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Wonder Man : Quand Marvel ose l’autodérision… sans vraiment oser
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Il y a 37 jours

Wonder Man : Quand Marvel ose l’autodérision… sans vraiment oser

Marvel tente une audace rare avec Wonder Man, une série Disney+ qui se moque gentiment de son propre univers. Entre comédie légère et autodérision timide, ce format court (8 × 30 min) mise sur l’alchimie entre Yahya Abdul-Mateen II et Ben Kingsley pour sauver un scénario qui manque cruellement de mordant. Une satire qui aurait pu être cinglante, mais qui reste finalement trop sage pour marquer les esprits.

A retenir :

  • Wonder Man : une satire Marvel qui ose l’autodérision, mais sans aller jusqu’au bout de sa logique.
  • Un duo Yahya Abdul-Mateen II / Ben Kingsley électrisant, porteur d’un humour qui sauve (à peine) une intrigue en demi-teinte.
  • Un format court et expérimental (8 épisodes de 30 min), entre comédie dramatique et clins d’œil à l’industrie du cinéma.
  • Des comparaisons inévitables : pourquoi The Boys et Deadpool osent là où Wonder Man recule ?
  • Une série qui divertit sans surprendre, et qui rate l’occasion de devenir une critique mémorable des super-héros.

Marvel à contre-emploi : quand l’autodérision devient un exercice (trop) prudent

2024 s’annonce comme une année charnière pour Marvel Studios. Après des années de productions inégales – entre blockbusters surchargés et séries Disney+ aux accents parfois trop familiers –, la question brûle les lèvres : comment renouer avec l’audace narrative qui a fait la gloire de l’UCM ? Wonder Man, nouvelle série disponible sur Disney+, tente une réponse inattendue : et si Marvel se moquait… d’elle-même ?
Sur le papier, l’idée est séduisante. Ici, pas de menace cosmique, pas de pierre d’Infini à récupérer, mais une plongée dans les coulisses d’Hollywood à travers les yeux de Simon Williams, acteur en mal de reconnaissance, interprété par Yahya Abdul-Mateen II. Un anti-héros qui, malgré des pouvoirs latents, préfère les projecteurs aux combats épiques. La série, composée de huit épisodes d’une trentaine de minutes, adopte un ton résolument différent des productions Marvel habituelles : plus intimiste, presque contemplatif, avec des accents de comédie dramatique rappelant The Marvelous Mrs. Maisel. Sauf que… là où cette dernière mordait avec élégance, Wonder Man se contente trop souvent de lécher.

Un duo d’acteurs qui sauve (presque) tout

Heureusement, la série peut compter sur deux atouts majeurs : ses acteurs. Yahya Abdul-Mateen II, déjà remarqué dans Aquaman et The Matrix Resurrections, incarne un Simon Williams tourmenté, tiraillé entre son ambition dévorante et des pouvoirs qu’il refuse d’assumer. Son jeu, entre arrogance et vulnérabilité, donne une épaisseur bienvenue à un personnage qui aurait pu tomber dans la caricature.
Mais c’est Ben Kingsley, en Trevor Slattery (son rôle de faux Mandarin dans Iron Man 3, qu’il reprend ici avec délectation), qui vole littéralement la vedette. Excentrique, cynique et hilarant, il distille des répliques cinglantes sur l’industrie du cinéma, rappelant que Marvel sait encore écrire des dialogues percutants… quand elle le veut. Leur alchimie à l’écran est indéniable, et c’est bien ce qui maintient le spectateur accroché malgré une intrigue qui tourne parfois en rond.
Pourtant, un problème persiste : malgré ces performances, les personnages manquent de profondeur psychologique. Simon Williams, en particulier, reste un mystère. Ses doutes, ses contradictions, ses motivations sont effleurés sans jamais être creusés. Comme si la série, obsédée par son côté satirique, oubliait de donner une âme à ceux qui la portent.

"Marvel se moque de Marvel" : une satire qui n’ose pas mordre

Le vrai pari de Wonder Man, c’est son autodérision. Et sur ce point, les résultats sont mitigés. La série multiplie les clins d’œil malicieux aux excès de l’univers Marvel : castings absurdes où les prétendants au rôle de super-héros en font des tonnes, répliques acides sur les reshoots interminables, ou encore parodies des scènes de combat surchargées. Certains moments sont savoureux, comme cette séquence où Simon Williams affronte des rivaux aussi grotesques que stéréotypés, ou lorsque Trevor Slattery balance des vérités crus sur le star-system.
Mais voilà : là où des œuvres comme The Boys (Amazon Prime) ou Deadpool (20th Century Fox) osent une critique féroce, sans concession, Wonder Man reste étrangement timide. Marvel semble craindre de se mordre la queue. Les piques sont légères, les traits d’humour souvent trop polies. Comme si la série, malgré ses ambitions satiriques, restait prisonnière de son propre système.
Prenez l’exemple de la scène du casting, potentiellement culte. Elle aurait pu être une charge hilarante contre les dérives des blockbusters… mais elle se contente d’effleurer le sujet, sans jamais aller jusqu’au bout. Même chose pour les références à l’UCM : elles sont là, évidentes, mais jamais vraiment exploitées pour délivrer un message fort. Résultat ? Un équilibre instable entre comédie et réflexion, où l’humour sauve in extremis un scénario qui, sans lui, s’effondrerait comme un château de cartes.

