
Mais la question reste : Ubisoft a-t-il définitivement tourné la page ? Dans un paysage où les live-services (comme Fortnite ou GTA Online) dominent, une licence single-player comme Watch Dogs a-t-elle encore sa place ? Seul l’avenir nous le dira.
Watch Dogs restera comme l’une des franchises les plus ambitieuses – et les plus décevantes d’Ubisoft. Entre un premier opus révolutionnaire mais imparfait, un deuxième épisode presque parfait, et un troisième volet catastrophique, la série a connu des hauts et des bas dignes d’un scénario hollywoodien.
Aujourd’hui, alors que Legion n’est plus qu’un lointain souvenir et que Watch Dogs 2 résiste tant bien que mal, une chose est sûre : cette licence avait du génie. Un mélange unique de hacking, de révolte sociale et d’action urbaine qui, dans un autre contexte, aurait pu rivaliser avec GTA.
Reste à savoir si Ubisoft osera un jour ressusciter le chien de garde… ou si Watch Dogs rejoindra définitivement le cimetière des licences abandonnées, aux côtés de Driver, Syndicate, ou 1666 Amsterdam. En attendant, une chose est certaine : ceux qui ont vécu l’âge d’or de DedSec n’oublieront pas de sitôt.