Le syndrome du "presque" : quand Marvel frôle la réussite sans l’atteindre

Wonder Man souffre d’un mal bien connu des productions récentes de Marvel : le syndrome du "presque". Presque une satire réussie. Presque une comédie drôle. Presque une réflexion pertinente sur la célébrité et les super-héros. Mais à chaque fois, quelque chose cloche.
Le format court (30 minutes par épisode) est un choix audacieux, mais il se retourne contre la série. Les arcs narratifs sont bâclés, les développements psychologiques sacrifiés au profit de gags qui, s’ils font sourire, ne laissent pas de trace. Les enjeux, pourtant prometteurs (la quête d’identité, la pression d’Hollywood, la dualité entre apparence et réalité), sont traités avec une légèreté qui frise parfois l’indifférence.
Pire : la série semble elle-même victime de ce qu’elle critique. Elle dénonce les franchises qui sclérosent la créativité… tout en restant prisonnière des codes Marvel. Elle se moque des acteurs égoïstes et des scénaristes en panne d’inspiration… mais peine à offrir autre chose qu’un divertissement dispensable. Comme si, au fond, Wonder Man avait trop peur de décevoir pour oser vraiment surprendre.

Derrière les rires, une occasion manquée

Il y a pourtant des éléments qui fonctionnent. La bande-son, par exemple, est un régal, mêlant tubes pop des années 80 et compositions originales qui rappellent les comédies classiques. Les décors, aussi, sont soignés, avec un Hollywood reconstitué qui oscille entre glamour et artifices. Et puis, il y a ces quelques scènes – trop rares – où la série trouve enfin son ton, comme cette séquence onirique où Simon Williams affronte (littéralement) ses démons intérieurs.
Mais ces fulgurances ne suffisent pas à sauver l’ensemble. Wonder Man avait tout pour devenir une série culte : un concept original, des acteurs talentueux, et une liberté de ton inédite chez Marvel. Pourtant, elle se contente d’être… agréable. Pas mauvaise, non. Juste… oubliable.
Et c’est peut-être ça, le vrai problème. Dans un paysage audiovisuel saturé de contenus, une série qui ne prend pas de risques est une série condamnée à disparaître. The Boys a marqué les esprits parce qu’elle a osé aller trop loin. Deadpool est devenu un phénomène parce qu’il a brisé les codes. Wonder Man, elle, reste sagement dans les clous. Dommage.

Et si le vrai Wonder Man, c’était Trevor Slattery ?

Ironie du sort : le personnage le plus intéressant de la série n’est pas Simon Williams, mais Trevor Slattery. Ce faux Mandarin, déjà culte grâce à Ben Kingsley, incarne à lui seul tout ce que Wonder Man aurait pu être : drôlement cynique, profondément humain, et surtout, libre. Libre de se moquer de tout, y compris de Marvel elle-même.
Dans un épisode, il lance à Simon : "Tu veux être un héros ? Mais les héros, ça n’existe pas. Il n’y a que des acteurs qui jouent un rôle." Une réplique qui résume à elle seule la série… et son échec. Car Wonder Man, au fond, est comme Simon Williams : elle veut être une héroïne, mais elle n’ose pas assumer ses pouvoirs. Elle préfère rester dans l’ombre, entre deux rires, sans jamais vraiment briller.
Alors, que retenir de cette expérience ? Que Marvel peut encore surprendre, mais qu’elle a peur de ses propres audaces. Que Ben Kingsley est un génie comique sous-exploité. Et que, parfois, une bonne vanne ne suffit pas à faire une grande série.

Wonder Man est une série qui fait sourire, mais qui ne marque pas. Elle prouve que Marvel a encore des idées – et c’est déjà ça –, mais qu’elle hésite à les pousser jusqu’à leur limite logique. Entre les répliques savoureuses de Trevor Slattery et les hésitations de Simon Williams, on passe un bon moment… sans pour autant en ressortir transformé.
À l’heure où les spectateurs réclament des récits plus ambitieux, plus imprévisibles, Wonder Man reste un divertissement poli, trop sage pour être mémorable. Peut-être est-ce là, finalement, sa plus grande ironie : une série qui se moque des super-héros conventionnels… pour devenir, elle-même, conventionnelle.
L'Avis de la rédaction
Par Celtic
"Alors là, Marvel, t’as sorti ton Wonder Man comme un chat sort un croquignole : avec élégance, mais en espérant que personne ne remarque qu’il a oublié de le croquer. Ben Kingsley, lui, c’est le seul à jouer son rôle à fond, lui, il assume son Mandarin de pacotille comme un acteur de Pulp Fiction qui aurait dégoté un rôle dans Les Visiteurs. Dommage qu’il doive partager l’écran avec un Simon Williams aussi plat qu’un Final Fantasy sans boss final. La satire, elle, c’est comme un RPG : faut oser les game over, pas juste les continue en mode apathique. Et là, Marvel, t’as juste appuyer sur continue en mode Disney+ abonnement obligatoire."
Article rédigé par SkimAI
Révisé et complété par Celtic

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